Happy Birthdead

Category: Films Comments: 5 comments

happyteaser

Il est temps se souffler une poignée de bougies, encore et encore… Et encore… Et encore ! Prise dans une boucle temporelle, la pauvre Tree se voit forcée de revivre le jour de son anniversaire. Le bon plan pour un jour sans fin, certes sans marmotte et Bill Murray mais avec cadeaux et cakes aux pommes ? Pas si un tueur déguisé en gros bébé morveux vous plante le jour-même…

 

On ne va pas se le cacher : le jour où un colis piégé envoyé par un type tout tristounet d’être tombé dans l’arnaque Paranormal Activity est déballé au siège de Blumhouse Productions et fait tout péter, le cinéma d’horreur disparaîtra de nos grands écrans pour quelques années. Si les spectateurs malheureux gardant en mémoire les ratages que sont la saga aux phénomènes à peine paranormaux, Sinister 2 ou Ouija en seraient probablement ravis, les autres pleureraient le seul studio actuel à encore concentrer ses efforts sur des horror movies populaires et dotés de budgets décents. Avec plus ou moins de bonheur, il est vrai, mais force est aussi d’admettre que Mister Blum aura tout de même enjolivé quelques samedi soirs au fil de ses The Lords of Salem, Dark Skies, Sinister premier du nom ou encore le toujours frais Get Out. C’est vrai, le bonhomme fatigue un peu avec ses sagas Insidious et American Nightmare, pas loin de s’auto-parodier à force de recycler les mêmes trucs et astuces pour faire hurler les gamines lors des soirées pyjama ; et on a toujours la sensation que c’est la loterie avec ses sorties, que les chances de se tremper les orteils dans un océan de banalités sont aussi fortes que de s’égratigner la plante des pieds sur un petit joyau caché. Une dernière catégorie à laquelle appartient plutôt Happy Death Day, slasher millésimé 2017, chez nous retitré Happy Birthdead sans trop que l’on sache ce que ça change de remplacer un nom bien english par un autre. Allez comprendre… Mais qu’importe la signature tant que le texte est bon, et ici, il l’est plutôt deux fois qu’une !

 

happy1

 

Le tout ne découle pourtant pas d’une idée faisant preuve d’une originalité en béton armé, soit celle de mélanger le slasher totalement teen au pitch d’un Jour sans Fin définitivement culte. Perdre ses personnages dans les couloirs du temps avec un mystérieux assassin n’a en effet rien d’inédit, et sans avoir à remonter trop loin on peut citer les similaires Triangle de Christopher Smith (2009) et le Timecrimes de Nacho Vigalondo (2007). De là à penser que le scénariste Scott Lobdell (la série animée X-Men des 90’s) et le réalisateur Christopher B. Landon ( Manuel de survie à l’apocalypse zombie et Paranormal Activity : The Marked Ones ) sont partis plagiés leurs petits copains… Au contraire, il paraît évident qu’ils sont plutôt retournés caresser des castors aux côtés de Bill Murray, tant le chef-d’oeuvre offert par le regretté Harold Ramis est ici repris en long et large. Murray y incarnait un sale type, un journaliste se pensant supérieur au reste du monde et ne faisant dès lors aucun effort pour se montrer aimable ? Eh bien il en sera de même pour Tree (Jessica Rothe), blondinette constamment de mauvaise humeur et passant dès lors ses journées à pester et rabaisser son entourage, de vulgaires figurants tout juste bons à subir ses moqueries et critiques. Ce bon vieux Bill se réveillait chaque jour avec les gags poussifs d’animateur de radio et devait se taper les mêmes rencontres jusqu’à connaître par coeur les faits et gestes des uns et des autres ? Il en sera de même pour Tree, sortie du lit chaque matin par sa sonnerie de téléphone, lui annonçant son anniversaire, avant de devoir croiser sur son campus les sempiternels camarades de classe. Mais là où les journées sans conclusion vécue par l’éternel chasseur de fantômes n’étaient en soi pas si déplaisantes, notre cocote vit pour sa part un interminable calvaire puisqu’un meurtrier masqué ne cessera de la poignarder dans ce lundi sans minuit, sa mort la ramenant immédiatement au point de départ.

