The Toxic Avenger

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Moins riche que Batman, plus moche que Superman et sentant un peu trop la vieille soupe à l’oignon pour se faire accepter dans la bande à Iron Man et Captain America, le pauvre Toxie n’est pas prêt de se faire une place de choix au panthéon des héros portant le slibard serré. Pourtant, avec une simple serpillière et malgré un look qui collerait plus la gaule à Bruno Mattei qu’à Nolan (le port du tutu, c’est pour l’élite), le Toxic Avenger fait aussi bien, si ce n’est mieux, que ses illustres confrères...

 

 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’un des fers de lance du cinéma gore rigolard naquit non pas par envie de se fendre la poire un bon coup, mais au contraire parce que ses géniteurs en avaient ras la casquette de donner dans la gaudriole pure et simple. C’était tout du moins le cas du sérieux Michael Herz (moitié plus secrète du duo Troma, volontairement effacée pour laisser plus de place au trublion Lloyd Kaufman), qui s’était lassé des teen movies à tendance sexy que le studio enchaînait alors, avec plus ou moins de succès. Du genre à pisser dans le sens contraire du vent, nos deux zouaves décident alors de donner dans le genre horrifique, après avoir lu dans un magazine que le cinéma d’épouvante était mort et enterré. L’Oncle Lloyd imagine alors très vite un pitch prenant place dans une salle de sport où sévit un monstre éliminant seulement les mauvaises personnes, une manière pour notre auteur de critiquer une société de plus en plus obsédée par la plastique et les muscles saillants. Problème : si la créature ne s’en prend qu’aux salopards, par définition des protagonistes auxquels il est difficile de s’attacher (à moins d’être un salopard soi-même, évidemment), il sera bien ardu pour ce projet, alors nommé Health Club Horror, de répandre peurs et frissons. Et vu que Kaufman n’a aucune envie de se fendre d’un slasher lambda, genre alors sur tous les écrans, le bonhomme se retrouve bien dans une impasse créative. Heureusement pour lui, c’est toujours lorsqu’il s’y attend le moins que la bonne ampoule s’allume dans sa boîte crânienne : alors qu’il est en route vers un important rendez-vous, le futur réalisateur de Poultrygeist pense que si le principe ne fait pas flipper, pourquoi ne pas s’en servir pour faire rire le public ? Michael Herz, bien que jusqu’alors fatigué par le second degré, embrasse l’idée et tous deux sont d’accord pour faire muter ce qui devait être un simple creature feature en une bobine de super-héros déviant. The Toxic Avenger était né et allait, à sa manière, changer la face du cinéma d’exploitation indépendant.

 

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Rien ne va vraiment bien dans le petit monde déluré de Tromaville : le maire ne cesse d’être réélu alors qu’il balance ses fûts toxiques un peu partout, la jeunesse enchaîne les meurtres et braquages sans que les autorités, elles-mêmes nazies, ne bougent ne serait-ce que le petit doigt, et la plupart des habitants sont trop occupés à se regarder dans la glace pour tenter de faire bouger les choses dans le bon sens. Seul Melvin Junko, attardé mental incarné par un Mark Torgl tout en mimiques ridicules, semble bien éloigné de tout cela, ce pauvre homme d’entretien du club de sport local étant trop affairé à rêver des jolies demoiselles qui lui passent sous le museau pour s’inquiéter de l’état dramatique de sa ville. Il en fera d’ailleurs les frais : pris pour cible par la plus teigneuse des bandes de loubards du coin, il est victime d’une vanne bien grasse (croyant rouler une pelle à une jolie blonde, il galoche en fait un mouton maquillé en pute) et finit par se défenestrer. Veinard dans la malchance, Melvin finit son saut de l’ange dans un baril de déchets radioactifs, et s’il en souffre au départ (il devient encore plus moche, prend feu et perd peu à peu son épiderme), il découvrira bien vite les biens faits d’un bon bain toxique. Sa voix devient celle d’un lover, son corps pousse pour devenir celui d’un colosse, sa force est multipliée par cent et son intellect fait un bond de plusieurs kilomètres, l’ancien demeuré se métamorphosant en un brave type qui en a dans le ciboulot. Comme de juste, c’est pour défendre la veuve, l’orphelin et des hordes d’opprimés que celui que l’on nomme désormais Toxie va rouler, devenant le justicier de Tromaville, au grand dam du maire et des flics ripoux, qui voient là une sérieuse menace à leurs plans de contrôle…

 

