La Martienne Diabolique

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Ces satanés Martiens ont beau nous prendre de haut à longueur de Série B en soulignant bien que, à côté d’eux, nous en sommes encore à l’âge de pierre, il n’empêche qu’ils semblent encore trop cons pour avoir leur Meetic pour petits hommes verts. Ainsi, lorsque Mars subit une pénurie de zgegs, c’est chez nous que l’une des leurs, la terrible Devil Girl from Mars, vient faire son marché en vue de repartir avec quelques kilos de saucisses…

 

 

Les protagonistes du petit monde du low budget, d’éternels insatisfaits ? Un peu mon neveu ! D’ordinaire plutôt réticents à l’idée de se prendre un missile ou un suppositoire géant offert par des envahisseurs visant à l’éradication de la race humaine, ils sont cette fois mécontents de découvrir qu’une Martienne sexy désire emporter quelques étalons avec elle pour copuler sur la planète rouge. Bref, pour une fois qu’un être venu d’ailleurs atterrit avec autre-chose que l’envie de raser des villes entières, faut encore que certains fassent la fine bouche et refusent d’aller jouer à touche-pipi dans les étoiles. Bon, faut dire que la demoiselle n’a pas vraiment bien choisi son coin pour se poser en catastrophe, son vaisseau spatial n’ayant pas supporté le passage dans notre atmosphère. Ainsi, elle déboule en Ecosse, non loin d’une petite auberge où les mâles ne manquent en effet pas de jolies jeunes filles avec lesquelles fricoter, jolie serveuse et mannequin étant de la partie. Pas forcément de raison d’aller voir si les nanas ont bien trois nibards à des années lumières du plancher anglais, donc… Et faut bien reconnaître que Nyah, la Devil Girl en titre, ne le dit pas vraiment avec des fleurs non plus, assurant que tout refus de coopérer et de prêter son service trois-pièces équivaudra à signer la destruction de la Terre, la diablesse soulignant qu’elle dispose d’armes suffisamment puissantes pour faire cramer le caillou sur lequel nous vivons. Pas plus décidés à devenir un tas de cendres qu’à participer aux orgies martiennes, les Terriens présents vont donc tenter de se débarrasser de Nyah et son robot Chani…

 

 

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C’est sûr, les mauvaises langues diront que si La Martienne Diabolique (1954) reste sur l’estomac, c’est parce que c’est du sorti des cuisines MacDonald. Du David MacDonald pour être précis, faiseur plutôt spécialisé dans le film de guerre ou historique, venu pourfendre sa routine en tapant dans la science-fiction sans pognon. Et ce pour le bien des frangins Danziger, producteurs british éloignés de toute considération artistique et seulement présents pour voir la fonte tomber dans leur porte-monnaie, du coup dispensateurs de pelloches aux titres aguicheurs comme Strip Tease Murder ou The Nudist Story. Et avec The Devil Girl from Mars, nos deux hommes d’affaires décidèrent d’exporter la méthode du cheapie américain au pays de sa Majesté, reprenant la recette des Roger Corman et compagnie, alors en train d’envahir tous les cinémas avec leurs monstres en papier mâché. Adapté d’une pièce de théâtre, le scénario qu’ils transforment en pellicule contient donc à peu près tout ce qu’un B Movie américain aurait possédé : une méchante d’un autre globe, un tas de ferraille vindicatif, un lieu unique permettant bien des économies, une petite troupe de protagonistes isolés et, bien sûr, quelques effets spéciaux globalement peu coûteux. Ca ne sera pas tout à fait La Guerre des Mondes quoi, et l’OVNI piloté par Nyah ressemble plus à une toupie qu’au Millenium Falcon, c’est une évidence… Son fameux Chani, qu’elle présente comme le destructeur ultime, l’équivalent d’Arès, dieu de la guerre, mais tombé d’un autre astre ? Un simple frigo avec des pattes, avançant à du deux à l’heure pour réduire en copeaux un arbuste ou démonter une vieille carlingue, rien de plus. Inutile de dire qu’il ne faudra pas s’attendre à un ras-de-marée technologique, malgré les dires d’une Nyah fière comme si elle venait de mettre la patte sur le dernier Iphone avant tout le monde.

