Des Diamants pour l’Enfer

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Pour Jess Franco, c’est retour par la case prison et sans toucher les 20 000 francs ! Pas grave cela dit, d’une part parce qu’il connaît fort bien les lieux, le bonhomme n’en étant pas à son premier Women In Prison, d’une autre car cela lui permet de rejoindre sa belle Lina Romay derrière les barreaux. Autant dire que dans ces conditions, ce séjour carcéral ne peut qu’être plaisant. Peut-être un peu trop, d’ailleurs…

 

 

Jess Franco, l’homme qui filmait plus vite que son ombre. Au point que lorsque le producteur suisse Erwin C. Dietrich lui commande l’à priori toujours inédit chez nous Barbed Wire Dolls, il ne se rend pas compte que son hispanique associé en profite pour tourner en douce un second film, bien évidemment financé avec les restes du flouze prévu pour Barbed… Malin, Jesús ira revendre ce film « gratuit » ailleurs, soit aux frères Lesœur d’Eurociné, au nez et à la barbe du pauvre Erwin, qui ne découvre le pot aux roses que bien plus tard. C’est à dire en s’installant dans une salle de cinéma pour voir ce fameux Women Behind Bars (1975) – alias  Des Diamants pour l’Enfer, Prison Sado pour Femmes, Visa Pour Mourir, Prison de Femmes ou encore Le Vice et le Fouet –, petit WIP des familles dans lequel il croit reconnaître sa propre production. Logique après tout, Franco profitant de tout ce que Barbed Wire Dolls lui offrait, des fabuleux décors de la côte d’Azur au casting, bien évidemment identique dans les deux cas. Une petite arnaque qui n’énervera visiblement pas Dietrich outre mesure, le bonhomme se contentant de déclarer qu’au moins, c’est lui qui récolta le bon film de ces œuvres siamoises. Manière humoristique et polie de dire que la version tombée dans le panier Eurociné n’est pas une grande réussite… Reste que si Womend Behind Bars et Barbed Wire Dolls sont en effet des métrages siamois, ils ne sont en rien des films jumeaux, le premier s’éloignant largement des thèmes du second. A la pure descente dans un univers carcéral qu’il vient de finir pour son mécène helvétique, Franco préfère désormais le film de casse nettement plus pulp.

 

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Alors qu’il vient de dérober une grosse poignée de diamants à un riche Chinois, le malfrat Perry Mendoza (Raymond Hardy de Sadomania, Mondo Cannibale et Shinning Sex) se fait trouer le cuir par sa girlfriend, la belle mais vénéneuse Shirley Fields (Lina Romay, qu’on ne présente plus). Maligne au point de ne pas chercher à prendre la fuite, elle cache les pierres précieuses avant de se rendre à la police, prétendant que si elle a abattu Mendoza, c’est parce que le salaud avait tendance à découcher et enchaînait donc les infidélités. Une histoire peu crédible aux yeux de Milton Warren (Roger Darton de Train Spécial pour SS et Elsa Fräulein SS), détective engagé par une compagnie d’assurance pour retrouver les gemmes, et qui s’allie dès lors au directeur de la prison dans laquelle est envoyée Shirley. Ce sera donc au colonel Carlos de Vreis (Ronald Weiss, également dans Train Spécial pour SS et Elsa) de tirer les vers du nez à la Miss Fields, que ce soit par la force (torture au menu) ou par la douceur, lui envoyant dans les pattes une belle prisonnière, Martine (Martine Stedil, vue dans Le portrait de Doriana Gray du même Franco), capable de séduire Shirley et donc de récolter ses confidences…

 

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De toute évidence, avec Des Diamants pour l’Enfer, le copain Jess n’avait pas l’intention de donner dans les geôles humides et mal éclairées, où les prisonnières cohabitent avec rats et cafards et se voient forcées de dormir dans des lits trempé dans l’urine. D’ailleurs, Franco voudrait encore taper dans le WIP pur et dur que cela lui serait bien difficile, le climat solaire offert par la côte d’Azur sentant bien trop les vacances pour que l’on puisse y imaginer un affreux goulag. Du coup, le réalisateur n’essaie guère de se rouler dans la crasse et crée plutôt un pénitencier de rêve : certes, les donzelles sont bien enfermées derrière des barreaux, mais elles disposent de cages autrement plus confortables que celles trouvables dans les films tournés aux Philippines dans les mêmes eaux. Lits visiblement propres, petit rideau pour se cacher des autres détenues lorsque l’on part répondre à l’appel de la nature, prise électrique au-dessus des matelas (des fois que l’une d’elle voudrait brancher on ne sait quoi), cellule plutôt spacieuse… C’est pas le Hilton, mais c’est pas Guantánamo non plus, les horribles clapiers plantés dans les plus arides des déserts laissant même la place à ce que l’on devine être un centre sportif ou un centre de vacances. La cour permettant quelques balades à nos prisonnières semble en effet être un terrain de tennis, et le grillage les séparant du monde libre n’est autre que celui du parking situé à côté, où l’on peut voir quelques voitures. Pas plausible pour un sou, cette zonzon trop belle pour être vraie, située à deux pas de la splendide villa du dirlo, qui prétend d’ailleurs ouvrir sa porte à la première venue. Bien sûr, si nos cocottes veulent leur dose de tabac, il leur faudra passer une nuit en compagnie du méphistophélique colonel, à la barbe si noire et bien taillée qu’elle semble tracée au feutre. Reste qu’il ne se montrera pas violent sans raison, ne punissant que les tigresses les plus mal élevées, celles qui se griffent et se tirent les cheveux dans l’établissement ou se font passer des petits mots lors des repas. Des règles tenant plus de l’école primaire que de la maison de correction…

