Entretien avec Damien Granger

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On en a parlé ici-même il y a quelques semaines: le B-Movies Posters Volume 1 de Damien Granger, c’est de la bonne, un ticket sans retour pour les vidéoclubs d’antan et un rêve éveillé pour le fan de Série B et Z. Comme on crevait d’envie de prolonger l’expérience et qu’on ne pouvait pas attendre que le second volet pointe le bout de son nez crochu en septembre, on a été à la rencontre du Big Dam, qui est revenu sur ses amours cinéphiliques, son parcours et quelques-unes de ses expériences.

 

 

 

On va commencer en revenant sur tes premiers amours cinéphiles. Mais plutôt que de te demander quels sont les premiers films que tu as vus au cinéma et tout le toutim, questions auxquelles tu as déjà répondu sur Monster Squad, je vais plutôt te demander comment tu es entré en contact avec la Série B/Z, puisque c’est ta catégorie de prédilection.

A partir du moment où j’ai eu l’âge de traîner dans les vidéo-clubs, vers 11-12 ans, j’ai immédiatement été attiré par l’imagerie de ces films. Ces jaquettes incroyables de films de ninjas, de monstres, les slashers… Il y avait aussi les Notules Lunaires dans Mad et la rubrique Horrorscope dans L’Ecran Fantastique, mes préférées, où les Séries B du moment avaient droit de cité, illustrées par leurs affiches. Et puis j’ai découvert L’Invasion des Cocons (Deep Space de Fred Olen Ray), dont tu parlais récemment, en prime sur La 5. Ca a été un choc. J’ai adoré. Il y avait dans ce film à peu près tout ce que j’aime, tout ce qui peut me divertir en 90 minutes. Alors je me suis mis à en regarder plein, tous ceux qui passaient sur La 5 et La 6, à en louer encore plus, tout en continuant à aller voir les plus gros films, à peu près tous les « films de genre » qui sortaient en salles. A l’époque, j’étais fourré au cinéma 5 à 6 fois par semaine, j’allais au Brady le dimanche matin, dans les cinémas de quartier du 5ème arrondissement l’après-midi, je faisais deux passages au vidéo-club par semaine. Je regardais tout ce que je pouvais. Et j’ai développé une préférence pour la Série B, des films qui n’ont qu’une seule prétention : te divertir.

 

 

Tu as créé le fanzine Sang Sas dans les années 80, et il est assez difficile d’en avoir une idée de nos jours. Comment est-ce que tu décrirais cette première aventure éditoriale ?

Très amateure au début, très avisée sur la fin. En six ans, Sang…Sas est passé d’une pâle copie de  Mad Movies à une publication spécialisée sur la Série B contemporaine. J’ai fait un zine car j’ai toujours adoré la presse. Et je voulais partager ce que j’écrivais sur le cinéma. A chaque fois que je voyais un film, j’écrivais dessus. Dans un cahier, je faisais une fiche… Progressivement, j’ai voulu me détacher de ce que faisaient mes magazines préférés, par soucis d’originalité et de pertinence. J’ai donc arrêté de traiter les sorties ciné pour me concentrer sur la Série B. J’ai contacté l’américain Bill George, qui fonda par la suite le magazine Femmes Fatale, et qui était à l’époque une sorte d’attaché de presse de la Série B. C’est lui qui fournissait photos et infos sur les derniers films à petits budgets à tous les magazines qui en voulaient bien. Il m’envoyait régulièrement de la doc et je contactais aussi directement certains réalisateurs pour avoir des interviews, plus de photos. A chaque Marché du Film, j’allais à la librairie internationale du Drugstore des Champs-Elysées pour acheter les guides complets qu’éditaient Variety, Hollywood Reporter et Screen International. Il y avait des listings de films impressionnants avec fiche technique et résumé. Je les épluchais de la première à la dernière page. C’était très intéressant, et très important, pour se tenir informé de ce qui se faisait. Dans Variety, les fiches techniques incluaient même les budgets, dates et lieux de tournage de chaque film, ce qui me permettait de faire des articles et dossiers plus complets.

