L’Enfer des Zombies

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Bien qu’ayant passé l’arme à gauche voilà déjà plus de vingt ans, Lucio Fulci n’en finit plus de hanter les salles privées des bissophiles. Au célèbre Zombi 2 de ressortir de la tombe une nouvelle fois, sous l’impulsion du grizzly Artus, avec pour but fixé de lui offrir un petit lifting des familles…

 

 

Secousses sismiques en vue pour le microcosme bis francophone, dévasté par la sortie du Blu-Ray de L’Enfer des Zombies, sans nul doute la sortie la plus attendue en matière de cinéma d’exploitation en Macronie. Maintes fois repoussé par un éditeur soucieux de fournir une édition définitive et exempte de tout défaut, cette édition de luxe, accompagnée de suppléments inédits et d’un booklet rédigé par des spécialistes des cadavres ambulants made in Italy (ces Messieurs Grenier, Didelot, Vannier et Lefèvre), entraîna en effet son lot de coulées de bave et l’on imaginait déjà les couronnes de fleurs voler en direction de la nuque de l’ours Artus. Et si quelques roses furent bien déposées devant la tanière de l’animal, celui-ci fut également obligé d’esquiver quelques jets de tomates pourries, une petite tornade de mécontents ravageant cette sortie évènement. Et ce fut donc parti pour une valse de faux comptes créés pour l’occasion, histoire de donner quelques coups de pelle à la Artus Team et parasiter une sortie que l’on devine risquée pour eux, couplée à l’invasion de soi-disant pointilleux qui confondent exigence et mauvaise foi. En vrac, on aura donc eu droit à « le master n’est pas aussi beau que celui disponible chez les rosbifs », « il n’y a pas les bonus de l’édition Neo Publishing », « il manque la version anglaise du film », « le son est décalé d’un mouvement de lèvres sur le doublage français » et même « le carton dans lequel se glisse le disque le raye, je le sais je l’ai placé et retiré six ou sept fois dedans ». Bref, d’ici à ce qu’un gus vienne chouiner parce qu’il a griffé la portière de sa Twingo avec le mediabook, il n’y a qu’un pas… Mention spéciale aussi à certains courageux qui criaient que la qualité d’image était impeccable sur le mur d’Artus avant de se retrouver, quelques jours plus tard, dans les commentaires d’un obscure blog pour y conter que finalement, cette nouvelle édition est un loupé et qu’ils ne seront pas des prochaines. Bref, on a tenté de donner dans le lavage de cerveaux, d’introduire le doute dans le cortex des futurs acheteurs, et on a parfois joué de malhonnêteté pour enfuir ce Zombi 2 new look aussi profondément que les zomblards qui y sévissent. Au point que l’éditeur, plutôt connu pour être des plus discrets (un peu trop pour son propre bien, peut-être) s’est senti obligé de donner dans le communiqué de presse pour remettre les pendules à l’heure, s’adressant à des bissophiles 2.0 semblables à des gamins capricieux. C’est ainsi, faut s’y faire : le bisseux est, en 2018, plus intéressé par la technique et l’absence ou non de grain à l’image que par la qualité du film, qui passera à la trappe puisque l’on n’en parlera jamais, préférant laisser plus de place au contenant (avec lequel on se prendra en photo dans toutes les positions du kama sutra) plutôt qu’au contenu.

 

 

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Bon, à la décharge des acquéreurs, L’Enfer des Zombies, on connaît plutôt bien, ce classique parmi les classiques n’étant pas de ces œuvres nécessitant véritablement une nouvelle présentation. D’ailleurs, disons-le tout net, dans la crypte on ne considère pas réellement qu’une version HD s’imposait particulièrement, les bisseries européennes de l’époque s’accommodant particulièrement bien d’un rendu un peu plus cracra. On ne va néanmoins pas cracher dans une soupe confectionnée avec le plus grand des amours, Artus nous offrant un master aux couleurs chatoyantes, tandis que les détails les plus gore ne nous avaient jamais sautés au visage comme ici. Diantre, on en remarque d’autant plus la calvitie de Ian McCulloch, et les coulures sanguines sont d’un rouge apte à flatter les plus difficiles des pupilles. Autant dire que les conditions sont optimales pour la redécouverte de ce zombie-flick à la carbonara, à la base monté pour grappiller les miettes du succès du Dawn of the Dead de Romero. Mais on le sait : de simple copie carbone il n’est point question, Fulci préférant au contraire s’éloigner autant que possible de l’affaire Zombie. Bien sûr, les morts feront des vivants leur collation, et il sera comme toujours question pour les héros de s’échapper d’une horde lente et putride… Mais aux gris parkings de George, Lucio préfère les plages ensoleillées, et plutôt que de perdre ses protagonistes dans des rangées de boîtes de conserve ou des boutiques de luxe, il les installe sous les palmiers. Et comme de juste, le petit discours anti-consumériste passe à la trappe, remplacé par des velléités nettement plus simples et plus pop, l’auteur de L’Emmurée Vivante préférant se rouler dans le sable fin de l’aventure populaire. Bien sûr que l’heure est grave dans L’Enfer des Zombies, car les morts montrent une forme étonnante, et ils ne trouvent rien de mieux à faire que d’enfoncer des échardes dans des globes oculaires, chercher la bagarre à des squales ou arracher des cordes vocales avec les dents. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas le faire dans une bonne ambiance tropicale, sous une partition culte d’un Fabio Frizzi qui, s’il se fend de quelques mélodies sévères, n’oublie pas qu’il y a comme un climat vacancier dans ce drôle de cimetière.

