Night of the Bloody Apes

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Ce n’est pas à un vieux singe que l’on apprend à faire des grimaces, et certainement pas à un René Cardona ayant tourné quelques 140 films comment donner dans l’exploitation la plus pure. Avec ce joli Night of the Bloody Apes de la fin des sixties, le Mexicain réveille même la bête sauvage qui sommeille en lui…

 

 

 

Avec le recul, il y a finalement de quoi être étonné de découvrir que la légendaire liste des Video Nasties contient un film mexicain dans ses rangs putrides, constitués de cannibales décapitant des tortues quand ils ne poinçonnent pas les boobs de jolies blondes, de psychopathes entraînant leurs flirts dans des caves pour les griller au lance-flammes, ou de zombies tout juste sortis de terre pour planter des échardes dans les pupilles de ces dames, décidément toujours la proie des pires atrocités. Alors qu’est-ce que le cinéma de Série B made in Mexico, généralement constitué de savants fous bien propres sur eux, de vieilles momies aztèques ou de vampires d’opérettes punis par des catcheurs masqués, vient faire dans cette galère voyant des rangées d’aristocrates anglais s’outrer de découvrir que le cinéma horrifique a fait bien du chemin depuis la Hammer ? Est-ce que ce Night of the Bloody Apes (1969), ou La Horripilante Bestia Humana pour les puristes, mérite réellement de partager un donjon avec des nazis bouffeurs de chair humaine ou des tarés vrillant de la cervelle à la perceuse ? D’autant que se trouve au volant ce bon vieux René Cardona, que l’on connaît bien pour son Batwoman, jolie virée d’une pipistrelle hors des rues froides de Gotham City, partie donner quelques coups de genoux à des hommes-poissons sortis de l’imaginaire d’un dément docteur. Rajoutez à son palmarès quelques Santo ou L’Incroyable Professeur Zovek, bien sûr riches en monstres mais toujours soucieux de leur offrir une dérouillée par de bons héros du pays, et on a tôt fait de se faire du Cardona une image de brave amuseur, à l’univers un peu pop et très comics. Une aura de faiseur de bobines un peu naïves mais toujours volontaires, bon enfant, et donc pas vraiment celle d’un grand vilain cinéaste pataugeant dans la même gadoue que Joe D’Amato ou Umberto Lenzi… Et pourtant, cette nuitée des singes sanglants en a plus dans le caleçon que ce que l’on pouvait imaginer.

 

 

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Mexique oblige, tout commence sur le ring, alors que Lucy Osorio, populaire catcheuse portant un masque rouge, envoie au tapis son adversaire, une belle brune tombée dans le coma suite à ce violent combat. Pleine de remords et désormais incapable de redevenir sérieuse lors des rixes de peur de blesser à nouveau, Lucy ne peut que pleurer sur son sort tandis que son boyfriend, le lieutenant Arturo Martinez, confie la comateuse à l’un des meilleurs médecins de la région. A savoir le Dr. Krallman, particulièrement soucieux depuis que son fiston adoré, le beau Julio, a contracté une leucémie qui devrait bientôt en faire un homme mort. Aidé de son fidèle Goyo, servant moustachu qu’il soigna d’une grave maladie quelques années auparavant, Krallman décide de tenter l’impossible pour sauver sa progéniture, jugeant que la meilleur chose à faire… est de kidnapper un gorille pour lui arracher le coeur, plus tard greffé sur son mal en point fiston ! Franchement dingue, mais rien n’arrête Krallman et Goyo, qui débarquent dans un zoo armés d’une carabine en plein milieu de l’après-midi, tirent sur un grand singe avec un sédatif (c’est un orang-outan qui ramasse le soporifique pruneau, mais c’est un figurant en costume de gorille qui s’effondre), ouvrent sa cage et se tirent avec la bête, qu’ils portent à bout de bras, car c’est bien connu que les primates de cet ordre sont grands et larges mais ne pèsent guère plus qu’un oreiller. Une fois le cousin de Donkey Kong allongé sur une table d’opération dans la cave de la belle maison du docteur, on lui retire le palpitant pour vite le refiler à un Julio dès lors sur la douce voie de la guérison. Mais on le sait, ces expériences alliant folie pure et indéniable génie ne se finissent jamais bien, et le jeune éphèbe se transforme soudainement en une sorte d’homme des cavernes au teint grisâtre, probablement incapable de passer une porte au vu de sa musculature, multipliée par dix.

 

 