 

 

SangSas9

 

Tu es pour ainsi dire une exception en France pour ce qui est de ton goût pour les low budget, et dans la presse pro, tu as toujours été l’un des rares, pour ne pas dire le seul, à te pencher dessus à ce point. Est-ce que c’est quelque-chose qui a pu poser problème du temps où tu étais rédacteur en chef de Mad Movies ? Tu as toujours pu faire ce que tu voulais et mettre en avant les petites productions ou tu as parfois été forcé de lâcher des projets d’articles pour faire la part belle à des sujets plus vendeurs ?

Il y a bien évidemment un peu des deux, mais c’était des choix conscients, pas une contrainte. On aimait aussi Mad Movies pour ça, parce qu’il parlait de ces films-là, mais ce n’était pas non plus le coeur du magazine, sa ligne éditoriale. J’ai fait en sorte qu’il y en ait dans la plupart des numéros, mais j’ai toujours envisagé ces articles comme un petit plus, surtout les mois chargés en actualité. Il ne faut pas oublier que Mad Movies est un magazine professionnel, qui fait manger une douzaine de personnes, alors bien évidemment que tu ne sacrifies pas un article sur Saw au moment de sa sortie pour une interview avec Fred Olen Ray ou David DeCoteau. Ca serait suicidaire. Les lecteurs de Mad, ça les amuse Olen Ray et DeCoteau, mais comme un bonus. Mais je n’ai jamais connu de frustration, ou de pression. L’équilibre était bon. Tout le monde y trouvait son compte.

 

 

La France n’est d’ailleurs pas une grande terre d’accueil pour les films à petit budget, et les Jeff Leroy, Brett Piper et compagnie sont soit totalement inconnus, soit moqués. Comment expliques-tu le dédain que subit la Série B/Z par chez nous, alors qu’aux States tu trouves pas mal de fans ravis d’aller aux journées spéciales organisées par Decoteau ou d’acheter des Blu-Ray de Fred Olen Ray et compagnie ? Pourquoi chez eux l’aspect festif de ces films est remarqué et apprécié alors que vu de chez nous, ce n’est jamais que de la merde sans le sou ?

Tout simplement parce qu’aux Etats-Unis, il y a une véritable culture du cinéma de genre, pas en France. Faut commencer par la base, puis tu dérives vers la Série B. En France, on n’a pas la culture du Fantastique, de l’Horreur. Une fête comme Halloween, véritable institution aux Eats-Unis, ne prend pas par chez nous. Ca reste très confidentiel. Alors imagine pour la Série B ! J’ai appris il y a quelques années que l’appellation « Série Z », qui est effectivement très péjorative, est une invention purement française, très mal vue dans l’industrie de la Série B. J’essaye d’ailleurs de retrouver qui l’a mentionné en premier. Mais ça représente bien l’état d’esprit du public. Cynique. Un peu honteux à l’idée d’aimer un film moins bien branlé qu’un Shyamalan. Alors autant en rire. En même temps, qui n’a pas ri devant une Série B ? Moi encore, en revoyant Attack Of The Beast Creatures pour B-Movie Posters Volume 1, je me suis bien marré ! Mais le public et les fans ne rient pas de la même manière. De toute façon, en France, pour tout ce qui touche au monde du divertissement, on vit sur une culture d’un autre temps. On a 300 ans de retard.

 

 

Parlons un peu de ton amour pour les flyers et posters de ces films, souvent l’élément sur lequel tous ces films se vendent. Dirais-tu que finalement, l’artwork est plus important que le film en lui-même dans la plupart des cas ?

