Rock’n Roll Nightmare

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Si le rock et le metal sont la musique du diable, quoi de plus normal que de voir le Malin s’immiscer dans les répétitions du groupe de Jon Mikl Thor, sorte de Musclor plus branché par l’idée de faire rugir sa guitare que celle de coller des coups de coude à Skeletor.

 

 

 

Il y a des gars comme ça, incapables de se résoudre à passer leur samedi matin devant la telloche à manger des Coco Pops, les doigts de pied en éventail et la panse à bière à l’air. Le Canadien Jon Mikl Thor est définitivement de ceux-là, lui qui a au fil des ans enquillé les casquettes. D’abord bodybuilder à succès (il est tout de même devenu Mr. Canada et Mr. USA), il est un peu devenu l’historien sportif de Vancouver et a même ressuscité ce qui semble être l’une des plus légendaires équipes de hockey du coin. Et quand ça ne cogne pas le palais sur le glace, ça hurle dans le micro, Jon étant aussi et surtout le leader de Thor, groupe de heavy metal qu’il lance en 1973, faisant de lui l’un des pionniers du style. Et aussi l’une des personnalités les plus, disons, clownesque du rock dur, le bonhomme n’hésitant pas à porter la peau de bête et des armes à même de faire rougir de honte un Cimmérien. Car avec sa longue tignasse blonde toujours mieux coiffée que celle de Cindy Lauper et son côté un peu ringard (un peu beaucoup, même), notre sauvage rappelle plus les Barbarians de Deodato que le Conan de Milius. Mais il faut bien que show se fasse, et Jon continue d’ailleurs de faire vibrer les tympans de nos jours, même si la condition physique de ce bon soixantenaire ne lui permet plus de montrer ses gros biscotos à ses hordes de fans chevelus. Eh oui, le temps passe et les muscles s’effacent, Thor cachant désormais son gros bidon derrière une armure. Et on doute sérieusement qu’il soit encore capable de se baisser pour rouler de grosses pelles baveuses à ses groupies, comme il le faisait dans les années 80. Pas sûr que cela se bouscule devant lui niveau jolies demoiselles, d’ailleurs, cette légende relative et vieillissante du metal n’attirant finalement que quelques nostalgiques, les nouveaux skeuds (aux pochettes souvent abominables) du bonhomme étant chichement distribués. Au point que c’est à Jon lui-même d’aller tenir son stand après le show, histoire d’attirer le chaland, que l’on devine plus fan de Séries B ringardes que de sons à la Manowar.

 

 

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Car en plus de sabrer l’air de son glaive en y allant de ses petits hymnes métalliques, Thor devint au milieu des eighties une star de cinéma. Enfin, de quelques B Movies relativement méconnus par chez nous, pour tout dire, mais qui ont pour certains acquis un statut enviable de pelloches cultes. Comme Zombie Nightmare et, surtout, le présent Rock’n Roll Nightmare, qu’il écrit, produit et dans lequel il s’octroie le premier rôle. Pourquoi pas, après tout ? Non seulement le film peut servir de vitrine pour sa musique et aider à vendre quelques palettes de CD en dehors du Canada (seul marché sur lequel il s’est plus ou moins imposé), tandis que ses fans les plus fervents devraient fort logiquement choper la VHS lors de sa sortie. Le bon plan en somme, auquel il convie John Fasano, personnalité intéressante du monde horrifique de l’époque. D’une part parce qu’il débuta comme acteur pour le bien du Blood Sisters de Roberta Findlay, ensuite parce que sa carrière de réalisateur se poursuivit via un Black Roses lui aussi trempé dans le heavy metal, puis pour le bien de la série Kamen Rider : Dragon Knight, version américaine du célèbre sentai. Plus étonnant ? Le monsieur n’est rien de moins que le scénariste de 48 heures de plus. Oui oui, le buddy movie avec Nick Nolte et Eddie Murphy ! Sacré grand écart tout de même entre ce bon gros actioner hollywoodien et Rock’n Roll Nightmare, d’un tout autre niveau de production… Tourné en sept jours (dix étaient prévu, mais suite au décès du proche de l’un des producteurs, le planning fut raboté) en évitant soigneusement les comédiens professionnels pour taper dans les amis du Jon ou dans la famille de Fasano (dont son fils, un temps devenu un maquilleur/spécialiste des sfx, passé sur les premiers Hellboy et Underworld), ce cauchemar fort en riffs est bien évidemment plutôt chiche question budget, chiffré à 100 000 dollars.

 

 

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A l’origine titré The Edge of Hell pour coïncider avec l’album du même nom écrit par Thor dans les mêmes eaux, avant de voir son patronyme modifié pour aider à sa promotion, c’est de toute façon un récit ne demandant pas des millions que le chanteur écrit. C’est que l’histoire imaginée par le beau blond est on ne peut plus simple, se résumant aux mésaventures connues par un groupe de jeunes métalleux, partis répéter dans une ferme isolée et finalement décimés par des démons menés par Belial en personne. C’est pas tout à fait Le Seigneur des Anneaux quoi, malgré le look d’Aragorn qui aurait trop passé de temps chez son coiffeur qu’arbore le bon Thor, et le résultat rejoint sans hésitation le camp des films de bicoques hantées fort en monstres, comme il en pleuvait à l’époque, façon Ghosthouse de Lenzi ou les Night of the Demons à venir. Soit ces petites productions typiquement eighties ou nineties, toutes heureuses qu’elles étaient de troquer les fantômes invisibles de Amityville et consorts pour des gloumoutes à l’épiderme dégueulasse et aux dents cariées. Visiblement conscients qu’ils ne vont pas aller concurrencer L’Exorciste sur son terrain sérieux, Thor et Fasano jouent d’ailleurs la carte du second degré en créant un bestiaire décalé, le démon en chef étant entouré de petits sbires ressemblant à des zgegs avec un œil et une bouche. Ou éventuellement, pour le plus sobre du lot, à un petit lézard baveux, qui tentera vainement de s’attaquer à Thor pendant que celui-ci écrit de nouvelles symphonies à même de faire taper du pied toute une légion de bikers.

