Der König der Kannibalen

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Si l’on en croit Der König der Kannibalen, ou « le roi des cannibales » si vous préférez, le véganisme a bien du mal à prendre en Allemagne, terre sacrée du hareng mariné et de la Sauerbraten. On ne s’étonnera donc pas de voir voler les saucisses lors du repas organisé par le fameux souverain des anthropophages, visiblement bien heureux de pouvoir croquer dans du jambonneau humain au fil de ce micro-budget qui n’a rien du gratin de courgettes…

 

 

« Ah, encore une chronique d’un film de canniboules qui va se la jouer culinaire ! » Oui, on sait, c’est du déjà-vu mille fois, mais comment voulez-vous faire autrement que de comparer le cinéma gore allemand à une grosse casserole de choucroute bien grasse ? C’est que dans les deux cas ça réchauffe sacrément sur le coup, et le plus souvent ça vous donne l’impression d’avoir avalé une brique dont vous allez avoir du mal à vous débarrasser, si ce n’est en poussant très fort. Il en est ainsi du cinoche trash à la mode germanique, qui vous retourne le bide à force de vous servir deux fois, trois fois, quatre fois. De la générosité à la Andreas Schnaas (Violent Shit), Olaf Ittenbach (Premutos) ou Marc Rohnstock (Necronos), peu connus pour vous poser délicatement des pétales de rose en sucre sur une pièce montée, et carrément loués pour leur tendance à vous taper, à la louche, un énorme tas de purée pleine de morceaux de patates dans l’assiette. La finesse, ça sera pour d’autres contrées, et c’est sans doute ce que se sont dit aussi Master W. et Crippler Criss, deux véritables fans du septième art sentant bon les vieilles entrailles. Un duo à priori étonnant puisque le Master est un  dreadlocké que l’on devine fana du père Marley ou des sons électroniques, alors que le Crippler est un bon death métalleux des bois, jamais contraire à une petite séance de headbanging sauvage. Reste que copains comme cochons, les deux gaillards ont joints leurs forces pour tourner un Der König der Kannibalen qui tente de mériter sa couronne.

 

 

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Master W., à qui incombe la tâche de donner forme au script, ne se retient en tout cas pas lorsqu’il s’agit d’imaginer un récit relativement ambitieux, aux nombreux personnages et à l’univers plutôt dense (bien que se déroulant intégralement ou presque entre deux buissons). Accrochez-vous, car c’est un peu perché, voire compliqué : alors qu’ils sont tranquillement en tain de fumer de l’herbe sur leur divan en matant des films d’horreur, Crippler Criss et Master W. (qui jouent leurs propres rôles, donc) reçoivent la visite d’un militaire furibard. Et pour cause : le frère de ce dernier a été vu éventré par une sorte de mutant (qu’ils appellent « la bête ») dans une vidéo mise en ligne par Master W. sur Youtube, vidéo suivant les pérégrinations d’un ermite présenté comme le dernier cannibale. Fort logiquement, le frangin tristounet pense que les deux gentils crétins auxquels il s’adresse pourraient l’aider à retrouver l’ermite en question, et par extension le mutant, dont le soldat aimerait bien se venger. Une fois ces très bavardes premières minutes terminées, une évidence s’impose au spectateur : on aurait pas sauté un épisode, là ? Si, bien sûr, et même tout un court-métrage pour tout dire, filmé en mode found-footage et représentant donc le fameux docu sur le fameux reclus se nourrissant de carbonnades humaines ! Le temps qu’on remonte le fil et qu’on comprenne de quoi cause tout ce beau monde, les voilà déjà dans la forêt en train de traquer la cabane de l’ermite, qu’ils finissent bien évidemment par kidnapper pour lui faire cracher le morceau.

