Death Metal Zombies

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Les mères de familles américaines chantonnant le psaume de la Création tout en perfectionnant leur recette de la tarte aux prunes nous avaient pourtant prévenus : si l’on écoute du Judas Priest ou du Ozzy Osbourne, on a tout les chances de finir au bout d’une corde avant même la fin du premier couplet. Logique dès lors de s’apercevoir que le méchant death metal pousse le bouchon encore un peu plus loin et change ses auditeurs en une horde de zombies ne cherchant qu’à becter leur prochain…

 

 

On appelle ça un juste retour des choses. C’est qu’après avoir passé des années à proposer des bennes entières de chansons puisant leurs influences dans le mausolée du Tallman ou sous la robe de la possédée Regan, les death métalleux méritaient bien de se voir rendre la politesse par le septième art branché horreur. D’ailleurs, le mariage tient plutôt de l’évidence : non seulement l’union entre gros son et épouvante a déjà fait les belles heures des années 80 avec les Trick or Treat et autres Rock’n Roll Nightmare, mais en plus le metal extrême devrait fort bien coller à un spectacle gore, les riffs tronçonneuses des copains de chambrées de groupes comme Autopsy ou Monstrosity distillant aussi bien une violence jamais remise en question que les ambiances putrides. Autant dire que pour un petit faiseur de série Z ultra-amateur confectionnées entre la tondeuse de son oncle et la boîte à outils de ses parents comme Todd Jason Cook, le sujet tient du pain béni. Non seulement il se doute que tous les amateurs de musiques véloces des alentours répondront présents s’il leur propose de dégommer du zomblard tout en headbanguant sauvagement dans son Death Metal Zombies (1995), mais en plus il ne devrait pas avoir trop de mal à convaincre quelques formations malmenant leurs timbales de lui prêter quelques refrains parlant de morts brutales et de revenants. A priori, tout le monde devrait y trouver son compte d’ailleurs : lui aura une bande-son adéquate, et les groupes se paieront une petit publicité bon marché. Tout du moins si une meute entière de férus du cinéma gore se jette sur le produit fini, ce qui semble peu évident : vite rendu rare par une distribution que l’on devine anémique, Death Metal Zombies deviendra rapidement un mirage des vidéoclubs, de ces cassettes que seuls quelques élus ont eu l’infinie chance de tenir entre les mains. Pas bien étonnant lorsque l’on reluque ce joyeux méfait, de toute évidence tourné avec la caméra qu’utilise grand-père pour filmer les spectacles scolaires de sa descendance et donc ultra-amateur. Bref, que vous vous plantiez devant cette invasion de chevelus désireux de croquer dans de la cervelle ou devant le road-trip au Tibet shooté au caméscope de la première Youtubeuse venue, il n’y a pas de grandes différences.

 

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On comprend dès lors la rareté de la VHS d’antan, ce qui profite bien à Mister Cook, qui en a profité voilà quelques années pour ressortir le bidule en DVD et sur quelques plates-formes de VOD triées sur le volet (Amazon par exemple) tout en apportant quelques corrections à son petit Z. Durée revue à la baisse (huit minutes giclent), montage si modifié que les scènes ne sont plus toujours dans le même ordre, prise de son revue de A à Z, arrivée de l’action plus rapide, une nouvelle fin est shootée et la bande-originale possiblement chamboulée (car les chansons annoncées dans le générique de début ne correspondent pas à celle qui suivront) : le Todd Jason joue les révisionnistes, ce dont se félicitent d’ailleurs les acteurs conviés lors d’une soirée organisée pour fêter la ressortie, chacun assurant que Death Metal Zombies est bien plus comestible de nos jours qu’il y a vingt ans. Evidemment, si la forme se voit polie, le fond ne change en rien et le pitch reste le même. Soit la mésaventure d’un groupe de metalheads gagnant lors d’un concours à la radio une cassette audio unique au monde, renfermant un titre inédit de Living Corpse, groupe fictif dont ils sont tous les plus grands fans. Sauf que les membres du groupe sont en réalité de vils démons fermement décidés à corrompre le monde des vivants, et toute personne écoutant leur nouvelle offrande se verra transformée en une vilaine goule débordante de pulsions meurtrières. Oui, c’est un peu Deathgasm avec deux décennies d’avance… et le professionnalisme en moins.