 

 

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Rock’n Roll Nightmare, qu’il le veuille ou non, donnera donc dans le cheesy le plus dégoulinant. Mais peut-il en être autrement avec pour personnage principal une montagne de muscles, au sommet de laquelle on a planté une aveuglante choucroute ? Car tout sympathique soit-il, force est de reconnaître que notre divinité de la foudre et des amplis Marshall prête à sourire, et encore plus dans le contexte d’une invasion venue des enfers. Enfin, minime l’invasion hein, aucune armée de cerbères enflammés et d’êtres cornus sortis de terre ne déboulant à l’écran. A la place, une mère de famille se fait bouffer par son réfrigérateur et un squelette sort du four pour agripper le père d’un marmot (Fasano Jr.), plus tard changé en une espèce de garçonnet mutant, au visage de lupus. On pense parfois à Spookies devant ces tas d’os en plastoc ou ces zobs courant d’un bout à l’autre de la demeure sans jamais prouver leur efficacité, avant de virer dans le giron des Demon House lorsque nos rockeurs reçoivent la visite de séductrices succubes, dont le but est bien évidemment de les croquer tout cru. Gore ? Pas vraiment, car à part une épaule arrachée et une main monstrueuse sortant d’un bide, le propos n’est jamais au sanglant et tous les meurtres se dérouleront hors-champs. Un peu frustrant, même si la fine équipe compense en ordonnant à ses actrices (dont l’épouse de Thor) de tomber le haut, nos fans de Poison et autres Mötley Crüe finissant toujours par se faire des frottis sous les draps ou sous la douche. Est-ce passionnant pour autant ? Jamais malheureusement, le rythme étant bien trop engourdi pour générer un quelconque fun, les rares passages un peu plus mouvementés et profitant d’un montage plus enlevé étant finalement ceux voyant le groupe malmener leurs instruments. Et le tout pour crier des refrains très clichés, façon « We live for rock » et compagnie, dans un style bien sûr plus proche de Twisted Sister que de Patrick Fiori. Mais du reste, on baille un peu, surtout lors des premières minutes, concentrées sur la route que fait le van des troupes pour arriver à la ferme. Un choix de dernière minute à vrai dire, Fasano découvrant que le film est trop court de quelques minutes et qu’il va lui falloir tirer à la ligne…

 

 

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Bref, ça ronronne sévère dans la grange du headbanging, et si ce n’est les dégaines d’un autre temps de nos zikos et des nanas qui les accompagnent, il n’y a finalement rien permettant de distinguer The Edge of Hell de tout autre bobine du même ordre. Heureusement, Jon Mikl semblait disposer à l’époque d’un sacré égo, qui le pousse à imaginer un final proprement ahurissant. (Attention, spoilers en vue!) Alors que tous ses amis ont été assassinés par les suppôts de Satan, le patron des démons apparaît lui-même devant Thor (et est assez craignos, mais qui en doutait ?), pas plus surpris que cela par l’arrivée du gérant des enfers. Et pour cause : notre costaud du nom de John Triton (on ne rigole pas) est une sorte d’archange, ou plutôt « l’Intercessor » comme il le dit lui-même, un être tombé des cieux pour coller des branlées au Mal. Après avoir déchiré ses fringues et bandé les muscles (et fait des grimaces pas possibles, aussi) le Triton commence alors une foire aux empoignées avec la sale bête, à laquelle il serre le cou jusqu’à la faire imploser en feux d’artifices. Tout est donc bien qui finit bien, y compris pour les potos de John, qui n’étaient en fait que des illusions créées par l’Intercessor pour mieux se jouer d’Asmodée. (Fin des Spoilers) Bien fêlée comme conclusion, et de toute évidence le genre d’excentricités qui font passer un divertissement banal en un objet filmique non-identifié qu’il faut voir au moins une fois dans sa vie. Rock’n Roll Nightmare cachait donc un délicieux coulis de framboise sous sa coque de chocolat avarié, et donne dès lors une bonne raison de traverser ses pénibles errances de la première heure. Comme quoi, il suffit parfois d’une scène bien balancée – couplée à la sympathie que l’on porte évidemment au fils d’Odin, aussi mauvais acteur que bonhomme attachant – pour faire basculer l’image que l’on peut avoir d’une petite Série B à priori tout sauf bandante… Et pour la petite histoire, Thor participa à une suite, Intercessor: Another Rock ‘N’ Roll Nightmare en 2005… et on a bien envie de la voir !

Rigs Mordo

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  • Réalisation: John Fasano
  • Scénarisation: Jon Mikl Thor
  • Production: Jon Mikl Thor
  • Pays: Canada
  • Acteurs: Jon Mikl Thor, Jillian Perri, Frank Dietz, David Lane
  • Année: 1987

4 comments to Rock’n Roll Nightmare

  • Mighty Matt  says:

    Haa ! Cool texte et qu’importe la qualité si les monstres en latex sont là !

  • Roggy  says:

    Bien d’accord avec Matt sur la qualité du texte. Quant au film en lui-même, je ne sais pas quoi en penser sinon juger sur pièce !

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