Sans être forcément plus important, même si c’est vrai dans certains cas, c’est quoiqu’il arrive par là que tout commence. L’affiche nous donne très souvent envie de voir un film. Surtout dans cette catégorie, moins médiatisée. Des films dont on ne sait parfois rien. Alors on se lance au détour d’une affiche, en espérant que la pêche soit bonne. On a tous loué ou acheté des films en craquant sur leur affiche, même s’il y a une chance sur neuf pour que le film qu’on s’apprête à regarder soit très mauvais. Ca fait partie du jeu. Du pur fantasme. Je dirais même que ça fait partie intégrante du genre.  Perso, j’ai envie de voir tous les nouveaux Charles Band, sachant pourtant pertinemment que ça n’est pas ce qui se fait de mieux. C’est le rôle d’un flyer, d’une affiche, d’une jaquette. Roger Corman m’avait dit au détour d’une interview : « Le flyer est vital pour un film. C’est sa carte d’identité« . J’adore cette formule. C’est exactement ça ! Un flyer, c’est l’affiche d’un côté, et un résumé du film, ainsi que des crédits et des photos lorsque celui-ci est tourné, au verso. C’est aussi une base de données incroyable. Ca m’a permis de fignoler tellement de filmos pour mon fanzine ou dans Mad Movies.

 

 

Attack of the Beast Creatures VHS Front3

 

Généralement, lorsque l’on parle d’affiches chez nous, on pense évidemment à Melki, mais aussi à Enzo Sciotti et quelques autres, le plus souvent des Européens. Comment ça se passe au juste dans les coulisses de la production américaine ? Il y avait des artistes qui, dans les années 80, se chargeaient de la majorité des artworks ?

Il y avait pas mal de dessinateurs de comic-books, pas forcément très connus, qui faisaient des affiches dans les années 80. Il y avait des artistes récurrents, notamment chez Charles Band ou Roger Corman, mais il n’y a pas vraiment de noms qui se détachent. En tout cas, pas que je sache. En fait, la partie qui concerne les artistes me frustre énormément, car il est très difficile de les identifier, encore plus de les retrouver. Comme je l’explique dans la préface du livre B-Movie Posters Volume 1, j’avais prévu d’en parler, mais il y en avait trop peu, ça faisait bizarre, alors j’ai décidé de tout virer. Peut-être qu’ils feront un jour l’objet d’un Volume Spécial, mais ça s’annonce mal. Un artiste n’est pas comme un producteur ou un réalisateur, il ne considère pas le livre comme un hommage ou de la promo. Ils voient les choses différemment. J’en ai contacté plusieurs, parmi ceux que j’aime aujourd’hui, mais leur retour m’a pour l’instant un peu refroidi. Business avant tout. Il y en a un qui me demande 5000 dollars pour une interview et 20 affiches reproduites. C’est totalement absurde, surtout vu l’économie du livre. Et les autres ne sont pas forcément plus enthousiastes.

 

 

Est-ce que l’arrivée des plates-formes comme Pinterest et autres Tumblr a modifié un peu la manière dont les artworks étaient créés ? Car si j’étais un producteur à la David Sterling, j’irais plutôt dénicher la perle rare qui n’a pas encore vraiment fait ses preuves et ne sera pas très chère…

Oui, en plus de leur réseau habituel, les producteurs se sont tournés vers des sites spécialisés dans la promotion des artistes, designers, graphistes, notamment DeviantArt, d’où sont issus quasiment tous les artistes actuels, qui s’étaient fait connaître en réalisant des fan arts. Tu pouvais trouver des affiches non officielles de Camp Blood, de films d’araignées géantes, des projets fictifs avec des visuels incroyables. Les producteurs n’avaient plus qu’à faire leur choix, sélectionner les meilleurs. Ou en tout cas ceux qui correspondaient à leurs envies et leurs attentes.

 

 

Tu as donc sorti voilà peu B-Movie Posters Volume 1, qui est un livre d’un format particulier. C’est majoritairement un bouquin visuel, mais tu essaies aussi d’apporter des informations. Tu as trouvé l’équilibre facilement ou tu t’es adonné à des séances de brainstorming sans fin ?