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Vu de loin, Night of the Bloody Apes (pourquoi au pluriel ? Il n’y en a qu’un) a tout du petit film d’exploitation désuet, de ces bandes faites avec les moyens du bord que se passent en boucle les nanareux pour s’en payer une bonne tranche à moindres frais (ça n’a d’ailleurs pas loupé, le métrage de Cardona étant chroniqué sur le célèbre site) tandis que les cinéphages plus tolérants en apprécient le côté populaire, avec son gros vilain monstre coursant des demoiselles dans les parcs et rues assombries. Dans tous les cas, le pitch semble perpétuer les traditions des 50’s, avec son homme de science incapable de contrôler sa création, renvoi évident au cadavre aux boulons d’un certain Frankenstein. Bref, ça sent l’horreur classique, fauchée et qui hurle plus qu’elle ne frappe fort. Pourtant, peut-être influencé par son fils René Cardona Jr. – ici au scénario et sans doute plus au fait des tendances du genre de par sa jeunesse -, Cardona senior se lâche et fait de son Julio un barbare de premier ordre. Certes un peu gauche niveau sexe (il tente de violer une jolie cocotte mais garde son pantalon et ne sait pas trop comment s’y prendre), il est carrément adroit lorsqu’il s’agit de liquider son prochain. Oeil arraché de ses gros doigts d’homme de Neandertal, pauvre policier scalpé à mains nues, promeneur poignardé de manière répétée, malheureux décapité… De toute évidence, le René ne compte pas ses efforts pour écœurer son public, qui repartira avec un sac de barbaque bien saignante, et ce alors que le gore n’en était qu’à ses premiers pas en 69. Oui, Herschell Gordon Lewis avait déjà renversé quelques pots de peinture écarlate, mais nous n’en étions pas encore vraiment à la déferlante trash à venir. En cela, Night of the Bloody Apes fait plutôt figure des précurseur.

 

 

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De là à dire que ces effets, certes particulièrement sanglants, ont pu justifier le bannissement de la VHS des rayons anglais… Sentant encore un peu trop la gouache bon marché et la pâte à modeler, ce carnage simiesque ne peut jamais prétendre à la crédibilité. Si ce n’est lors de quelques stockshots insérés lors des séquences où l’on triture le corps du macaque, et montrant justement des plans d’opérations d’un être humain, auquel on dérobe le coeur pour de vrai ! Autant dire que l’on comprend que les petites Anglaises aient tourné de l’oeil, d’autant que le réalisme indéniable de ces quelques secondes tranche sacrément avec les trucages plus grossiers du reste du film. Et que Night of the Bloody Apes devienne dès lors un ennemi public numéro 1 chez les Londonniens, même si trop concentrés sur l’hémoglobine ceux-ci sont sans doute passé à côté d’une étonnante tendresse. Car contrairement à un Cannibal Ferox ou un Anthropophagous misant tout sur un aspect gruesome rendant obligatoire le seau à vomi, oubliant dès lors de donner un peu d’épaisseur à des protagonistes tout juste sortis de leur lit pour se faire couper le zob ou se faire arracher le fœtus,  La Horripilante Bestia Humana soigne ses protagonistes, finalement assez attachants. Krallman n’enfile ainsi jamais la blouse du scientifique atteint de la folie des grandeurs, et aucune mauvaise intention n’émane de ce père cherchant juste à sortir sa descendance des eaux troubles du Styx. Et lorsque celui-ci devient un homme des cavernes réduisant en charpie tout ce qui bouge, le paternel émet des remords et fait tout son possible pour calmer les ardeurs d’un Julio déchaîné. Même le brave Goyo marque les esprits, tant il semble réfléchir un peu plus que le tout-venant des assistants de professeurs azimutés, se méfiant du bodybuilder à la tronche abominable et tentant ça et là de piquer la conscience de son maître, qu’il voudrait voir revenir dans le droit chemin.

 

 

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Dommage que Cardona se sente obligé de nous flanquer d’un banal et transparent policier, bien évidemment un beau brun courageux comme cent hommes, de ces mectons sans défauts qui font le bonheur de ces dames… mais le malheur du spectateur. D’ailleurs, sa bonne copine qui fait passer ses adversaire par-dessus la troisième cooooorde n’est pas bien meilleure, tant elle fait office d’inutile pièce rapportée, seulement présente pour balancer quelques minutes de catch féminin. Le folklore mexicain a la vie dure et le réalisateur semble ne pas trop savoir quoi en faire, alors qu’il aurait été facile de faire s’affronter le monstre et Lucy, qui aurait dès lors pu retrouver ses talents de guerrière par la force des choses. La boucle aurait été bouclée, tout le monde aurait été content. A la place, la lutteuse fait de la figuration et semble déconnectée de l’intrigue dont elle fut pourtant présentée comme une protagoniste de première importance. Et lorsque sa copine/victime sert de stock de globules rouges à Krallman, ce n’est que pour lier les deux intrigues de façon très superficielle. Scénario un peu a revoir donc, même s’il n’entame pas le plaisir vécu durant Night of the Bloody Apes, au final un beau jeu d’équilibriste. Car Cardona s’y montre aussi à l’aise lorsqu’il doit balancer des bouts de corps dans tous les sens pour se raccrocher aux wagons de l’horreur moderne que lorsqu’il lui faut rassurer les vieux de la vieille, notamment avec un final à l’ancienne, Julio embarquant une petite fille sur le toit d’un hôpital. Comme un parfum de King Kong, ou de Double Assassinat dans la Rue Morgue, avec sa créature pathétique faiblissant face aux coups de feu de la police, qui remplace ici les villageois éternellement en colère. A l’arrivée, c’est à un bien chouette pont entre l’épouvante à papy et celle des petits jeunots (du moins les jeunots des seventies) que l’on a affaire, à une belle fusion entre l’horreur sentimentale et la frénésie destructrice. Décidément, les Rosbifs ne savaient pas ce qu’ils manquaient.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: René Cardona
  • Scénarisation: René Cardona, René Cardona Jr.
  • Production: Alfredo Salazar
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: José Elías Moreno, Carlos López Moctezuma, Armando Silvestre, Norma Lazareno
  • Année: 1969

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