The Urge to Kill

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Longtemps invisible car resté sur une étagère pendant dix plombes, The Urge To Kill (1988), anciennement titré Attack of the Killer Computer, est la preuve que tout ce qui est secrètement enterré n’est pas or. Ainsi que celle que votre ordinateur portable pourrait bien vous piquer une crise si d’aventure il vous trouvait au lit avec une tablette Samsung…

 

 

 

On aura beau penser ce que l’on voudra de son œuvre, il n’en est pas moins que Dick Randall, parti en 1996, restera une figure diablement attachante du petit monde de la Série B. Non seulement le zig versa à peu de choses près dans tout ce que le cinoche d’exploitation compte de genres (érotisme, kung-fu, slasher, épouvante gothique, espionnage avec le nain Weng Weng en lieu et place du vieux Bond), mais en plus il faisait figure de caricature vivante du producteur constamment englué dans le low budget obscène. Enormes lorgnons, petite moustache bien taillée, gros cigare toujours en équilibre au bord des lèvres, le movie mogul faisait partie de ces doux dingues que l’on imaginait marchander du septième art comme d’autres vendent des boîtes de raviolis. Soit sans se prendre pour un ponte de la Universal, et sans doute sans faire de grandes manières, et il serait mentir que de dire qu’on l’imagine autrement qu’en train de se moucher dans les contrats de ses comédiens, renversant son verre de pinard sur un stock de flyers de sa prochaine production ou écrasant son havane sur le script qu’il est en train de lire. Le genre qu’on aime bien par chez nous, en somme, et qui manque bien au cinéma fantastique actuel, le Randall étant de ces hommes d’affaires avisés (il savait surfer sur un filon, c’est indéniable) ressemblant bien plus à un vieil oncle vanneur qu’à un trader multipliant les transactions. D’ailleurs, le Dick était visiblement plus sensible à l’appel de ses bourses qu’à celui de la Bourse, et était de toute évidence le genre de gredins capables de catapulter dans un scénario une jeune chanteuse plus ou moins prometteuse, juste parce qu’il y voyait un moyen de lier une production à un possible hit musical… et que ça faciliterait peut-être les préliminaires. Guère étonnant d’ailleurs d’apprendre qu’il retitra à son aise le projet du Britannique Derek Ford, scénariste de The Black Torment et réalisateur d’une multitude de pelloches érotiques, ainsi que du slasher Don’t Open Till Christmas (déjà produit par Randall) et du survival suédois Blood Tracks. Ainsi, puisqu’il a dans ses tiroirs la chanson The Urge to Kill d’une pop star en devenir, Mister Randall efface le titre initial, Attack of the Killer Computer, et le change donc en un The Urge To Kill nettement moins parlant.

 

 

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Car cette « envie de tuer » est en effet celle d’un ordinateur, nommé S.E.X.Y. et installé dans la demeure du producteur musical à succès qu’est Bono Zorro (on ne rigole pas), incarné par le claviériste de Depeche Mode qu’est Peter Gordeno (!). Passionné de technologie et visiblement flemmard au point de ne pas pouvoir tourner une poignée de porte ou faire couler son bain lui-même, le magnat de la mélodie a en effet payé une fortune pour qu’il lui suffise de dire « S.E.X.Y., allume la télévision » pour que la machine, symbolisée par une demoiselle nue et peinturlurée en vert, s’exécute. Pratique, sauf en cas d’extinction de voix ou de coupure de courant, et il y a fort à parier que si cela arrivait le pauvre Bono passerait deux heures à trouver comment on tire la chasse. Mais notre personnalité avec laquelle toutes les apprenties Madonna rêvent de travailler n’est pas du genre à se poser de questions, trop occupé qu’il est à profiter des cruches se perdant dans son studio. Et auxquelles il fait bien évidemment miroiter des enregistrements à succès et des soirées caviars dans les carrés VIP, à condition seulement que les nénettes acceptent de venir jouer à Twister sous sa couette. En somme, tout le monde est content : les cocottes sont parvenues à faire écouter leurs démos à Zorro et peuvent encore rêver quelques temps d’une carrière sentant bon le champagne et les grolles hors de prix, tandis que notre homme peut apaiser son appétit sans limites pour les femmes. Enfin, tout le monde est heureux sauf S.E.X.Y., si accroc à son maître qu’elle refuse de le voir entre les griffes de blondasses se pensant cantatrices. Et c’est fort logiquement que cette conscience électronique se met à liquider tout ce beau monde en utilisant les appareils électro-ménager disséminés aux quatre coins de la baraque…

 

 

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Sur le papier, The Urge To Kill a tout pour lui et c’est rien de le dire. Outre une intéressante actualisation du principe de la maison hantée, non pas par des spectres mais par Windows 666 dans le cas présent, Randall et Ford ne déçoivent pas en articulant leur B Movie autour de deux axes : le gore et les nichons. Soit tout ce qu’un cinéphage branché eighties est en droit d’attendre d’une bande de l’époque, et c’est visiblement le sourire aux lèvres que le duo lui apporte sa commande. Ainsi, toutes les donzelles présentes à l’écran finiront, à un moment ou un autre, par montrer qu’elles en ont sous le chemisier, que ce soit lors de longues scènes de douche ou en batifolant avec un Bono très tactile (Peter Gordeno ne s’est de toute évidence pas emmerdé sur le tournage). Et une fois que le public est lassé des formes de ces dames, S.E.X.Y. s’assure qu’elles disparaissent du métrage une bonne fois pour toutes, et pas en y allant avec des moufles. Corps ébouillanté au point que la barbaque se décolle des os, brosse à dents incontrôlable démolissant la bouche d’une strip-teaseuse, jacuzzi mortel noyant une imbécile sous la mousse, câbles électriques tentant d’étrangler une malheureuse, séances d’UV virant au drame,… Comme un parfum de Destination Finale en somme, mais avec dix piges d’avance et un aspect plus rustique, le trash propret et digital de la franchise pilotée par la Mort n’étant pas de mise chez Derek Ford, de toute évidence bien content de zoomer sur des effets imparfaits symbolisant les chairs malmenées.

