Gamera vs Viras

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C’est sûr, quand elle tient un bon filon, la Daiei ne le lâche plus. Et puisque la célèbre tortue géante Gamera ramène des sacs entiers de yens à chaque fois qu’elle colle une mandale à un autre Giant Monster, c’est sans hésitation que le réalisateur Noriaki Yuasa, déjà en charge des deux précédents volets, renvoie son reptile sur le ring pour Gamera vs Viras.

 

Ses jours de congé, Gamera ne les prend visiblement jamais, la carapace volante revenant dès 1968 sur les écrans alors que la branlée foutue à la chauve-souris maousse Gyaos ne datait que d’une petite année. Comme on dit en Belgique, tant que les fesses sont découvertes, autant deux claques qu’une… Et comme on le dit ailleurs, il faut battre son frère quand il fait trop le chaud ! Et des frangins de la taille de la Tour de Tokyo, Gamera n’en manque jamais, avec cette fois l’arrivée de Viras, une espèce de gros poulpe venu de l’espace dans l’espoir de prendre le contrôle de notre planète, riche en matières que son espèce cherche désespérément à travers la galaxie. La routine habituelle ? Car bon, c’est vrai que pour une fois c’est pas une vilaine bête préhistorique sortie de terre qui se met à tout ravager sur son passage, mais une pieuvre d’une autre planète, mais est-ce que cela change quoi que ce soit ? Tout de même, car contrairement à un Gyaos ou un Barugon ne se posant pas de question et ruant dans les brancards, Viras en a dans la coloquinte et décide de manipuler Gamera. Sachant que le bouclier vivant est des plus fortiches pour l’avoir déjà croisé au préalable, les cinq premières minutes de ce Gamera tai Uchū Kaijū Bairasu voyant notre héros dégommer son vaisseau spatial, Viras décide de lui offrir un brainwashing plutôt que de s’y frotter. Après avoir fait des recherches sur le bestiau, il est donc décidé de prendre en otages deux scouts qui campaient non loin, puis d’implanter une machine permettant de diriger les moindres faits et gestes de Gamera, dès lors reparti bouffer du building.

 

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C’est bien connu : plus ça allait, moins la saga Gamera tentait de garder dans sa poche ses fans de la première heure. Logique d’ailleurs de voir les adultes en recherche de récits matures partir chez la concurrence, tant Gamera semble désormais préférer faire quelques châteaux de sable avec les bambins sur la plage plutôt que de faire péter des centrales nucléaires. C’est vrai, cette tendance à draguer un public de plus en plus jeune était déjà visible dans les précédents opus, la gigantesque créature épargnant ou sauvant systématiquement les gosses alors qu’elle n’hésitait jamais à aplatir le reste de la population, voire à lui faire sentir son haleine enflammée. Mais un pallier est définitivement franchi avec Gamera vs Viras, car s’il y avait toujours un mouflet pour encourager Gamera précédemment, ils faisaient plus ou moins figure de personnages secondaires. Ce n’est pas le cas ici, et les protagonistes principaux seront les blagueurs Masao et Jim, enfants stéréotypés au possible puisque le premier, Japonais, est bien évidemment un as de l’informatique qui vous construirait un lecteur Laserdisc avec deux morceaux de bois, tandis que le second est un vrai Américain maniant le lasso comme personne. Les stars du show, ce sont donc eux, au point qu’ils en effacent l’importance de Gamera, qui ne devra son salut qu’aux deux chiards, partis mettre le boxon dans la navette spatiale de Viras. Un choix bien évidemment opéré pour faire parler dans les cours d’école, et qui dispose d’autant d’avantages que d’inconvénients. Au niveau des « plus », on sera par exemple ravis d’échapper aux interminables explications de vieux scientifiques et aux tentatives inefficaces de l’armée, ce quatrième opus misant nettement moins sur les bavardages qu’auparavant et voit donc son rythme plus satisfaisant. Et question « moins », on notera que les deux scouts sont plutôt énervants et font un peu trop pencher le film dans la case « film de monstre pour les tout pitis ».

 

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Un moindre mal, néanmoins, en tout cas bien moins gênant que la fainéantise de Yuasa, auquel on a visiblement ordonné de se serrer la ceinture. Ainsi, histoire de gagner du temps et du fric sans se fouler, Gamera vs Viras se permet d’aller piocher une bonne quinzaine de minutes dans les précédents volets. Soit via des flashbacks des combats contre Barugon et Gyaos, lorsque Viras et ses troupes étudient leur ennemi, soit carrément pour faire gober au spectateur naïf que que ces vieilles séquences sont des plus neuves. Une sacrée arnaque, mal foutue qui plus est, puisque personne ne croira que ces plans repris du premier Gamera furent tournés pour l’occasion puisqu’elles sont en noir et blanc alors que le reste du métrage est en couleurs ! Un peu con tout ça, même si un public n’ayant jamais vu, ou en tout cas pas visionné depuis un certain temps, les trois premiers chapitres ne sera probablement pas trop dérangé par la pratique. Quant aux autres, ils apprécieront un côté pop plus affirmé via le look du vaisseau spatial : de l’extérieur, on dirait cinq culs d’abeilles collés ensembles, et de l’intérieur c’est un festival de formes triangulaires aussi kitsch que la salle de bain de Philippe Katerine.

 

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Un joli sapin de Noël donc que cet affrontement contre Viras, qui n’oublie cependant pas d’avoir quelques branches plus perçantes, bien cachées derrière ses guirlandes. Ainsi, on appréciera de voir quelques instants gore lors de la rixe conclusive, Viras transperçant un Gamera dont la carapace n’est pas si solide que ça. De même, un peu glauque cette idée voulant que les Viras aient kidnappés quelques Japonais pour prendre possession de leurs corps, qu’ils décapitent une fois qu’ils n’en ont plus l’utilité. Pas suffisant pour éclipser les trois premières aventures de la flying turtle, mais de quoi distraire gentiment durant 80 minutes, même si on en a déjà vu une quinzaine dans le lot.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Noriaki Yuasa
  • Scénarisation: Nizo Takahashi
  • Production: Hidemasa Nagata
  • Pays: Japon
  • Titre original : Gamera tai Uchū Kaijū Bairasu
  • Acteurs: Kôjirô Hongô, Tôru Takatsuka, Carl Crane, Michiko Yaegaki
  • Année: 1968

2 comments to Gamera vs Viras

  • Roggy  says:

    C’est vrai qu’il s’en passe de drôles au Japon mais je constate qu’en Belgique on se fait une seule bise, en revanche on se colle deux torgnoles sur les fesses. Quel monde étrange 🙂

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