 

 

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Non, L’Enfer des Zombies n’est pas un sous-Zombie, après lequel Lucio ne court d’ailleurs jamais, si ce n’est éventuellement le temps d’un épique plan sur le pont de Brooklyn. Et plutôt que d’étendre les thématiques modernes et sociales de l’aube des morts-vivants, Fulci part s’étendre sous les cocotiers et en revient à la base du mythe du cadavre ambulant, saupoudrant son chef d’oeuvre d’une pincée de vaudou. Bonne idée car en plus des zombies, il offre à sa bobine une menace invisible, que l’on devine tapie dans la forêt, à jouer du tambour et entonner des chants maudits. Pourquoi réveillent-ils les morts ? Qui sont-ils ? On ne le saura jamais et c’est bien ainsi, une aura de mystère entourant dès lors Zombi 2, qui élargit son univers sans déverser le moindre centime, misant sur l’imagination d’un spectateur finissant par se dire qu’il n’a peut-être pas vu le pire, caché dans les feuillages d’une île pas si paradisiaque que cela… D’ailleurs, le budget réduit avec lequel le réalisateur de Conquest doit composer finit par jouer en sa faveur : forcé de se contenter d’une petite quinzaine de zombies seulement, il ne peut de toute évidence coller aux basques de Romero et proposer une armée impossible à arrêter. Mais si face à Ken Foree se tenait une horreur basant toute sa force sur une marée inhumaine, constituée de macchabées majoritairement dénués de personnalités, Al Cliver et ses amis feront pour leur part face à un petit régiment de living dead tous mémorables. Qu’ils louchent, qu’ils aient des vers de terre dans les orbites, soient obèses ou ressemblent à des vieillards tout juste sortis du lit, ils font sensation. Car il sentent la terre, sont crasseux, parfois accompagnés d’une brume intrigante et semblent véritablement revenir d’un sinistre au-delà. Alors on ne prétend pas ici que l’on en se souvient d’aucun mort-vivant de l’armée des morts de Romero (et on a toujours en tête le fiston zombie bectant sa môman, le krishna zombie ou celui à la chemise à carreaux avec la gueule à moitié ravagée). On dit juste que dans Zombi 2, on se souvient de tous.

 

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Bien qu’imparfait (le premier tiers n’a rien de palpitant, faut l’admettre), L’Enfer des Zombies reste, près de 40 ans après sa sortie, ce petit film définissant parfaitement le cinéma bis. De par sa volonté de repousser toujours un peu plus loin les limites du sanguinaire, tout en étant paradoxalement muni d’une ambiance de film d’aventure presque naïve. Dans sa prédisposition à dénuder ses actrices avant de leur faire subir les pires sorts, dans cette douce folie qui fait dire un jour à un scénariste que ça serait une bonne idée d’organiser un combat entre un zombie et un requin. En cela, Zombi 2 reste l’une des plus parfaites définitions du cinéma d’exploitation européen. Logique dès lors qu’Artus lui offre une édition parfaite en retour : artwork à tomber, livret pour compléter votre savoir et bonus pas piqués des asticots. On apprendra par exemple de la bouche de Maurizio Trani que la pauvre Auretta Gray nageait comme une enclume et que trois hommes ne suffirent pas à la repêcher lorsqu’elle se noyait, laissant dire à Fulci que son équipe n’était vraiment pas spécialisée dans le sauvetage. Quant à Dardano Sachetti, il s’était visiblement levé avec la ferme intention de tirer sur tout ce qui bouge ce matin-là, le scénariste n’étant pas des plus tendres avec le réalisateur, criblé de balles une fois l’entretien fini. Plutôt amusant et rafraichissant de par cette absence de langue de bois. Autant dire que l’évidence s’impose : avec son édition de L’Enfer des Zombies, Artus a bien fleuri ses morts.

Rigs Mordo

 

 

 

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  • Réalisation: Lucio Fulci
  • Scénarisation: Dardano Sachetti, Elisa Briganti
  • Titre original: Zombi 2 (Italie)
  • Production: Fabrizio De Angelis
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Ian McCulloch, Tisa Farrow, Al Cliver, Richard Johnson
  • Année: 1979

2 comments to L’Enfer des Zombies

  • Roggy  says:

    Je ne connais pas exactement les récriminations sur cette édition (que je n’ai pas vu) que certains critiques (et visiblement) à tort. A croire qu’ils n’ont jamais visionné une VHS pourrie… Quant au film, je l’aime bien aussi malgré ses maladresses, c’est certainement un des meilleurs fleurons du Bis, je suis d’accord 🙂

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