 

happy2

 

Autant dire que malgré son emballage à la Scream, les similitudes entre Happy Death Day et le classique de la comédie moderne sautent aux yeux, au point que nos auteurs se sentent obligés de faire amende honorable en poussant l’un des protagonistes à causer d’Un Jour sans Fin. Mieux vaut en effet prendre ses précautions et couper l’herbe sous le pieds des hurleurs au plagiat, car Tree va, à l’instar de Murray, devoir devenir un être bon si elle veut espérer sortir la tête de cette horloge aux aiguilles détraquées. Car comment découvrir qui se planque derrière ce visage de chérubin attardé si elle ne s’intéresse pas un peu plus aux autres ? Comment savoir le motif poussant cet assaillant au meurtre si elle ne s’adonne à aucune remise en question ? Impossible, et Tree, au fil de ses morts et résurrections, deviendra une bien meilleure personne, à l’écoute des autres et désireuse de leur venir en aide. Bref, on connaît déjà la chanson, surtout lorsque vient s’immiscer une romance rappelant, là encore, celle unissant Murray à Andy MacDowell, Tree ouvrant systématiquement les yeux dans la chambre d’un geek qu’elle méprise plus ou moins et dont elle finira par s’éprendre. Normal : entourée de pimbêches ne pensant qu’à leur réputation et à l’image qu’elles renvoient, elle ne peut que prendre comme une bouffée d’air frais ce jeune homme décorant sa piaule avec des posters des films de Carpenter. Le jour de la marmotte n’est décidément pas loin, même si cette fête d’anniversaire gâchée s’offre tout de même son petit truc rien qu’à elle. Soit le fait que Tree a finalement un nombre limité de vie, chaque trépas l’affaiblissant toujours un peu plus, apportant au tout un suspense bienvenu.

 

happy3

 

Le temps ne semble d’ailleurs jamais long, et le principe, qui pourrait vite devenir ennuyeux si mal maîtrisé, est ici bien géré et permet à Landon de montrer qu’il a un sacré sens du rythme. D’ailleurs, le réalisateur prouve qu’il est à l’aise dans l’effroi comme dans le second degré : si les premières apparitions du chérubin diabolique sont angoissantes et usent à bon escient d’un style « à la Halloween » (comprendre plus basé sur le suspense que sur le gore, même si une version plus trash fut d’abord envisagée), ses attaques finissent rapidement par tourner au gag, sans que l’on regrette pour autant ses apparitions plus sérieuses. Reste qu’Happy Deah Day tire un peu trop sur la corde et semble un peu trop conscient de sa coolitude pour être sympathique à 200 %, le récit semblant s’effacer par instants pour laisser la place à une armée de clins d’oeil à destination d’un spectateur que le métrage sait séduit d’avance. Manquant du côté tendre qui émanait de The Final Girls et nanti d’un univers si teenager qu’il risque de laisser un public plus âgé sur le trottoir, cette course contre la montre souffre également d’une légère prévisibilité, et si l’on ne devine pas tout après cinq minutes, on voit tout de même fort bien où tout cela nous mène. Dommage d’ailleurs d’avoir remplacé la cruelle et rigolote fin originale (tout de même présente sur le DVD en guise de bonus) pour satisfaire le public, souvent crétin, des projections-tests, visiblement désireux de s’enraciner devant un happy end on ne peut plus banal…

 

happy4

 

De menues taches qui n’enlaidissent néanmoins pas le tableau général, pétillant et porté par un premier rôle bien tenu. Volontairement irritante au départ, Jessica Rothe finit par devenir rayonnante en même temps qu’elle retrouve une certaine humanité, s’extirpant peu à peu du cadre du protagoniste antipathique méritant son sort et servant donc, malgré elle, d’élément comique, pour se changer en une fille en détresse que l’on aimerait voir indemne. On ne parlera peut-être pas de monument du slasher, et le bisseux élevé aux Carnage et disposant d’un tatouage d’Intruder sur la cuisse gauche risque fort de trouver le tout trop MTV friendly pour mériter sa place au panthéon. Possible, mais il y a comme un goût de reviens-y dans cette affaire, peut-être réduite au statut de psychokiller tous publics et pensée pour faire rire vos petites sœurs, mais si bien foutue que l’on sent que l’on y retournera tôt ou tard. D’ailleurs, le film ayant plutôt bien fonctionné, son géniteur se verrait bien lui offrir une séquelle. A voir si le principe mérite que l’on reprenne une part de gateau…

Rigs Mordo

 

Un deuxième avis médical, Dr. Rictus ?

