La Folle Escapade

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Si Pâques est censé être le jour de la résurrection d’un demi-fou prétendant que le pain de mie que s’avale sa bande de potes est une partie de son corps, c’est aussi et surtout la fête des petits lapins qui viennent cacher des œufs en chocolat dans vos rosiers, histoire que vos mouflets s’éraflent les mimines bien comme il faut. Comme on veut participer aux festivités, on vous propose aujourd’hui un drôle d’hommage à nos petits amis aux longues oreilles avec La Folle Escapade, qui n’est pas enfant non-admis mais devrait peut-être le devenir…

 

 

 

Disney a beau tenter de conquérir le monde en mettant la main-basse sur Marvel, la Fox et vos slibards, la maison du petit Mickey n’aura dans tous les cas jamais réussi à tenir dans le creux de son gant blanchi l’animation adulte. Difficile d’ailleurs pour la niche de Pluto de concourir avec des ténors de noirceur comme le splendide Brisby, le Secret de Nimh ou le presque dérangeant La Dernière Licorne, tous deux responsables de cauchemars chez les plus petits nés dans les années 80. Et je sais de quoi je parle… Alors sus à l’idée reçue que rien de plus déprimant et glauque n’est sorti d’un crayon depuis la mort de la mère de Bambi, perdu dans la brume et recueilli par un père froid comme une bûche Ijsboerke restée trop longtemps dans vos frigidaires. Certes, ça ne pète pas la joie en la matière et on peut encore entendre couler les larmes de certaines mères de famille, toujours pas remises du drame. Mais certains pâturages souffrent d’une herbe encore moins verte, celui de La Folle Escapade (1978) en premier lieu. Tiré d’un best-seller de Richard Adams, ce Watership Down donne un nouveau tour à l’image que l’on se fait des petits lapins, ici bien éloignés de la douce naïveté de ce bon vieux Panpan, nos petites boules de poil étant décrites par Adams comme des êtres organisés et vivant dans une société pas si éloignée de la nôtre. Et lorsque le joli champ de pissenlits dans lequel vivent les bêtes risque d’être rasé pour que l’on y coule quelques dalles de bétons, nos héros n’ont d’autre choix que de partir à l’aventure, en quête d’un jardin d’Eden plus accueillant.

 

 

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Evidemment, présenté ainsi, on imagine qu’il tient de la sage balade rupestre, ce premier film du producteur Martin Rosen, remplaçant au pied levé le premier réalisateur ayant travaillé sur le projet qu’est John Hubley (décédé durant sa production et dont certaines scènes restent visibles dans le produit fini). On se dit que la fine équipe de Noisette (dont la voix anglaise est tenue par John Hurt) va vivre de belles aventures, dont la plus dangereuse doit être de se confectionner un petit radeau et voguer sur les flots, et que tout le monde finira par avoir sa part de cake à la carotte at the end of the day. Il n’en sera bien évidemment rien, et on voit d’ailleurs venir l’entourloupe dès le poster, plutôt malsain puisque montrant la silhouette de l’un de nos lièvres pris dans un piège, agonisant dans un décor paisible mais inquiétant. Plus difficile à vendre aux bambins que les épisodes de Tic et Tac, et c’est sans surprise que la BBFC (organisme anglais donnant aux films leurs classifications) reçoit encore à ce jour des plaintes de certains parents quant au classement « tous publics » de Watership Down, certes un dessin-animé, mais à peu près aussi destiné aux chiards que le sont Akira et Perfect Blue. D’ailleurs, si Rosen veut faire le coup du lapin à quelque-chose, c’est bien à l’idée reçue voulant que l’animation soit un genre à part entière, alors qu’elle reste une technique permettant, justement, d’apporter un angle inédit à tous les genres. La Folle Escapade n’est donc en aucun cas une bobine pour les moins de dix ans mais un véritable film de guerre, Noisette et sa bande rencontrant bien vite l’armée d’un lapin borgne, à la tête d’une garenne totalitaire et bien décidé à liquider tous ses ennemis.

 

 

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Et s’il n’y avait que ça ! Car si la nature est un havre de paix pour l’homme, elle est un impitoyable champ de bataille pour les autres espèces, les rangs de Noisette se retrouvant décimés par les grands oiseaux, les chats, les chiens, les pièges posés par les chasseurs, les bagnoles, les gaz empoisonnés balancés dans les terriers et donc les autres lapins, tantôt fourbes, tantôt cruels. De quoi produire une sacrée galerie de plans dérangeants : le courageux Bigwig pris dans un piège et se mettant à cracher du sang, les batailles où nos petits amis se griffent et se mordent jusqu’à ce que mort s’en suive, l’attaque quasiment gore d’un clebs déchirant le gibier de ses crocs ou encore la tronche pas possible du borgne, sautant au ralenti dans un cri de rage vers le limier. Sans oublier les visions d’un lapin imaginant son champ être noyé dans l’hémoglobine, ou encore cette atroce séquence des lièvres asphyxiés dans leur terrier, les yeux exorbités. Il flotte comme une odeur de mort dans les cuisses de Dame Nature, et on ne s’étonnera même pas qu’apparaît de temps en temps un lapin spectral et noir, représentant le passage vers l’autre monde pour les lapinous. De quoi faire couiner toute une classe de primaire, et peut-être même rendre l’institutrice mal assise sur son cul, Rosen n’y allant pas à reculons lorsqu’il s’agit de décrire une nature sanguinaire, à l’opposé de celle du vieux Walt et ses oiseaux chantants. Véritable curiosité, film d’aventure ne faisant jamais de quartier et conte pas loin de virer vers l’horrifique, La Folle Escapade vaut donc le coup d’œil et risque fort de faire frémir une audience non préparée à son sinistre show. Une œuvre précieuse dans tous les cas, beau symbole d’une époque où il était encore possible de sortir les feutres pour se fendre de récits épiques et matures…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation:  Martin Rosen, John Hubley
  • Scénarisation: Martin Rosen
  • Production: Martin Rosen
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Voix: John Hurt, Michael Graham Fox, John Bennett, Richard Briers
  • Année: 1978

2 comments to La Folle Escapade

  • Roggy  says:

    J’aime bien ces dessins-animés pour adultes et d’après ton rapport, le film vaut d’être maté. Merci pour la découverte.

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