 

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On n’y croit donc jamais vraiment et l’on sent même que c’est presque à regret que le réalisateur renvoie ses mignonnes dans leurs cachots, cette prison balnéaire l’intéressant de toute évidence moins que l’intrigue concernant le vol des diamants. Du coup, les 40 premières minutes sont consacrées aux pauses cigarettes de Shirley, dont on tente désespérément d’obtenir des informations. Extrêmement lente et dénuée de toute action, cette première moitié (le tout dure 1h20) rebutera à coups sûr le visiteur nourri aux détentions des nettement plus rudes productions Corman, tant elle tient de l’agréable promenade dans le Sud de la France. D’ailleurs, si on ne s’amuse pas franchement, on ne peut pas réellement prétendre à l’ennui non plus : les décors, tout décalés qu’ils soient (il n’y a que dans l’univers de Franco que les bâtisses les plus banales deviennent, soudainement, fantastiques), caressent la pupille, tout comme la légendaire Lina Romay, incontestablement l’une des femmes les plus excitantes vues sur un écran. Mention plus qu’honorable également à la belle Martine Stedil, dans un registre nettement moins volcanique que la Lina mais tout aussi sensuel. Et l’on sait qu’il n’est pas évident pour une actrice, aussi belle soit-elle, d’exister aux côtés de la muse de Franco… N’empêche que le public typiquement grindhouse venu assister à la flagellation de petits fessiers commencera sérieusement à se demander s’il n’est pas encore temps de changer de parloir et partir voir ailleurs si les oubliettes n’y sont pas plus sombres.

 

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Se rendant tardivement compte qu’il faut aussi que son Des Diamants pour l’Enfer dispose de quelques éléments typés exploitation, Franco rentre enfin dans le vif du sujet après 40 minutes, envoyant Romay dans le lit de Stedil pour qu’elles se frottent langoureusement l’une contre l’autre, pendant qu’il zoomera comme un forcené sur leurs intimités. Pour ce qui est du sexe, c’est check. Reste la torture, ce qui sera chose faite avec une séance de fouettages sur une demoiselle jugée comme trop violente envers ses congénères, puis une autrement moins banale scène voyant la pauvre Lina attachée à une chaise, des électrodes accrochés à proximité de sa figue. Autant dire qu’elle sent passer le vilain coup de jus… Et puisqu’il est bien réveillé, Jeff en profite pour y aller de son petit meurtre, Romay étranglant une pauvre co-détenue dans son sommeil, avant de menacer le directeur Carlos d’une arme, après l’avoir fourbement chauffé pour qu’il baisse sa garde. Une évasion plus tard, Women Behind Bars peut en revenir au sujet pour lequel Jess se lève réellement le matin, cette sous-intrigue voyant tout le casting chercher les diamants comme vos enfants traquent les œufs Milka à Pâques. Il enchaîne dès lors le tout-venant du genre, avec type badass à la gâchette facile (rôle qu’il se réserve, tant qu’à faire), trahisons multiples, révélations de dernière minute et fuites avec un gros pactole dans le sac-à-main. Un petit côté roman de gare bienvenu, populaire en diable, et qui finit de rendre l’entreprise on ne peut plus sympathique. Et c’est sans doute là que le bât blesse, finalement.

 

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Et si le problème principal de Visa pour Mourir (vu le grand nombre d’appellations dont profite le film, autant varier les plaisirs) était justement son côté trop plaisant, finalement en décalage avec le genre et l’attente que ne manquera pas d’avoir un spectateur attiré par un titre comme Women Behind Bars ? Mal assis entre le film de casse très pop et le WIP barbare, le résultat est finalement trop hybride pour satisfaire qui que ce soit, si ce n’est éventuellement un public en quête de saveurs variées. Reste que tout indécise soit-elle, la bande se reluque plutôt facilement et profite indéniablement de la présence de Lina Romay, qui pourrait rendre regardable la plus minable des sagas françaises de l’été. Si vous devez vous laisser enfermer, ce sera donc pour elle et pas pour autre-chose.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Jess Franco
  • Scénarisation: Marius Lesoeur
  • Production: Eurociné
  • Titres: Women Behind Bars, Visa pour Mourir, Prison de Femmes…
  • Pays: France, Belgique
  • Acteurs: Lina Romay, Martine Stedil, Roger Darton, Ronald Weiss
  • Année: 1975

2 comments to Des Diamants pour l’Enfer

  • Roggy  says:

    A part la présence de Lina Romay, le film ne semble pas mémorable par rapport à d’autres films de Jess Franco. Belle chro en tout cas.

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