Oraison Funèbre pour Chair Blême n°1

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Il y a quelques mois, Yannick Maréchal jetait un sacré pavé dans le marigot (parfois) ronronnant du fanzinat : cet énorme Reggae & Horror – The Black Curse of Bloody Island, fanbook sacrifié aux affinités du reggae et du cinéma d’horreur. Le sujet méritait bien une telle somme (plus de 200 pages quand même), d’autant qu’il ne tombait pas vraiment sous le sens et n’allait pas exactement de soi dans des têtes vides comme la mienne. Mais c’était sans compter l’immense culture du mec et les tonnes d’infos qu’il accumula sur le thème au cours des années. Merci donc à Yannick Maréchal, chercheur sourcilleux et guide érudit d’univers pas franchement mainstream dans la littérature fanzinesque… Résultat : un ouvrage de référence désormais, collector s’il en est puisque tiré à une cinquantaine d’exemplaires seulement. Tentez votre chance, mais à mon avis…

 

 

 

On se disait alors que le Yannick hibernerait quelque temps, qu’il prendrait des vacances bien méritées avant de revenir d’entre les goules et les zombies… Pensez donc, vous ne connaissiez pas la bête ! Le gars est infatigable, surtout quand on cause cinoche fantastique et pellicules étranges. Yannick émergeait en fait dès le printemps, au milieu des oiseaux qui chantent et des vampires qui mordent : à la fin du mois de mars, il balançait donc le premier opus d’Oraison Funèbre pour Chair Blême, macro fanzine « au tirage limité nanoscopique, dédié au cinéma Fantastique sous toutes ses formes et aux représentations graphiques de l’horreur« , dixit en incipit le chef manufacturier. Quel titre d’abord, qui exhale des fragrances si douces aux narines : les odeurs de la tombe et les couleurs du sépulcre, l’imagerie la plus gothique qui soit et l’esthétisante sinistrose du cinéma d’épouvante. Bref, ça pose un homme et un zine, surtout quand la sobriété commande une couverture glaciale (le cadavre de Jane Doe… quel film d’ailleurs !), et quand l’ouvrage est dédié au « Maître du Macabre », feu Bernie Wirghtson (décédé en 2017).

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Va-ton pleurer pour autant à la lecture de ces 142 pages ? Sûrement pas, quand bien même la nostalgie gouverne nettement l’écriture de cette Oraison Funèbre… ; du moins la subjectivité assumée d’un monster maniac qui dresserait déjà le bilan d’une vie et d’une passion. L’objectif est donc clair sous la plume de Yannick, et franchement annoncé dans un long édito en forme de parcours : celui d’un fantasticophage comme il se qualifie, qui revisite son histoire perso depuis son enfance dans les années 70 jusqu’à son adolescence dans les glorieuses eighties. Comprendre les premiers émois cinéphiles, les premiers mags, les effrayantes affiches à la devanture des cinoches, Canal + bien sûr, l’âge d’or de la VHS, les rencontres, les magasins spécialisés… Ma génération s’y reconnaîtra forcément, et l’identification jouera à plein, aux détails près d’existences toujours singulières. C’est d’ailleurs dans ces détails que réside l’intérêt essentiel d’Oraison Funèbre…, c’est dans ces arêtes d’une personnalité unique que coule la sève du fanzine : Yannick imagine un sommaire intime dira-t-on, complètement original et totalement relié à ses primes amours, sans autre gouvernail que celui du plaisir d' »en causer », et sans autre commandement que celui de la sincérité brute. Les écueils d’un tel projet – si vaste qu’il en donne le vertige – étaient pourtant nombreux : chanter encore les mêmes antiennes, (re)dresser l’histoire d’un genre que les amateurs connaissent, (re)taper dans le rayon des Grands et des incontournables… Mais Yannick les évite tous, en alignant dossiers et articles souvent inimaginés, précieux dans le fond et sacrément bien troussés dans la forme. Qu’on en juge par un menu exemplaire, qui marie saveurs rares et papiers inattendus : ainsi, qui parlera autant du Personnage du Vampire à la télévision française ? Qui évoquera si bien l’Horror Blax !! de Blacula et de Sugar Hill ? (Julien Sévéon en l’occurrence, venu prêter main forte à l’ami Yannick). Qui disséquera à ce point la série Judex des âges farouches (1917) ? Qui, encore, pointera le scalpel sur des films aussi weird et demented que Spider Baby (1968) ou Morgane et ses Nymphes (1971) ? Et puis surtout, qui déroulera les fils ténus qui unissent les arts et les supports, et qui rendra ainsi hommage aux artistes du dessin et de l’affiche que furent William Stout ou Mario Landi ?

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On connaissait le goût de Yannick pour la belle image et le chouette design, mais l’on sait aussi que le mec est un fieffé lecteur de bouquins, de zines et de mags : en témoignent les nombreuses entrées vers cette littérature critique qui accompagna le genre au cours des décennies. Et là, comment dire ?… Pur plaisir de fan et de collectionneur quand Yannick explore la genèse des revues et des ouvrages consacrés au cinéma fantastique. Quel travail critique et historique bon sang, bibliographie savamment commentée qui nous oblige à recompter ce que l’on a sur nos étagères, et à déplorer ce qu’il manque encore sur nos rayons. Tout cela remue franchement les tripes, car l’article est superbement illustré (que de couv’ et de titres ressuscités !), à l’instar des pages sacrifiées à Star Ciné Vidéo : oui, ce magazine so 80’s de l’Érotisme et de l’Épouvante, dont Yannick passe en revue les onze numéros qui ensoleillèrent les années 83 et 84… De la race des Ciné Choc et des Blue Vidéo Films sur le même étal. Et qui ne se rappelle d’ailleurs Lady Lucifera à la vitrine du n°4 ? Ça fait tout drôle quand on a 13 printemps n’empêche…

Bref, Yannick décline sa passion comme il l’a vécue, point barre, en décryptant les jalons essentiels de son itinéraire, en revenant sur les objets qui firent son histoire et conformèrent ses goûts : il ne pouvait alors zapper – non plus – l’illustration sonore du cinoche qu’il aime. Des Partitions de l’Horreur synthétique à La Musique dans les films de Zombies de 1932 à 1981 (dossiers signés Renaud Alquier), en passant par The 25 Best Lycanthropics songs ever !!!!!, tout passe à la moulinette de l’hyper connaissance et de l’info ultra précise, celle qui ouvre de nouvelles portes dans l’exploration d’un genre jamais épuisé finalement. En cela, ce premier numéro d’Oraison Funèbre pour Chair Blême paraît déjà essentiel : vade-mecum irremplaçable pour sa précision et son goût de l’exhaustivité, mais surtout beau rappel que la passion ne se nourrit pas seulement de mots ; elle carbure d’abord à la preuve et au fait. Oraison Funèbre pour Chair Blême en est une illustration exemplaire. (Pour en savoir plus, contacter directement le collègue Maréchal :https://www.facebook.com/yannick.marechal.106)

David Didelot

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