Les Rendez-Vous de Satan

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Toujours aussi malheureuse en amour, la Dame Fenech, constamment harcelée par des amoureux passés n’acceptant pas de la voir s’épanouir sous d’autres couettes. Pas d’Ivan Rassimov au regard d’aigle dans Les Rendez-Vous de Satan, mais un maniaque masqué bien décidé à limer son bistouri sur les os des plus jolies Italiennes que comptent les seventies… It’s giallo time again !

 

Pour la plus célèbre des brunettes du bis rital qu’est Edwige Fenech, la vie n’est rose que lorsqu’elle se retrouve dans des sexy-comédie où elle peut jouer de ses charmes, incarnant la MILF parfaite à bien des égards. Du reste, elle broie plutôt du noir dans les jaunes gialli qui n’ont de cesse de tenter de faire couler sa rouge sève sur ses formes généreuses. Pas de raison que ça change pour Les Rendez-Vous de Satan, titre français on ne peut plus mensonger cachant en fait The Case of the Bloody Iris (chez les anglophones) ou Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer? (nom à rallonge originel pour lequel la fonction copier/coller fut inventée). Point de diable aux longues cornes faisant claquer ses sabots par ici, la sortie française de 1979 (soir tout de même sept années après l’italienne) tentant de faire son beurre sur la devil mania suivant L’Exorciste pour mieux planquer sous le tapis les réels attributs de ce giallo pur et dur. Non, Edwige ne va pas faire faire la toupie à sa caboche en crachant de la purée aux épinards. Et non, elle ne va jamais s’enfoncer de petit Jésus dans le fruit défendu, même si on aurait bien aimé. A la place, elle recevra plutôt la visite d’un type adoptant le look Six Femmes pour l’Assassin (le trench-coat noir sur les épaules, la cagoule sur la  gueule, la lame dans la poche) et décimant les cocottes les plus séduisantes d’un immeuble aux centaines d’appartements. A qui la faute ? A un client de l’étrange bar VIP situé non loin ? A un vieux violoniste peu aimable avec la jeunesse ? A une vieille bique constamment de mauvais poil ? A ce bon vieux George Hilton, jamais bien loin lorsqu’il y a moyen de palper de la Fenech ? A cet efféminé photographe de mode, pour lequel travaillent Edwige et certaines de ses copines ? A la police, menée par Giampiero Albertini (Brigade Spéciale) de délier le vrai du faux…

 

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Point de doute, on est bien en 1972, alors que le giallo était en train d’envahir Rome et ses environs suite aux beaux succès imaginés par Argento. Car tout est là pour le rappeler dans The Case of the Bloody Iris (vous nous excuserez si nous n’utilisons ni le titre français totalement hors-sujet ni l’original qui bouffe trois lignes de texte à chaque citation), dont la fiche technique réunit la plupart des artisans du psychokiller à la bolognaise. Déjà, à la production, on retrouve Luciano Martino, frère du bon Sergio, dont il finança, quelques mois avant ça, les classiques L’Etrange Vice de Mme Wardh et Toutes les Couleurs du Vice. Et puisqu’on ne change pas une équipe à priori gagnante, le nabab rappela le couple phare du genre, Hilton et Fenech redevenant, respectivement, premier rôle masculin et héroïne en péril. Aux mélopées, on engage Bruno Nicolai, compositeur des zikmus pour Toutes les Couleurs… et La Queue du Scorpion, tandis que le montage sera confié à Eugenio Alabiso, lui-même au générique des deux films précités. Pareil pour le scénariste Ernesto Gastaldi d’ailleurs, passé du gothique flamboyant (La Crypte du Vampire, Le Corps et le Fouet) aux thrillers horrifiques (Torso, L’étrange Vice de Mme Wardh, Toutes les Couleurs…, La Queue du Scorpion). Finalement, c’est encore le réalisateur choisi, Giuliano Carnimeo, qui semble s’y connaître le moins en matière de mabouls gantés passant leur temps libre à lacérer cuisses et poitrines. Venu du western (Django arrive, préparez vos cercueils), du péplum (La Fureur d’Hercule) et du film comique un peu coquin (La signora gioca bene a scopa?), cet artisan voguant d’un genre à l’autre ne s’essayera finalement que peu aux genres réellement horrifiques ou plus globalement fantastiques, même s’il se fendra tout de même de Ratman et des Exterminateurs de  l’An 3000 par la suite.