 

 

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Et c’est là que Der König der Kannibalen s’engouffre dans un long flashback, le bouffeur de doigts de pied racontant, entre deux séances de torture, sa petite vie. Ainsi, la fameuse bête recherchée par la bidasse n’est autre que son petit-fils, qui aurait malencontreusement traversé un étrange tunnel, réputé maudit, et en serait revenu avec un physique de démon aux cheveux gras. Et si le rejeton a effectivement décimé toute l’équipe de tournage de la vidéo précédemment citée, l’ermite n’en a pas moins fait preuve de beaucoup de coeur en rafistolant le réalisateur du court, Alan Yates, lui recousant la bite et les intestins. D’abord décidé à vivre avec son sauveur et la vilaine bestiole qui lui a élargi le nombril quelques jours auparavant, Alan finit par changer d’avis en croisant un groupe de fans de son documentaire (pour rappel uploadé par Master W., vous suivez?), qui le pensaient bien évidemment décédé suite à ses terribles blessures. Persuadé qu’ils tiennent là un véritable messie, ils se mettent à vénérer le bonhomme pour sa résurrection, qui en profite bien évidemment pour prendre le melon et décide de créer une cité où pourront vivre cachés les cannibales. Fin du flashback, pas loin de durer 30 minutes tout de même ! Et le début de l’épopée de Master W. et Crippler Criss, forcés de retrouver cette fameuse secte d’anthropophages, l’homme de guerre à leurs côtés les menaçant de leur faire sauter la cervelle si d’aventure ils refusaient de suivre ses ordres… Si Criss, dont la grande phobie est les tiques, s’avance dans la broussaille en râlant, W. voit pour sa part une bonne occasion de tourner un film gore à moindres frais. Il sera servi puisque Yates et les siens sont en effet en train de préparer un grand festin où l’on ne trouvera pas de salade de fruits…

 

 

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Pfiou, y’a pas à dire, c’est pas tout à fait le genre de pitch que l’on résume en trois lignes au dos du DVD, et on ne pourra certainement pas reprocher à Werner Timm (vrai blase de Master W.) d’avoir joué les fainéants, lui qui crée un véritable univers avec Der König der Kannibalen. Même si l’on se demande tout de même pourquoi il s’est senti obligé d’aller aussi loin dans la justification de son intrigue, celle-ci ne reposant jamais sur un sérieux plombant mais bien sur un second degré de tous les instants. Autant le dire d’emblée, au petit jeu des croqueurs de fessiers, ce roi des cannibales rejoint plutôt l’équipe du rigolard Cannibal, The Musical que celle nettement plus premier degré Le Dernier Monde Cannibale. Chez le gueulard Crippler Criss et un Master W. constamment stone, tout est sujet à la dérision, ce long-métrage (très long même puisqu’il affiche deux heures au compteur, et on les sent parfois passer) n’hésitant jamais à se moquer de lui-même. Voir par exemple cette scène du repas entre carnassiers tentant de reproduire la Cène, alors que passe derrière eux un TGV venu rompre le charme de leur petite messe. Difficile de toute façon de prendre les deux héros comme de bons aventuriers, l’un et l’autre tenant plus des Jay et Silent Bob, voire de Beavis et Butthead, que du courageux Indy. Ainsi, Master W. semble passer son temps à dégueuler tandis que Criss est une chochotte de première, voyant dans le moindre arbuste un nid à maladies. Dans le même ordre d’idée, les scènes les plus copieuses question gore gardent constamment un sourire en coin. Bien forcé d’ailleurs, puisque les effets spéciaux, faits à la main, ne permettent pas vraiment de jouer la carte du réalisme, et c’est tout naturellement que nos réalisateurs optent pour un aspect plus cartoon et bigger than life.

