Terreur Extra-Terrestre

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Terreur Extra-Terrestre où quand la Série B tournée en trois semaines et pour des clopinettes pave la route des blockbusters. Certes, Greydon Clark ne bénéficiait pas d’un Bob Marley tombé des étoiles pour décimer tout ce que les eighties comptaient de gros biscotos, n’empêche qu’il pouvait compter sur un duo Palance/Landau à un doigt de chuter dans le ravin de la folie !

 

 

C’est triste mais c’est ainsi : ce Without Warning de 1980 n’existera jamais réellement par lui-même, condamné qu’il est à n’être perçu que comme une ébauche, plus ou moins réussie selon à qui l’on s’adresse, du Predator de McTiernan. Greydon Clark, légendaire réalisateur d’un Le Clandestin devenu culte pour sa marionnette de félin mutant, était d’ailleurs loin de se douter que son sixième essai serait le brouillon d’une grosse machine comme Hollywood en a le secret lorsqu’il acheta le synopsis de Terreur Extra-Terrestre à l’un de ses potes, qui avait donc imaginé qu’un alien était venu planter sa tente sur notre belle planète bleue pour y chasser de l’être humain. Pas pour se nourrir, pas pour nous envahir, juste parce qu’il est divertissant d’ôter la vie des randonneurs ou braconniers partis plomber le cerf. Si la créature devait à la base utiliser un arc-à-flèche pour traquer son gibier, Clark décida bien vite de retirer cet arsenal primitif à son être venu d’ailleurs, jugeant qu’une idée plus originale aiderait son film à se faire remarquer. C’est que son scénario, franchement simpliste, ne lui permettrait pas réellement d’accéder au statut des œuvres marquantes, trop ancré qu’il est dans un canevas hérité de la Série B des années 50. Bonne opération du coup que celle de miser sur un univers plus visuel que structurel, l’arrivée d’espèce de fruits de mer volants et dotés de dents acérées, lancées par l’alien en chef, permettant d’apporter un peu d’identité dans une histoire se résumant, du reste, à deux teenagers aux prises avec une monstruosité d’on ne sait trop quelle dimension et quelques rednecks patibulaires…

 

 

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C’est bien évidemment là qu’entrent en scène Jack Palance et Martin Landau, duo bientôt à l’affiche du beau Dément (1982) de Jack Sholder, où ils joueront les frappadingues sortis de leur asile pour harceler leur nouveau docteur et sa petite famille. Le cerveau monté à l’envers, ils l’ont aussi dans Terreur Extra-Terrestre, dans lequel ils combattent le Martien descendu mettre le boxon dans leur bosquet, certes, mais qu’ils secondent également. Jugeant peut-être que son vilain être bleuté et ses huîtres ne sont pas une menace suffisante pour remplir tout un film de plus de 90 minutes, Greydon balance dès lors dans les pattes de ses deux jeunes héros nos vétérans du cinoche, tous deux aussi inquiétants, voire plus, que la menace galactique. Palance parce qu’il est plus que douteux de le voir collectionner ces omelettes tournoyantes dans un bocal, Landau, parce qu’en bon soldat qui en a trop bavé à la guerre, voit le mal partout et est persuadé que les extra-terrestres ont commencé le grand remplacement… Et puisqu’à ses yeux les humains n’en sont plus vraiment, pourquoi ne pas les liquider ? Evidemment, une bonne partie des comptes de Without Warning partiront dans la poche de la paire d’acteurs (et sans doute une petite partie dans celle d’un Cameron Mitchell (6 Femmes pour l’Assassin, The Toolbox Murders) venu passer le coucou) puisque sur l’enveloppe de 150 000 dollars, 75 000 seront répartis entre les deux loustics. Une bonne opération puisque leurs tronches de cinglés (les connaisseurs repéreront également le Neville Brand du Crocodile de la Mort en second rôle) font largement monter la tension, le danger ne venant plus seulement des étoiles mais aussi de la psychologie tordue d’êtres potentiellement fragiles…

 

 