 

 

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urge3Après…

 

 

Problème : la fesse et l’hémoglobine, ça ne remplit pas 80 minutes. Et comme le scénar’ tout entier pourrait tenir sur l’un des tickets de métro des actrices, tout le beau monde convié dans l’une des propriétés de Randall (car tourner à domicile, ça ne coûte rien) se voit forcé de s’adonner à des tunnels de dialogues dont on ne voit pas le bout. Et qui ressassent encore et encore la même problématique, les protagonistes se demandant ce que deviennent les victimes, que S.E.X.Y. parvient à faire disparaître sans trop que l’on comprenne comment (mais traquer la logique dans The Urge to Kill revient à chercher une ballade dans un album de Hate Eternal). Alors on échange les théories, on fouille dans les cagibis, on retrouve des slibards sous le lit et on jacte pendant vingt minutes sans que l’intrigue n’avance d’un pouce pendant ce temps-là. Chiant ? Un peu, pour tout dire, et heureusement pour Attack of the Killer Computer qu’il profite dans ces instants de son doux parfum de ringardise. Car pour son ultime réalisation, Ford ne s’est pas roulé dans la poussière et la crasse, et son dernier méfait tient moins de l’horror movie fétide que du clip de Sabrina Salerno. De quoi créer un décalage perturbant entre des meurtres souvent peu ragoutants (le coup de la brosse à dents, c’est pas une pub Colgate, c’est moi qui vous le dis !) et tout un décorum digne d’un plateau télé du M6 des années 90, avec en bonus une technologie de bazar dans laquelle se fourvoie un Bono Zorro des plus superficiels. Et qui pourrait d’ailleurs être le véritable sujet principal du film, bien plus que son dérangé ordinateur, simple accessoire, certes mortel, venu souligner le côté vain du vieux beau campé par Gordeno. Hédoniste convaincu, il ne semble penser qu’à niquer du lever au coucher, jetant de la poudre aux yeux à ses proies féminines en usant de son statut et du matos hi-tech dont il dispose, le tout sans se soucier qu’il ne sera jamais apprécié pour ce qu’il est réellement. Sacrée charge envers la vacuité du star system que le portrait de Bono Zorro ; certes un cliché grossier des nababs du monde musical, mais plutôt intéressant dans cette relation qu’entretient l’homme avec autrui. Incapable de faire confiance en quiconque et de considérer les femmes comme autre-chose que des putes idiotes et interchangeables, il devient l’esclave de la seule à laquelle il s’abandonne réellement : S.E.X.Y. Et c’est fort justement cette fuite en avant vers ce néant humain, vers ce cynisme, qui causera sa perte lorsque son âme sœur qu’est son gros PC décidera de le garder pour lui tout seul.

 

 

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Contre toute attente, The Urge to Kill est donc plus profond que prévu, même si il doit revoir ses ambitions à la baisse, la faute à l’amas habituels de carences de la production à micro-budget. Réalisation correcte mais dénuée de personnalité, comédiens à la rue tous doublés par deux cordes vocales peu impliquées (UNE actrice se coltine les voix de TOUS les personnages féminins) et, surtout, un scénario incapable de tirer vers le haut un pitch pourtant prometteur. Bref, on reste dans la zone de l’aimable divertissement que l’on ressortira lors d’une soirée bien arrosée, en se disant que l’on tient là une potentielle collection de GIFs : voir pour s’en convaincre l’hilarante scène où Bono Zorro est électrocuté par son clavier et recule de trois mètres en grimaçant ! En somme, si Derek Ford donne l’impression de se moquer en douce de son producteur (Zorro ne serait-il pas un Dick Randall caché ?), le résultat reste bel et bien une prod. Randall : si le tournage n’a pas été chaotique comme celui de Don’t Open Till Christmas, qui usa plusieurs metteurs en scène, le produit fini est bien un petit film d’exploitation crétin et hypnotique, immédiatement attachant. Uncut Movies a donc bien fait de le sortir du puits où il dormait depuis des lustres, car non seulement il offre à son catalogue un véritable inédit (si l’on omet les fichiers circulant sur le net depuis des années, à la qualité risible face à ce DVD pour sa part techniquement irréprochable), mais il confirme que l’éditeur a décidément le nez fin lorsqu’il s’agit de taper dans le cheesy pur et dur. Celui qui laisse des traces sur la moquette et vous vaut un regard désapprobateur de vos conjoints et autres colocataires, mais qui vous colle un étrange sourire sur la tronche pour toute la journée…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Derek Ford
  • Scénarisation: Derek Ford
  • Production: Dick Randall
  • Pays: Grande-Bretagne, Canada
  • Acteurs: Peter Gordeno, Sarah Hope Walker, Tiga Adams, Maria Harper
  • Année: 1989

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