The Beast Must Die

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Que votre lecteur DVD soit en paille, en bois ou en brique, comptez sur le grand méchant loup pour venir le souffler. Et c’est la Amicus qui régale avec The Beast Must Die, alias Le Mystère de la Bête Humaine, dans lequel un chasseur lassé de plomber la biche décide de coller un loup-garou dans son viseur. Ségolène Royal appréciera l’idée.

 

 

Faut croire que le loup-garou n’a pas bonne presse chez les Anglais, la Hammer comme la Amicus n’ayant chacune fait qu’une seule tentative pour dresser la bête. Chez les premiers, cela se traduisit bien évidemment par le petit classique La Nuit du Loup-Garou (1961), et chez les seconds par The Beast Must Die (1974), pour deux résultats aux esprits très différents. Ainsi, alors que les Hammeriens optaient pour un film gothique dans la grande tradition du genre (alors particulièrement populaire, faut-il le rappeler ?), les Amicusiens tentent presque quinze ans plus tard l’art difficile de la modernisation. Ils n’avaient d’ailleurs pas vraiment le choix : 1974, c’est aussi l’année de Massacre à la Tronçonneuse, et c’est quelques mois après la sortie d’un certain L’Exorciste, soit deux pelloches bien ancrées dans leur époque signant le point de non-retour pour le cinéma fantastique, dès lors incapable, si ce n’est à quelques occasions, de revenir aux vampires passant leurs journées dans de vieux châteaux pour y admirer leur collection de capes. Et lorsque l’on est un petit studio vivant de Séries B aux succès variables, mieux vaut être dans le coup ! L’ennui, c’est qu’avec The Beast Must Die, la Amicus et son réalisateur Paul Annett (principalement employé par la télévision) ne veulent froisser personne, et tentent autant d’être dans le mouv’ pour séduire les plus jeunes que de se la jouer old-school pour ne pas faire fuir leurs vieux clients.

 

 

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D’ailleurs, les amoureux de Lon Chaney Jr. espérant retrouver les vieilles calèches à l’acacia craquant et les aristos s’avalant du brandy devant la cheminée en seront pour leurs frais. Certes, Le Mystère de la Bête Humaine nous ressort les habituels richards et autres importantes personnalités réunis dans un beau manoir, mais le maître des lieux n’a rien à voir avec l’habituel vieux ridé dégoulinant de bonnes manières. Au contraire, le charismatique black qu’est Tom Newcliff (Calvin Lockhart, un copain de David Lynch, mais aussi le King Willie de Predator 2) préfère les sports extrêmes aux pauses café avec un chat sur les genoux. Ainsi, tout débute par une scène d’action typée survival, nous montrant le Newcliff piquer un sprint dans le bois bordant sa demeure, avec aux trousses quelques militaires armés et même un pilote d’hélicoptère suivant ses moindres faits et gestes. Le pauvre reçoit la visite de quelques soldats branchés Ku Klux Klan ? Bien sûr que non, tout ce monde tirant à blanc et s’offrant en fait une petite répétition, Tom étant désireux de tester caméras de surveillance et micros plantés dans le sol, en vue d’un week-end particulièrement important à ses yeux, celui voyant la lune être pleine. Et donc l’occasion rare de plomber le cul d’un homme-loup ! Pour ce faire, le richissime et influent bonhomme réunit quelques invités qu’il soupçonne de lycanthropie, chacun étant plus ou moins lié à d’étranges meurtres… Mais est-ce vraiment une bonne idée que d’inviter un monstre sous son toit ? Evidemment, rien ne se passe comme prévu et, bien que très sûr de lui et même carrément arrogant, notre héros a tout le mal du monde à capturer sa proie et faire les présentations avec sa pétoire. Et les corps de s’amonceler dans son antre pendant qu’il joue au petit chasseur…

 

 

