Get Out

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Gros buzz de l’année 2017, Get Out s’est trouvé une place de choix dans bien des cœurs, faisant le lien entre les amoureux de l’épouvante réfléchie (ce premier film de Jordan Peele se retrouve dans la quasi-totalité des Top 5 des fans) et les costard-cravates de la profession, qui l’ont récompensé à plusieurs reprises. Du cinoche de genre à la Sundance, pour le dire autrement, ce qui fait toujours un peu peur et rarement pour de bonnes raisons… mais s’avère, à l’arrivée, véritablement réussi !

 

 

Attention, risque de chutes de spoilers !

Jordan Peele est un comique, un vrai, et c’est justement en cela qu’il est surprenant de le voir taper dans le suspense horrifique pour sa première réalisation. Connu pour son programme télévisuel humoristique Key and Peele et le film Keanu, dans lequel il tentait avec son vieil ami Keegan-Michael Key (pour sa part croisé dans Freaks of Nature) de récupérer son adorable chaton, kidnappé par des gangsters, le bonhomme était en effet de ces gaillards que l’on verrait plutôt continuer tranquillement sa route sur le chemin du second degré sans jamais lorgner vers les sentiers fantastiques. Sauf que les genres qui nous sont chers font aussi partie de son univers, et c’est sans hésitation qu’il déclare que son genre favori est l’horreur. Normal dès lors de le voir s’associer à Jason Blum, producteur à succès que l’on ne présente plus, pour tenter l’aventure du cinéaste branché sur les arts sombres… tout en gardant un lien certain avec la comédie. D’ailleurs, l’idée de son Get Out, elle lui vient d’un sketch d’Eddie Murphy (un temps présagé pour tenir le premier rôle du film, possibilité finalement abandonnée à cause de l’âge trop avancé de la star), dans lequel le flic de Beverly Hills raconte les présentations avec les parents de sa petite copine, blanche. Etant lui-même afro-américain, le bon Jordan trouve bien évidemment une résonance dans le gag et, en bonhomme biberonné à La Nuit des Morts-Vivants (duquel il s’inspire largement pour son premier essai), y voit un bon point de départ pour un film à frissons…

 

 

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Dont acte, puisqu’il envoie le pauvre Chris (excellentissime Daniel Kaluuya, vu dans Sicario) dans la demeure isolée de la riche famille Armitage, celle de sa petite-amie Rose (Allison Williams de la série Girls). Si les hôtes ne sont pas dérangeants et se plaisent à souligner qu’on ne trouvera jamais la moindre trace de racisme sur leur propriété, notre jeune héros tique néanmoins en découvrant que les domestiques sont de peau foncée, et se pose encore plus de questions lors de l’annuelle petite fête organisée par les Armitage, les voyant convier tous leurs vieux amis. Non seulement tous ces invités semblent un peu trop intéressés par sa couleur, même si c’est pour en dire le plus grand bien, mais en prime il y croise un autre black, au comportement étrange et trop poli pour être honnête. D’ailleurs, une fois pris en photo et soumis au flash de l’appareil, le jeune garçon fringué comme un vieux papy des années 50 se montre soudainement agressif… Bizarre, vous avez dit bizarre ? Pas plus que l’étrange nuit passée par Chris avant cela, le pauvre tombant sur la mère de Rose, celle-ci insistant pour lui offrir une séance d’hypnose qui ne sera bien évidemment pas sans conséquences.

 

 