Ca a été du brainstorming sans fin, presque jusqu’à la fin. Mais aussi parce que j’adore ça. C’est la partie que je préfère. Le moment où je compose l’objet. Trouver le format idéal, le bon grammage, quel style de couverture, de papier… Ces trucs qui font que l’objet lui-même te plaît, avant même de l’avoir ouvert, qu’il y a une bonne prise en main, un confort de feuilletage et de lecture. Ensuite, il y a la ligne éditoriale et le sommaire. Le livre est passé par plein de phases et de formes différentes avant de sortir. J’ai testé plein de trucs différents depuis tout ce temps. Pour l’équilibre entre les affiches et les textes, j’ai toujours voulu faire un livre qui ferait la part belle aux visuels. Mais il fallait aussi qu’il y ait des choses à lire, que ça ne soit pas qu’une enfilade de flyers, c’est ce que les gens voudraient. En tout cas, c’est ce que je voudrais. Puis, j’ai pris plaisir à revoir et redécouvrir des films et à écrire dessus. Du coup, les textes ont pris un peu plus de place que prévu. A un moment, je me suis rendu compte que je comptais passer plusieurs affiches d’une même société, d’un même réalisateur, d’une même thématique. C’est comme ça qu’est née l’idée des « Art Of « , des thématiques qui rajoute de l’intérêt et du contenu. J’ai pris un plaisir monstre à composer ce livre. Et je m’éclate encore plus sur le Volume 2.

 

 

bmovieposters

 

Même si tu proposes tout de même quelques affiches de films récents, le livre est surtout constitué d’œuvres des années 80 ou 90. Tu as la sensation que la beauté des artworks a diminué avec le temps, que le charme s’est raréfié ?

On a connu une période terrible dans les années 2000, qui avait d’ailleurs commencé au milieu des années 90. Les flyers étaient pour la plupart très conceptuels. Pour un film d’araignées, on mettait une photo d’araignée, pour un film avec Dolph Lundgren, on mettait la tronche de l’acteur en gros plan, un flingue devant et une explosion en arrière-plan. Point. Les flyers de cette période sont abominables. Il y en a très peu qui suscitent de l’intérêt, de l’excitation, du fantasme. En tout cas, beaucoup moins que dans les années 80, ou même que maintenant. Depuis quelques années, il y a un retour de l’affiche à l’ancienne. De beaux flyers qui en mettent plein la vue, des dessins qui vendent du rêve. Sauf qu’elles ne sont plus dessinées à la main, mais avec Photoshop. Mais le résultat est là. C’est très clairement The Asylum, dont les affiches sont à la hauteur des concepts, qui a relancé cette mode. Il y aura d’ailleurs un peu plus de films récents dans les volumes à venir de B-Movie Posters.

 

 

Tu évoques dans le livre plusieurs des films de la sharksploitation moderne, comme Sharktopus ou Ghost Shark. Que penses-tu de cette vague de « nanars conscients » comme on les appelle, de ces films comme Sharknado qui se forcent presque à être ridicules ?

Les gens se moquent généralement de ce genre de films, en rigolent, les producteurs ont décidé d’en jouer pour faire de la thune. C’est très malin. Quelque part, on a eu ce qu’on cherchait. Perso, j’ai beaucoup de mal avec ces films, notamment Sharknado, qui poussent le n’importe quoi à l’extrême, dont le seul but est de faire du spectacle sans prendre quoi que ce soit en considération. On enchaîne les scènes sans aucun sens, les requins changent de taille d’une scène à l’autre pour arranger le scénariste ou le réalisateur… J’aime quand ça délire sec, j’accepte qu’on me fasse avaler certaines couleuvres, mais y’a des limites. De toute façon, je reste convaincu que ces films ne sont pas faits pour plaire aux fans, aux vrais amateurs de Série B. Le public visé est ceux qui habituellement en rigolent.

 

 

Comment vois-tu l’évolution de ce cinéma dans les années à venir ? Est-ce qu’il va disparaître ? Etre totalement représenté par ces téléfilms Syfy ? Est-ce que la VOD peut prendre sérieusement le relais ?