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C’est clair et net, en cette première moitié des seventies, la Amicus ne savait plus trop à quel démon se vouer, trop hésitante qu’elle est entre le gothique à papy et les nouvelles modes faisant vibrer la jeunesse. Et c’est finalement à un bâtard que donna naissance la firme, The Beast Must Die tentant de se la jouer cool en misant sur la blaxploitation (Newcliff est pas loin d’être badass, la bande-son est plutôt groovy) et un aspect hi-tech (le manoir a plus de caméra que la baraque de Secret Story) mais en partant pêcher l’inspiration dans des mythes pour leur part déjà poussiéreux. Et ce sans donner forcément dans les croyances liées au loup-garou, avec balles en argent et tout le bordel habituel du bis poilu, le scénariste Michael Winder (le script de Killer Force avec Telly Savalas et Peter Fonda) mixant des éléments des Chasses du Comte Zaroff et de Dix Petits Nègres. Nous avons donc à ma gauche un protagoniste principal pas loin du mâle alpha, se pensant tout-puissant et cherchant donc le grand frisson en se frottant au plus dangereux des gibiers. Et à ma droite, un pur film policier dans la grande tradition du genre, avec son lot de suspects plausibles, tombant peu à peu comme des mouches jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’horrible coupable. Pas franchement des racines toutes jeunes donc, et qui se mélangeant avec difficultés aux velléités plus modernes de l’ensemble. Ou disons plutôt que les quelques scènes désireuses de faire passer le film pour plus cool qu’il ne l’est réellement semblent parfois sortir de nulle-part, telle cette course-poursuite molle du zob entre Newcliff et l’un des suspects, les carlingues n’allant de toute évidence pas pied au plancher tandis que la réalisation de Paul Annett a bien du mal à faire passer le tout pour dynamique.

 

 

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Annett peut donc se voiler la face tant qu’il veut : malgré la coupe bien afro de Lockhart, The Beast Must Die tient définitivement plus du métrage aux pantoufles sixties que du brûlot révolutionnaire des seventies. Voir pour s’en convaincre son gimmick annonçant le dernier acte, l’écran se figeant tandis qu’apparaît un cadran nous donnant 30 secondes pour nous décider sur l’identité réelle du vilain louveteau. Une idée à la William Castle et consorts, réminiscence des films à mystères de vingt ou trente ans d’âge. Et plus globalement, on se sent plutôt dans le living de Miss Marple ou Hercule Poirot que dans le vestibule du wolfman, au fil d’un métrage fait d’allées et venues plus moins ténébreuses (Newcliff manque de se prendre une hache, jetée par un mystérieux assaillant). Certes, le lupus sort les crocs ici et là, mais ses attaques ne nous sont que peu dévoilées, Annett ne tombant dans l’horreur que lorsque l’on découvre des cadavres vaguement déchiquetés. Alors tout cela n’est pas désagréable, et il est finalement assez amusant d’essayer de découvrir qui planque une belle toison sous sa chemise, même si en éditeur très inspiré Aventi eut la merveilleuse idée de placer des images de la révélation lors d’un trailer précédant le menu. Pas bien malin… Pas de quoi ruiner tout un film de toute façon assez moyen, et ce malgré un casting quatre étoiles (Peter Cushing, Michael Gambon, Charles Gray et Anton Diffring à la barre !), principalement handicapé par un script tout entier concentré sur Newcliff et oubliant dès lors d’épaissir un brin les possibles assassins aux dents longues. Bien dommage, car même ceux qui n’ont pas une queue de renard dans le slibard sont censés être des meurtriers, leur introduction les présentant tout de même comme de vils personnages ayant possiblement éradiqué certains de leurs proches. Dommage de ne pas avoir un peu appuyé la noirceur présumée de tout ce beau monde, à l’écran de simples quidams stressés d’avoir un loup-garou dans la chambre voisine… Rajoutez une réalisation plutôt commune et vous obtenez un petit film pas déplaisant et capable d’occuper un peu de votre temps (d’autant que le final vaut le coup d’œil), mais certainement pas mémorable. Constat rude mais ainsi va la vie : alors que la Hammer restait enchanteresse même lors de ses heures les moins inspirées, la Amicus a bien du mal à sauvegarder sa magie lorsqu’elle trébuche, ne serait-ce que légèrement…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Paul Annett
  • Scénarisation: Michael Winder
  • Production: Amicus Productions
  • Titres: Le Mystère de la Bête Humaine (France), Black Werewolf
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Calvin Lockhart, Peter Cushing, Charles Gray, Marlene Clark
  • Année: 1974

One comment to The Beast Must Die

  • Roggy  says:

    Je suis d’accord avec toi, le film reste moyen et le mélange des genres n’est pas tout à fait abouti.

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