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De toute évidence, si Get Out est l’une des sensations de l’année passée, c’est bien entendu pour son discours sur les tensions raciales, que Peele manie plutôt habilement. Si habilement que plutôt que de faire des Armitage une famille portant la cagoule blanche comme les petits fantômes du Klu Klux Klan, il en fait au contraire de véritables admirateurs de la physionomie et des aptitudes physiques des blacks, qu’ils rêvent de faire leurs. Réflexions sur la musculature de Chris, sur le sportif d’excellence qu’il ferait, sur l’énorme dard qu’il est censé se coltiner entre les cuisses, tout y passe dans ce petit jeu de la discrimination positive, que Peele juge comme une autre forme de racisme. Et s’il peut envoyer un léger tacle aux blancs s’offusquant plus vite que les noirs lorsqu’un policier leur demande leurs papiers, il ne se privera pas de le faire, Chris semblant moins à cheval sur la question que sa Rose. Le message est donc clair : à trop en faire dans un sens, on s’éloigne encore un peu plus de l’égalitarisme rêvé. De fond, Get Out ne manque donc pas et fera bien évidemment la joie de tous les analystes de tous poils, qui pourront y trouver toutes les lectures qu’ils voudront et délirer à l’envi, quand bien même le principal semble ailleurs. Soit dans l’excellence d’un script à première vue prévisible, et qui d’ailleurs ne parvient pas à détourner le spectateur de certaines évidences (la Rose est bien sûr pétrie d’épines, l’état hypnotique des domestiques ne fait aucun doute), mais disposant tout de même de son lot de surprises bien senties. Certes, on sait toujours vers quoi on se dirige, mais seulement dans les grandes lignes, quelques excellents twists (les grands-parents) apparaissant régulièrement pour nous montrer que Peele n’est pas seulement un bon faiseur de vannes : il sait aussi mettre sur pied un récit solide. Sa réalisation n’est d’ailleurs pas en reste et se montre classique dans le meilleur sens du terme : les cadres sont toujours bien pensés, la photographie évite la grisaille habituelle des prods Blumhouse, la direction d’acteurs est sans défauts, de bonnes idées apparaissent ça et là (la séquence de l’hypnose) et la musique est bien à sa place. Mieux, certaines séquences collent une belle frousse, ne misant pourtant jamais sur le sursaut facile (pourtant une spécialité des sorties du vieux Blum), telle celle voyant le jardinier sprinter à pleine vitesse en direction de Chris, en pleine nuit.

 

 

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Mais le grand mérite de Get Out reste définitivement sa charpente scénaristique, confortable, dénuée de tout gras, et qui, tout en restant bien de son époque (un peu d’humour bienvenu par instants, le sous-texte évidemment), parvient à ressusciter quelques thématiques croisées plus rarement ces dernières années. Peele, visiblement un vrai connaisseur du genre, inverse donc un genre très moderne qu’est le home-invasion (Get Out est l’anti-American Nightmare) tout en restant à la croisée des mondes de Society, Nothing but the Night et White Zombie ou Vaudou, références nettement plus anciennes s’il en est. Plutôt malin, et si l’on devait définir le métrage en une phrase, on dirait que c’est tout simplement une Série B plus réfléchie que la moyenne. Car derrière un oripeau de critique sociale capable de tomber dans le chiant absolu après 20 minutes se cache en fait un vrai film d’exploitation, ce que confirme un dernier acte bestial et vengeur, lors duquel Peele s’amuse comme un petit fou à dézinguer son monde dans un mix de slasher et vigilante flick. Alors on n’ira pas crier au chef d’œuvre, ni même réellement au film important, tant Get Out part plutôt se caler dans la division des « bons petits films qu’on ressortira de temps en temps », plutôt que dans celle des indispensables purs et durs. Reste que le Jordan se paie une bonne place sur notre liste des jeunes artistes à suivre et que son premier coup de pinceau est plus que recommandable, tant par son actualisation bien-pensée d’une trame horrifique que l’on pensait poussiéreuse (la manipulation mentale) que par un premier rôle bluffant. Du très bon boulot, quoi !

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Jordan Peele
  • Scénarisation: Jordan Peele
  • Production: Jason Blum, Jordan Peele…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Daniel Kaluuya, Allison Williams, Lil Rel Howery, Catherine Keener
  • Année: 2017

Mister Roggy en cause également par ici !

5 comments to Get Out

  • Didier Lefèvre  says:

    un remake (en beaucoup moins bien) des femmes de stepford.

  • Roggy  says:

    Tu as plus apprécié le film que moi (notamment sur la prévisibilité du scénario), néanmoins, j’avoue que j’ai été bluffé par la mise en scène pour un premier film. « Get out » est très divertissant et réussi mais, comme tu l’écris, n’est pas le chef-d’œuvre annoncé. Juste un bon film, ce qui n’est déjà pas mal !

  • freudstein  says:

    Vu avant-hier,plutôt surpris, agréablement,c’est pas souvent de nos jours…
    Pour une fois que je vois une prod’jason blum jusqu’au bout!!!

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