Non, je ne pense pas. Il ne va ni disparaître, ni être uniquement représenté par les prods Syfy. C’est vrai que ceux qui ont fait la Série B dans les années 80, les Olen Ray, DeCoteau et Wynorski se font de plus en plus rares. Ils font de moins en moins de films indépendants et se tournent de plus en plus vers des films de commandes, principalement des téléfilms pour Noel. C’est beaucoup plus confortable pour eux. Ils n’ont plus à ramer pour monter un budget, sont très bien payés… Ils continuent de faire quelques B-Movies à côté, via leur sociétés Retromedia ou Rapid Heart, mais vont souvent à la facilité pour inonder le marché de la VOD. Aux Etats-Unis, il y a une énorme demande. Comme pour tout marché qui démarre, encore assez fébrile, et qui cherche à s’implanter, à décoller. Mais il reste Charles Band, David Sterling, des mecs comme Ron Bonk, qui dirige SRS Cinema. Et puis il y a de nouveaux talents qui émergent constamment, comme Richard Griffin, dont je parle dans B-Movie Posters Volume 1, ou encore Dustin Mills, qui perpétuent l’esprit de la Série B tout en revenant à un cinéma d’exploitation plus rétro. Je ne m’inquiète pas, car faire un film aujourd’hui coûte beaucoup moins cher qu’avant. Et il y a toute une technologie très abordable à portée de mains. Faire un film, ça ne coûte plus grand chose. David Sterling en a fait sa spécialité. Quoi qu’on puisse penser de ses films, ce mec est un génie. D’ailleurs, je ferai très certainement un livre sur lui. J’ai une très longue interview de plus de six heures où il me raconte des trucs passionnants.

 

 

camp-blood-3

 

 

Tu as pendant un temps tenté de devenir un scénariste/producteur, mais cela semble t’être passé, et tu avais écrit dans un édito que tu avais croisé quelques scénaristes avec lesquels il était difficile de travailler. Finalement, là aussi il semble que nos contrées ne sont pas propices à l’éclosion d’un cinéma de Série B franc du collier. Tu penses que nos artistes songent trop à être des auteurs reconnus pour plonger pleinement dans des scripts plus basiques ? Tous ont l’air de vouloir devenir les nouveaux Tobe Hooper français, mais ça se bouscule pas pour être le Fred Olen Ray hexagonal, quoi !

C’est sûr que ça ne se bouscule pas à la porte pour devenir le Fred Olen Ray français. En même temps, ça peut se comprendre. Si tu te lances dans le cinéma, tu auras plutôt envie de faire le nouveau Massacre à la Tronçonneuse qu’un spin off d’Hollywood Chainsaw Hookers. Si en plus, tu te lances en passant par les réseaux de financement traditionnels, de manière à faire ton film avec un budget décent et dans des conditions confortables, tu n’as juste pas le choix. Aucune chaîne télé, aucune boite qui vend les droits de ton film à l’international, qui sont alors tes principaux partenaires, ne te fileront le moindre centime si tu vas les voir avec le scénar d’Evil Toons 2. Ensuite, c’est vrai qu’il y a peu de projets parallèles, montés via le financement participatif, le financement privé, qui vont dans cette direction. Encore une fois, c’est avant tout lié au fait que ce cinéma ne fait pas partie de notre culture. Mais pour moi, de manière plus générale, le problème est avant tout ailleurs. Les scénaristes te proposent des projets bille en tête, convaincus qu’ils ont l’idée du siècle et qu’il faut aller dans la direction qu’ils ont choisi sans se soucier une seule seconde des impératifs liés à une prod, qui commence tout simplement par le fait de respecter certaines tendances pour espérer monter le financement. Il y a clairement une politique de l’auteur en France qui n’est pas du tout adaptée au cinéma de genre en général.

 

 

Parlons un peu musique, car je te sais fan de rap. Et tu n’es pas resté sans rien faire non plus en la matière… Raconte un peu tes activités question flow !