 

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Car évidemment, c’est les copains et la petite-amie/future femme de Cook que l’on retrouve devant la caméras, tous réunis pour remuer de la tête comme des cons dans un garage ou foutre la branlée à quelques morts-vivants vénérant KISS et Iron Maiden. Tourné en plusieurs semaines, avec une longue pause due à de grosses inondations, Death Metal Zombies rebutera bien évidemment tout spectateur désireux de se caler devant un divertissement dont le coffre-fort déborde de millions. Pour le coup, c’est plutôt avec le fond du gobelet d’un SDF et une grammaire cinématographique réduite à sa plus simple expression qu’il faudra composer, et les carences ne manquent bien évidemment pas de se rappeler à notre bon souvenir. Outre quelques incohérences grossières dans le script (si le but de Living Corpse est de transformer le monde en un gigantesque cimetière, pourquoi faire de leur diabolique symphonie une rareté pressée en un seul exemplaire ?!), on restera avec cette étrange sensation que le montage aurait gagné à trancher dans les débuts de quelques plans, certains acteurs attendant clairement qu’on leur donne des indications avant de réciter leurs lignes ou se mouvoir. C’est un peu gauche pour le dire simplement, mais qui espérait une maîtrise digne de David Fincher dans cette fosse du metal de la mort ? Pas de grue pour se fendre de mouvements compliqués, pas d’acteurs se trimballant avec des trophées en or dans le sac-banane et pas d’armées de techniciens pour offrir une patine visuelle permettant de narguer The Gone Girl et Zodiac sur leur terrain. A vrai dire, le tout ferait même passer les productions David Sterling pour de vils blockbusters pensés pour refourguer des figurines dans les Happy Meals !

 

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Mais comme rien n’est jamais totalement noir ou blanc, cette pauvreté forçant Cook à tourner dans son patelin et sa propre bicoque apporte une authenticité que l’on peine à retrouver dans le cinéma traditionnel, aux cuisines scintillantes et aux chambres trop bien rangées. Tout en étant mal foutu de la tête au bracelet à clous, il s’échappe malgré tout un aspect crédible de Death Metal Zombies, qui regagne grâce à ses décors ce qu’il a perdu en véracité à cause de ses comédiens amateurs, tous pathétiques au dernier degré. N’empêche qu’il n’est pas déplaisant de suivre les virées nocturnes de tout ce beau monde, de ces jeunes gens partis se foutre sur la gueule dans les bois ou qui s’amusent à faire des circle pits à trois dans leur sous-sol, arborant leurs plus belles fringues à l’effigie de Slayer. Comme de juste, il est préférable d’avoir une certaine passion – ou au minimum un peu de tendresse – pour le metal extrême pour trouver son compte dans ce tourbillon de décibels et de gore. Car si Cook nous offre tout de même les ingrédients habituels du cinoche d’exploitation, balançant par exemple la plus jolie fille du métrage sous la douche (sympa le piercing sur le téton) et quelques scènes gore parfois bien troussées (joli coup de machette dans la gueule, quelques bides ouverts de circonstance), parfois risibles (ouch le squelette piqué au cours de biologie!), il paraît évident que le tout ne parlera qu’aux mélomanes cherchant leurs hymnes dans les aciéries les plus sales. En clair, si Scream Bloody Gore, Like an Ever Flowing Stream ou Tomb of the Mutilated ça ne vous évoque absolument rien, autant passer votre chemin. Car il y a fort à parier que même cette scène, très drôle, voyant un type se trouer le cul en s’asseyant sur un couteau, fourbement tenu sur le siège de sa voiture par un zombie, ne suffira pas à justifier la vision. Les autres, ceux qui fredonnent les plus grands hits d’Obituary et Agressor en préparant leurs tartines le matin, trouveront en Death Metal Zombies une petite friandise anecdotique, partant dans de trop nombreuses directions (on a tout de même droit à un gus déguisé en Nixon et tuant tous ceux qu’il croise, sans qu’il soit réellement relié à l’intrigue) mais rendue agréable de par son univers et son joli score. Un vrai film de niche qui reste sans doute le plus connu de son auteur, qui n’en restera pas là et enchaîne toujours de nos jours les micro-budgets, aux noms affolants : Skateboard Camp Massacre, Zombified, Meatball Massacre… Voilà bien un zig’ sur lequel il faudra sérieusement se pencher, tiens…

Rigs Mordo

Gros merci à l’ami Roggy !

 

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  • Réalisation: Todd Jason Cook
  • Scénarisation: Todd Jason Cook
  • Production: Todd Jason Cook
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lisa Cook, Todd Jason Cook, Bill DeWild, C. Jo Vela
  • Année: 1995

2 comments to Death Metal Zombies

  • Roggy  says:

    Mais avec plaisir, surtout si le film t’a plu 🙂

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