 

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Reste que c’est une pure dream team que l’on voit se former devant nous, de ces équipes que l’on devine prêtes à ajouter un nouveau classique intemporel au genre du giallo, qui n’en a finalement pas autant que ce que la mode actuelle tente de nous faire gober. Il n’en sera malheureusement rien, cet iris sanglant se fanant bien vite, voyant même ses pétales se décrocher après une vingtaine de minutes, largement suffisantes pour comprendre que l’on ne vient pas de s’installer devant une date pour le cinéma bis. La faute à Gastaldi, ici signataire d’un boulot étonnamment mal fichu, son scénario semblant enchaîner mécaniquement les passages obligés du genre sans jamais parvenir à insuffler une quelconque âme à ce qui devient, dès lors, un bête « giallo de plus ». Pilotage automatique enclenché, donc, en laissant bien la passion dans la soute, cette banale histoire de jolie donzelle harcelée par un cruel assassin ne parvenant à aucun moment à impliquer le spectateur plus de vingt secondes d’affilée. Et pour cause : à trop multiplier les sous-intrigues, les fausses pistes et les thématiques, l’ami Ernesto ne donne aucune identité véritable à The Case of the Bloody Iris, qui tire dans tous les sens à la sulfateuse alors qu’il aurait été plus intelligent d’adopter la tactique du sniper embusqué. A la place, ça mitraille de partout, Gastaldi semblant incapable de se concentrer sur un sujet plus qu’un autre. Dommage, car quelques idées auraient pu faire leur petit effet si elles avaient occupé plus de cinq minutes des 90 du film. Comme par exemple ce groupe de hippies pratiquant des orgies, et dont le leader est nettement moins peace and love qu’il le laisse paraître. Ou encore ces passages sous-entendant qu’un type défiguré se cacherait peut-être dans l’immeuble ; certes un thème déjà croisé à de nombreuses reprises dans le cinoche d’exploitation, mais qui fournit toujours sa dose de frissons si bien utilisé. Bien sûr, cette multiplication des intrigues sert à brouiller les pistes et empêcher le public de découvrir trop facilement quel est le sadique à l’origine de tous ces meurtres, mais elle supprime surtout toute chance de voir l’ensemble se dénicher une véritable personnalité, le résultat tenant plus du best-of du genre que de l’entrée légitime.

 

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Néanmoins, multiplier les soubresauts n’a pas que des inconvénients puisque cela permet au script de toujours avoir quelque-chose à raconter, de ne jamais s’engluer dans une situation précise et de justifier une action régulière. Malheureusement, le vieil Ernesto n’était vraiment pas en forme ce jour-là et foire définitivement son écriture en créant des personnages vides et inintéressants, auxquels il offre en prime des dialogues majoritairement risibles. Allant du pensum malformé et se donnant de grands airs aux poèmes trop fleurs bleues (« Jennifer, je ne veux que t’aimer, juste t’aimer ») ou aux accès de rage dignes d’un méchant de L’Inspecteur Gadget (« Ma vengeance sera TOTALE ! »), ces blablatages ne sont jamais plausibles. Comme tout le film d’ailleurs, qui montre tout de même la pauvre Edwige se faire agresser sexuellement par son ancien compagnon… avant d’aller s’empiffrer au restaurant en riant avec Georges Hilton, dont le seul conseil qu’il peut offrir à une femme violée est « de penser à autre-chose ». C’est bien connu d’ailleurs, il suffit d’amener une femme meurtrie à la friterie pour qu’elle oublie tous ses malheurs, un bon cervelas effaçant les plus atroces des problèmes. Pas de quoi impliquer le spectateur, il faut bien l’avouer…

 

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De là à dire que The Case of the Bloody Iris ne dispose d’aucune qualité réelle… D’ailleurs, outre un Bruno Nicolai inspiré derrière son synthé et une Edwige Fenech plutôt convaincante malgré un rôle sans saveur, le grand winner de l’opération est indéniablement Carnimeo. S’il ne se foule pas outre mesure lorsqu’il doit suivre l’enquête, en effet peu motivante, de la police, se contentant alors d’un filmage banal et dévitalisé, il se réveille pour les scènes de suspense. Toutes très belles, elles contiennent quelques plans bien sentis, pas nécessairement originaux (on a de toute façon compris depuis belle lurette que le film n’aspirait à aucune identité) mais toujours à même d’apporter un peu de peps à ces scènes de meurtres, parfois iconiques. De même, on le sent bien heureux de taper dans le psychédélique lors du flash-back dévoilant Edwige en train de batifoler avec des adeptes du flower power, peut-être la meilleure séquence de toute la pelloche. Dommage de ne pas avoir mis l’accent sur ces contours, qui auraient sans doute permis au produit fini de se distinguer de la masse… Alors on n’ira sans doute pas crier au navet ni conseiller d’éviter ce giallo somme toute regardable pour peu que l’on soit bien luné, mais force est de constater qu’il est bien trop ancré dans la médiocrité pour figurer sur la liste de vos priorités.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Giuliano Carnimeo
  • Scénarisation: Ernesto Gastaldi
  • Production: Luciano Martino
  • Titres: Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer? (Ita)
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Edwige Fenech, George Hilton, Giampiero Albertini, Paola Quattrini
  • Année: 1972

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