Quand j’étais enfant, je voulais être dessinateur. Mon rêve à 8 ans : partir aux Etats-Unis pour dessiner Spider-Man. Faut dire que je venais de finir ma première BD. 8 pages gribouillées sur un cahier petits carreaux. J’en étais super fier. Rapidement, je me suis intéressé à la musique et au cinéma. La faute à mon cousin, de 10 ans mon aîné, qui avait une bonne culture musicale, et qui a fait la mienne : AC/DC, Trust, Soft Cell, Michael Jackson… De bonne bases. Le cinéma aussi, en quelque sorte, mais malgré lui. C’est dans un de ses tiroirs que j’ai découvert pour la première fois Mad Movies. C’était le numéro 25. Je m’en suis souvenu, des années plus tard, lorsque j’ai acheté mon premier numéro en kiosques (le 44) grâce au logo, que j’ai immédiatement reconnu ! Bref… En ce qui concerne la musique, tout comme le cinéma, je ne peux pas vivre sans. J’en écoute 3 à 4 heures par jour. Si je pars en vacances sans un papier, un stylo et mon lecteur mp3, je suis malheureux. J’ai toujours rêvé d’avoir un label. A notre époque, avec Internet, tout devient plus facile, alors je l’ai tenté. J’ai sorti plusieurs albums d’un artiste, Slicc Ken, qui fait du rap horrorcore. Un courant inspiré par les films d’horreur, le satanisme… Un genre que j’aime bien. Car, tout comme dans la Série B, il est truffé de passionnés. Et j’aimais beaucoup ce que faisait Kenneth avant de commencer à sortir ses albums. Des chansons où il passe son temps à découper des nanas à la tronçonneuse sur des beats lugubres avec une voix sinistre et monocorde qui rajoute un côté « Don’t Give A Fuck » aussi politiquement incorrect que délectable. Mais je ne m’y suis pas pris comme il fallait alors ça n’a pas marché. Et comme ça me prenait malgré tout pas mal de temps, j’ai décidé d’arrêter. Ma passion pour le cinéma, plus particulièrement la Série B, a repris le dessus.

 

 

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Pour conclure, quels sont tes projets immédiats ? Et quand pouvons-nous espérer la sortie de la suite des B-Movie Posters ? Le Volume 2 proposera quelque-chose de différent du premier ou comptes-tu continuer avec la même structure ?

Le projet le plus immédiat, c’est B-Movie Posters Volume 2, qui sortira en septembre. La structure sera quasiment identique, à quelques détails près. On est en train d’y travailler avec Matthieu Nédey. Mais il sera à nouveau constitué de thémas « Art Of » et de reviews. Je m’amuse beaucoup à le faire. Je suis très content du sommaire, très varié, qui brasse à nouveaux les différentes décennies depuis 1980, mais aussi réalisateurs, producteurs, genres… Aussi parce que ça me permet de revoir des films que je n’ai pas vu depuis longtemps. En ce moment, je regarde du Godfrey Ho, des Sorority Movies, du Full Moon, des prods Silver Star Films International… Le pied ! Ensuite, il y aura B-Movie Posters Volumes 3 et 4, et un autre produit, qui ne sera pas un livre. Puis le Spécial « Ces Incroyables Films Qu’On Ne Verra Jamais« , qui marquera la fin de la série B-Movie Posters. Il y aura ensuite d’autres séries de livres : B-Movie Confidential (séries d’entretiens), B-Movie Files (qui traitera de films et sujets rares au travers de dossiers, making-ofs, pictorials, filmos…) et B-Movie Starlettes. Une fois que tout ça sera sorti, je vous aurai proposé un bon tour d’horizon de ce que la Série B à eu à nous offrir depuis 1980 et de ce qu’il faut en retenir. On verra ensuite de quoi demain sera fait.

Entretien réalisé en février 2018. Un énorme merci à Damien pour sa disponibilité et son amitié !

B-Movie Posters est toujours disponibles à cette adresse !

One comment to Entretien avec Damien Granger

  • Roggy  says:

    Super interview Rigs ! avec pleins d’infos sur le cinéma et sur un personnage, un artiste protéiforme finalement, qui me devient de plus en plus sympathique. Après avoir lu cette itw, ça ne m’étonnerait pas qu’un jour il ponde une petite série B bien trash et pleine de rap hardcore 🙂

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