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The Toxic Avenger, c’est donc un peu comme un épisode de la franchise Un Justicier dans la Ville, et plutôt le troisième que le premier, mais dont l’humour ne serait pas involontaire. Et surtout avec un Charles Bronson qui laisserait tomber la moustache pour adopter le look de Sinok dans les Goonies, un œil dans le front et l’autre au bord des lèvres, et rangerait son soufflant pour rétamer de la racaille à mains nues ou avec une serpillière. Herz et Kaufman, ici planqué sous le pseudo Samuel Weil pour éviter des emmerdes auprès des guildes du septième art, balance donc devant nos yeux ébahis un véritable Vigilante flick, avec sa première partie consacrée aux agissements de la lie de l’humanité, qui empireront minutes après minutes jusqu’au point de non-retour où le héros n’aura d’autre choix que de prendre les armes et se faire justice lui-même. Un film de revanche, oui, mais à la Troma tout de même. Comprendre en plaçant tous les curseurs dans le rouge, que ce soit en y allant à fond dans le trash (mémé tabassée en pleine rue, chien d’aveugle shooté au fusil à pompe, gamin de dix ans à la tronche écrasée par une bagnole…) ou en plongeant si profond dans le second degré que les aventures de Toxie tiennent plus du dessin-animé fier de son outrance que d’autre-chose. Du coup, si votre rêve le plus fou est de voir Bugs Bunny, Grosminet et Daffy se lancer dans le polar hard boiled (ça fusille, souvent de l’innocent, les bagnoles explosent et ça se décroche la mâchoire à qui-mieux-mieux), Lloyd Kaufman et sa bande l’ont exaucé dès 1984. Pas étonnant d’ailleurs que ce Toxic Avenger, l’un de ses brûlots les plus reconnus, garde une place de choix sur les tables de nuit de tous les cinéastes en culottes courtes, désireux d’y aller, eux aussi, de leur petite tornade gore et rigolote. Attention, cependant : malgré la réputation de film Z ultime, ce premier essai dans les genres vénéneux pour Troma est bien loin de l’étiquette « amateur » que l’on tente de lui plaquer sur la gueule depuis sa sortie.

 

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Bien sûr, le premier Toxic, c’est des comédiens pas près de se voir remettre une statuette en or par une Oprah Winfrey encore émue de ses beaux discours. Et ce n’est pas non plus dans l’épicerie Troma que le cinéphile à la recherche d’innovations techniques trouvera sa dose d’expérimentations, Kaufman tournant comme il peut et avec le temps qu’il a (même si certains plans sont très loin de refiler la nausée). Mais avec des tanks posés sur une pelouse pour le final, des maquillages gore jamais risibles et des cascades que l’on ne verra jamais chez les vrais zédards (ça fait combien d’année qu’on a plus vu une bagnole se renverser ou une défenestration dans un Full Moon ? Vingt ans ?), Toxic Avenger profite d’une production value qui ne trompe pas sur la marchandise et rappelle que les productions maison du studio vomitif transpirent toujours le souci du travail bien fait. D’ailleurs, quel reproche faire ici ? Aucun, si ce n’est éventuellement le fait qu’une fois posé sur ses rails, le scénario ne dévie plus jamais de sa trajectoire et se contente d’enfiler les bastons, de manière un peu trop mécanique pour convaincre pleinement. Pour le reste, on est royal au bar, et il n’y a aucune chance que l’ennui vienne poser son petit fessier sur les coussins de votre sofa, les massacres dans un restaurant mexicain, les vieilles biques balancées dans la machine à laver et les musclés moustachus à la tête à moitié arrachée se suivant comme à l’usine. Et quand ça se calme un peu, c’est soit pour rire d’un maire obèse en train d’avaler un sandwich de dix mètres en profitant d’un bon massage, soit pour soulever les shorts en dévoilant la plastique naturelle et hypnotique de nos jeunes gymnastes.

 

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Pas la peine de chercher midi à quatorze heure ou un gros steak tartare dans un potager : Toxic Avenger est un film à un poil de cul de toucher la perfection, et ce n’est certainement pas un hasard si l’œuvre est devenue culte, au point d’être la base de trois séquelles, d’une comédie musicale, d’un dessin-animé, d’une gamme de jouets et d’une poignée de jeux-vidéo. Bien mérité, tout cela, Melvin/Toxie étant une véritable rockstar et l’un des rares monstres à parvenir à se mettre la population dans la poche alors qu’il se trimballe, en guise de tronche, un gros mollard avec deux yeux et une bouche au centre. C’est d’ailleurs là que ressort le plus l’amour qu’à Kaufman dans le projet, lui qui se sentait toujours peiné par les monstres de la Universal, constamment traqués par des villageois incapables de se mettre à la place d’autrui, et qui profitait donc de l’occasion offerte pour inverser la tendance et créer le premier streum populaire. Et ce dans tous les sens du terme. Un classique mérité et fondateur, que l’on ne se lasse pas de voir dans la crypte toxique (non, l’adjectif ne fut pas choisir au hasard, si certains se demandent), entre ratons laveurs irradiés.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Lloyd Kaufman, Michael Herz
  • Scénarisation: Lloyd Kaufman, Joe Ritter
  • Production: Lloyd Kaufman, Michael Herz
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mark Torgl, Mitch Cohen, Andree Maranda, Pat Ryan Jr.
  • Année: 1984

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