Il a le vent en poupe le père Blum, et c’est peu de le dire. Le carton Get Out il y a peu, et puis cet Happy  Birthdead désormais, dont le titre résonne comme au bon vieux temps du slasher : celui qui frappe les jours importants, celui qui profane les fêtes symboliques de nos petites vies. Très malin et ultra référentiel, le scénario du film emprunte donc les voies du whodunit en sororité, en même temps que les chemins de la Twilight Zone : la jeune héroïne est en effet prisonnière d’une  boucle temporelle qui l’enferme dans un cauchemar récurrent le jour de son anniv’, celui de sa propre mort toujours recommencée, et toujours différente. Bref, c’est l’histoire éternelle de la final girl dont on ne vient jamais à bout… même en la tuant plusieurs fois ! Ironique quelque part, et parfaitement exemplaire de cette dimension ludique du slasher. Le réalisateur, Christopher Landon, remplit toutes les cases du rayon, mais avec cette générosité sincère qui réchauffe l’ambiance : contexte universitaire bien sûr, et logique de campus avec ses persos si superficiels qu’on voudrait les voir éventrés fissa. Les pétasses sont en chasse donc, et les beaux gosses font du foot, pendant qu’un tueur masqué pourchasse la superbe Jessica Rothe dans les couloirs de l’hôpital universitaire ou dans les chambrées de la maison Kappa. Bref, le parfait compromis entre l’impavidité d’un Michael Myers et la rage maladroite d’un Ghostface. A noter d’ailleurs quelques impressionnantes séquences – d’un simple point de vue filmage – qui confèrent à Happy Birthdead l’aura des meilleurs films dans le genre : entre autres, cette sublime course poursuite dans un parking souterrain, entre le prédateur masqué et la donzelle terrifiée. Bien inquiétant, d’ailleurs, ce masque de gros bébé rigolard, métonymie d’une régression nostalgique vers un genre revenu en grâce. Derrière ses couleurs acidulées et ses décors proprets, et au-delà même de ses oripeaux foncièrement pop, Happy Birthdead planque aussi un petit récit initiatique, une histoire joliette de rédemption morale : nana imbuvable à l’entame, Tree comprend à la fin les quelques lois essentielles du “bien vivre ensemble”. OK, ça peut paraître concon et cucul, mais ça fonctionne carrément dans Happy Birthdead. Un excellent film au final, parmi les meilleurs des productions Jason Blum.

David Didelot

 

happyposter

  • Réalisation: Christopher B. Landon
  • Scénarisation: Christopher B. Landon, Scott Lobdell
  • Production: Jason Blum, Angela Mancuso, Ryan Turek,…
  • Pays: USA
  • Titre original : Happy Death Day
  • Acteurs: Jessica Rothe, Israel Broussard, Ruby Modine, Rachel Matthews
  • Année: 2017

 

5 comments to Happy Birthdead

  • Roggy  says:

    J’ai vu le film hier soir et c’est aussi une bonne surprise. Je rejoins vos avis même si la fin me semble un peu en-deça avec la rédemption de l’héroïne, mais dans l’ensemble, le film est maîtrisé et fonctionne. Et puis, avec un tueur qui ressemble à un certain David D., forcément c’est pas mal 🙂

  • Nazku Nazku  says:

    Je l’ai vu à sa sortie au cinéma. Et comme d’habitude, je suis de ton avis. Une suite serait chouette! Le film fut une agréable surprise, moi qui m’attendais à un truc idiot comme tous les films d’horreur stupides des dernières années…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>