 

 

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Oubliez donc le « banal » découpage de zob orchestré par Umberto Lenzi, ici on s’enfonce carrément un croc de boucher dans l’urètre. La punition des cannibales lorsqu’ils jugent que les leurs se comportent mal ? Une sodomie à sec offerte par une sorte de gros os taillé en forme de dard ! Une pauvre donzelle se coupe un doigt avec une feuille ? C’est pour voir son index cracher des hectolitres de sang. Et quand on en vient à l’inévitable passage de snuff animalier, c’est pour bien évidemment le tourner en dérision en triturant une peluche d’écureuil ! Une vision très South Parkienne du gore (humour « caca prout je chie dans ta boîte à tartines » inclus) en somme, un pur slapstick reprenant les choses là où Peter Jackson les avait laissées pour aller filmer des vieux barbus et des nains se battre avec des monstres pour une bagouze. Plutôt fun, évidemment, surtout lors de cette deuxième moitié voyant notre rasta intégrer la confrérie des suceurs d’os, et il ressort de l’ensemble ce sentiment de proximité seulement trouvable dans le Z quasi-amateur comme celui-ci. Car il semble évident que les différents comédiens sont des copains de copines de cousins, ou tout simplement des fans ou personnalités des milieux bis allemands, ces zoziaux-là portant d’ailleurs des t-shirts à la gloire de L’Enfer des Zombies ou Bad Taste. Ca vous pose une équipe. Bien volontaire en l’état, car on se doute qu’il doit être assez épuisant de rester des week-end entiers dans les bois, maquillés comme des cons ou couverts de faux sang. D’ailleurs, le côté rustique de l’ensemble se voit par instants, comme lorsqu’un personnage s’apprête à trancher un faux pénis mais que celui-ci se décroche avant même le premier coup de lame. Ou lorsque les dreads de Master W. disparaissent ou repoussent d’une scène à l’autre, preuve que l’affaire ne fut pas tournée dans l’ordre. Mais il en va ainsi du no budget, et c’est aussi, voire surtout, pour ça qu’on l’aime.

 

 

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Reste que l’on finit par se demander pourquoi les faiseurs de gore gerboulant se sentent toujours obligés d’étendre leur histoire inutilement (problème aussi trouvable dans beaucoup de production japonaises du même tonneau), Der König der Kannibalen finissant par se perdre dans un trop-plein de personnages et de sous-intrigues (on a même droit à des voyages temporels!). Un peu trop dense pour ce qui reste, au final, une grosse blague bien grasse, l’ensemble ennuie parfois et aurait clairement gagné à perdre 20 minutes au montage. Car l’un dans l’autre, il n’aurait pas été bien grave que le duo se déleste de quelques dialogues tournant à vide ou simplifie leur flashback, qui fait quasiment figure de film dans le film ! Un excès d’ambition finissant par entacher le rythme, et il aurait été plus sage et logique de s’en tenir à 80 minutes généreuses en séquences cradingues plutôt que de répartir le tout dans 2 heures difficiles à s’avaler d’une traite. Mais le principal reste néanmoins l’énergie et le bon esprit placés dans la pelloche, pour le coup honorée d’une sortie double-DVD, riche en bonus puisque la seconde galette renferme des séquences prises sur le tournages, un making-of et tout le toutim. Dommage que tout cela ne soit pas sous-titré, à l’inverse du film, joli plat principal que les francophones amateurs de bandes sans le sou pourront donc se procurer sur le site de Psycho productions. Et si d’aventure vous voulez redécorer votre piaule, sachez que de jolis posters sont aussi disponibles. De quoi ouvrir l’appétit et vous donner envie de mordre à pleines dents dans une barquette de jambon Herta, quoi.

Rigs Mordo

Merci à Patrick pour le coup de pouce!

 

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  • Réalisation:  Crippler Criss, Master W.
  • Scénarisation: Master W.
  • Production: Crippler Criss
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Crippler Criss, Master W., Jim Aal, Bemo B.
  • Année: 2016

2 comments to Der König der Kannibalen

  • Patrick Lang  says:

    Avec grand plaisir mon ami Rigs. Très belle critique, encore une fois !

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