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Reste que la moitié du budget part déjà chez deux acteurs, aussi uniques soient-ils, et qu’il faudra encore donner un peu moins de 20 000 dollars à Rick Baker pour qu’il se fende d’un joli costume de monstre, confectionné dans la cuisine de l’artiste. Pas optimales, les conditions de travail, mais pour un prince des effets comme le Baker, bosser entre le robinet et le saladier n’empêche certainement pas de fournir un boulot plus que décent. Bien que relativement peu présente à l’image puisque n’apparaissant que dans les ultimes minutes, la créature au teint de schtroumpf fait tout de même son petit effet : grande asperge effrayante, planquée dans le brouillard à observer ses proies, droite comme un I, elle ne prête pas à rire. Et ce quand elle n’apparaît pas dans un coin de pièce en hurlant comme un éléphant ayant trop mangé de fibres, tendant ses longs bras pour agripper une pauvre adolescente qui venait tout juste de retrouver son petit ami mort. D’ailleurs, puisque l’on en est à causer de Predator, Greydon Clark coupait véritablement l’herbe sous les bottes de McTiernan, l’acteur Kevin Peter Hall se retrouvant sous les frusques des deux monstres ! Comme quoi, y’a pas de hasard dans le joyeux monde de la science-fiction bricolée… Et bricolo, Without Warning l’est forcément puisque tourné en 3 semaines, dans les bois par un froid hivernal avec ce que les comédiens et Baker ont bien voulu laisser comme petite monnaie pour finir le film. Du coup, ça se voit un peu que c’est une bête mannequin en bois qui explose à la place du monstre lorsque l’héroïne fait sauter son garde-manger, où sont accrochés les corps en putréfaction ramassés par le chasseur. Mais Clark s’en sort parfaitement et parvient à éviter le syndrome du métrage si fauché qu’il en frise l’amateurisme. Point de ça ici, la réalisation, bien qu’allant à l’essentiel et esquivant l’esbroufe inutile, est sans défauts et parvient même à déployer un malaise certain, jouant avec des décors noirs et feuillus pouvant cacher de multiples dangers. Paranoïaques s’abstenir…

 

 

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D’ailleurs, s’il semble en avance sur son temps et anticipe bel et bien le match entre l’Autrichien et son ennemi qui n’a pas une gueule de porte-bonheur, Clark a de toute évidence le regard tourné vers le passé, cherchant l’inspiration dans les bobines des fifties, reprenant cette psychose du remplacement, d’une Amérique bientôt envahie à l’aube rouge. Bref, on est moins en train de balancer des lasers dans le bide de Schwarzy et ses potes culturistes que de broder une ambiance lourde comme une chape de plomb. Ce qui marche du tonnerre ! Et si certains d’entre vous ne sont pas motivés à l’idée de s’offrir une balade nocturne parfois un peu lente, ni de slalomer entre les fourrées pour fuir une ombre de deux mètres, peut-être serez-vous tentés à l’idée de découvrir un David Caruso si jeune qu’il n’avait même pas encore croisé la route de John Rambo. Encore bien loin d’enlever et remettre sans cesse ses lunettes de soleil avec ses copains les Experts de Miami, le rouquin se balade dans un short si serré qu’il en scandaliserait Miley Cyrus. Le pauvre finira d’ailleurs comme une bonne partie du casting, à se faire sucer le sang par ces frisbees aux airs de mollusques des océans que balance le traqueur galactique, dans des scènes gore cracra comme il faut, le sang bien rouge se mélangeant à du pus jaunâtre. Bref, Without Warning, ça le fait carrément, d’autant que l’éditeur Crocofilms a fourni du bon boulot (c’est pas toujours le cas, on le sait…), la copie étant propre et le DVD profitant de pas mal de bonus intéressants. Comme une courte présentation de Terreur Extra-Terrestre par Greydon Clark en personne (visiblement shootée via Skype, donc si vous avez toujours rêvé de voir son salon…), un petit module avec en star un Stéphane Leroux (son frère Vincent s’occupant du filmage) habitué des petits hommes-verts puisque déjà à l’œuvre dans le super court La Quatrième Nuit, et le moyen-métrage Planet of Shadows de Guillaume Bouiges, mélange sympatoche entre SF et second degré. Dommage tout de même que l’éditeur se soit contenté du montage français, laissant donc de côté des batifolages entre Caruso et sa copine et une attaque de scouts. Certes, rien d’indispensable là-dedans (on n’y voit pas plus que sur les autres assauts du monstre), mais cela aurait fait un bonus appréciable de plus. Mais on ne va pas faire la gueule bien longtemps, puisque l’on tient là l’une des meilleures sorties du saurien et un vrai bon petit film des années 80, dont la place est toute trouvée près de vos cheminées.

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Greydon Clark
  • Scénarisation: Lyn Freeman, Steve Mathis, Daniel Grodnik,…
  • Production: Greydon Clark
  • Titres: Without Warning
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jack Palance, Martin Landau, Tarah Nutter, Christopher S. Nelson
  • Année: 1980

8 comments to Terreur Extra-Terrestre

  • Mighty Matt  says:

    Ha, mec, celui-ci est sur ma pile de DVDs depuis un moment… Faut vraiment que je me le fasse… Je ne savais même pas que ce bon vieux Rick était de la partie, ça va accélérer mon processus de visionnage !

  • freudstein  says:

    Ha celui-là je l’ai vu plusieurs fois!!!
    Une serie B comme je les aimes,par contre je suis pas sûr que se soit RICK BAKER au latex
    mais je crois,de mémoire,que c’est GREG CANNOM…
    Il va falloir que je me le revois et pister le générique de fin.

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