 

 

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D’ailleurs, film campy des 50’s oblige, le tout joue surtout de bavardages. Bien sûr, Nyah sortira son soufflant pour faire disparaître un pauvre simplet, sur le seul motif qu’il ne correspondait pas à ses critères et était inutile (trash, la gonzesse), et deux des costauds coincés dans l’hôtel finiront par se mettre sur la tronche, la Martienne étant capable d’hypnotiser et donc manipuler autrui. Mais du reste, ça va surtout négocier sévère, la cocotte débarquant en tenue SM (c’est tout du moins ce que sa tunique évoque) débattant constamment avec la race inférieure que nous sommes pour savoir si elle zigouille tout le monde, si elle prend un vieux scientifique comme guide pour attaquer Londres ou si elle épargne tout le monde à condition qu’elle obtienne ce qu’elle est venue chercher : de la bite. Non pas que le tout soit chiant cependant, le script ayant l’intelligence de créer une troupe de personnages plutôt variés, venus injecter un peu de vie à l’ensemble. Et il n’est pas gênant de suivre les amourettes de la clique, composée d’un évadé, de son amour de serveuse, d’une top-modèle (Hazel Court, plus tard dans Frankenstein s’est échappé et Le Masque de la Mort Rouge), d’un reporter, d’un savant, de la tenancière de la maison et de son époux trop porté sur la bibine. Sans oublier leur neveu, tout content de voir un UFO se poser dans son jardin… Le casting ne manque donc pas de sympathie, bien qu’il soit terni par des acteurs inégaux (Peter Reynolds est très bon en prisonnier en fuite, Hugh McDermott fait par contre un héros plutôt agaçant) et l’habituel romance éclair puisqu’il ne faut que deux petites heures à Hazel Court pour tomber raide dingue du journaliste. Pas très crédible, tout de même…

 

 

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L’intérêt se trouve de toute façons ailleurs, dans ce pitch un peu dingue, voyant une dominatrice maléfique venir remplir son caddie avec des zobs. On sait, on sait, cette chronique enchaîne un peu trop les synonymes de pénis pour pouvoir prétendre au bon goût, mais force est de constater que c’est autour de l’appareil génital de ces Messieurs que tout tourne dans The Devil Girl from Mars. Difficile dès lors de réellement prendre le tout au sérieux, de dire que si la Terre risque d’exploser, c’est parce que quelques gaillards n’ont pas une libido suffisamment développée pour accepter d’aller coucher avec des Martiennes, au physique absolument identique à celui des Terriennes. D’ailleurs, quelques gags viennent souligner la bêtise de l’ensemble, MacDonald et ses scénaristes semblant constamment rire en loucedé, surtout lors de la scène à double sens voyant Nyah proposer au gamin de venir avec elle. « Si tu viens avec moi, tu verras des choses que tu n’as encore jamais vues » dit-elle à ce marmot de 6-7 ans à peine, qui s’imagine bien évidemment un monde fait de fusées spatiales, de météorites et tout ce qui fait le sel de la littérature SF. Mais il est évident que la maligne parle également d’activités qu’un enfant ne peut encore soupçonner et que le garçonnet va vite se retrouver entre les cuisses de demoiselles affamées de sexe, qui ont fait l’erreur de zigouiller tous les mâles lors d’une guerre des sexes. Franchement osé d’y aller de son petit sous-entendu pédophile, et à plus forte raison dans une inoffensive bande de SF des fifties… Pas de quoi changer le plomb en or, et on reste bel et bien face à un petit budget anecdotique comme il en pullulait à l’époque.  Reste qu’avec ses multiples couches de lecture et son aspect (in)volontairement comique, La Martienne Diabolique se positionne clairement comme l’une des bandes les plus divertissantes de son époque. C’est déjà ça.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: David MacDonald
  • Scénarisation: James Eastwood, John C. Maher
  • Production: Edward J. et Harry Lee Danziger
  • Titre: The Devil Girl from Mars
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Patricia Laffan, Hazel Court, Hugh McDermott, Peter Reynolds
  • Année: 1954

3 comments to La Martienne Diabolique

  • Roggy  says:

    Tu m’as fait bien rire avec ta chronique aux évocations fleuries d’un film que je connaissais pas mais qui semble divertissant. En tout cas, il m’a fait penser au pitch de « Under the skin » avec Scarlett Johansson. Pas vu non plus remarque 🙂

  • Roggy  says:

    Non, je ne pense pas 🙂

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