Dr. Gore

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Comme le dit si bien l’un de ses confrères, Antoine Pelissier, dit le Dr. Gore, est connu de l’hôpital à l’abattoir. Quoi de plus logique pour un brave homme gagnant sa croûte comme toubib attentionné la semaine, avant de partir récupérer les abats bons pour la benne chez tous les bouchers du coin, en vue de se fendre d’un bon petit film horrifico-amateur dont le but est de faire passer le cinéma de Joe D’Amato ou d’Olaf Ittenbach pour un ramassis de contes de fées…

 

Comme me le disait un jour David Didelot pour faire un comparatif entre le boulot et les activités bisseuses, « il y a le travail qui nourrit son homme et celui qui nourrit l’esprit. » Pour sûr qu’Antoine Pelissier aurait pu tenir ces propos, lui qui soigne des rhinopharyngites du lundi au vendredi en vue de remplir le frigo… et avoir un peu de pèze en poche pour financer ses courts, moyens et longs-métrages versant dans la tripaille bien chaude. Sans doute bien content d’aider son prochain en le gavant de cachetons, Mister Pelissier ne cache néanmoins pas que, s’il le pouvait, il retirerait sa plaque de praticien de son domicile pour en accrocher une autre annonçant son activité de cinéaste. Un véritable personnage, sur lequel s’est penché une Pauline Pallier venue sa poser dans le cabinet du docteur pour les besoins de Dr. Gore, documentaire de 52 minutes suivant l’homme au stéthoscope de sa tournée des souffreteux à ses tournages aux proportions parfois épiques. Car bien que dans l’incapacité de trouver un producteur désireux de lui ouvrir son porte-monnaie, Pelissier, dès lors condamné à tourner sans autre pognon que le sien, n’en abandonne pas un certain sens de la démesure. Incapable qu’il est de se contenter d’un slasher de salon ou d’un basique torture-porn shooté dans son garage, entre son véhicule et sa tondeuse, notre guérisseur imagine des récits demandant chevaliers, hordes de zombies, décorum médiéval et des litres et des litres d’hémoglobine.

 

 

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Pour le moins ambitieux, à plus forte raison lorsque l’on n’a aucun professionnel sur qui compter, aucun véritable habitué du carré VIP capable de vous ouvrir certaines portes, quand bien même l’Antoine gagna le prix gore lors d’un festival organisé par Mad Movies dans une autre vie. Mais rien n’arrête la goule de la profession médicale, et si elle ne peut compter sur des acteurs chevronnés et une équipe technique passée par les meilleures écoles de cinéma, il réquisitionnera tout simplement famille, amis, vagues connaissances, collègues et patients ! Assez incroyable d’ailleurs de découvrir que, dans la petite région de Nîmes, plus d’une centaine de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde se réunit dans des ruines ou forêts pour s’arracher les entrailles, se faire fouetter ou se limer la gueule à l’épée en plastique… tout en détestant ou étant rebuté par le cinoche gore du gardien de leur santé ! Car bien évidemment, tout ce beau monde n’est là que pour rendre service à leur doc’, qui n’hésite pas à demander à une dame bien plantée dans le troisième âge si elle ne voudrait pas faire une apparition dans Horrificia, son projet d’alors. Pompiers, boulangères, caissières, types croisés en rue et vieux camarades se retrouvent donc à mimer des viols, la résurrection d’un Satan sortant d’un bide avant de besogner sa mère et autres séquences à faire remettre son petit dej’ à un coroner, alors qu’ils ne pourraient sans doute pas rester assis plus de cinq minutes devant un sobre La Nuit des Morts-Vivants. Dommage d’ailleurs que Dr. Gore ne s’intéresse pas un peu plus, au détour d’un ou deux témoignages, aux raisons poussant ces Nîmois à se retrouver avec des yeux crevés ou à jouer les sadiques, alors qu’ils préféreraient sans doute rester bien calés dans leur fauteuil à regarder Drucker le dimanche après-midi.

 

 

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Car si ce n’est un jeune homme au bord de l’émotion en découvrant que Pelissier désire lui confier un petit rôle, les retours sur l’art du bonhomme sont globalement catastrophiques. Et ce qu’ils viennent d’une mère ultra-catholique détestant que son fils dégrade une imagerie chrétienne (via des moines maléfiques et une pincée de crucifixions qui feraient passer le calvaire du petit J.C. pour une journée à Walibi) ou d’une vieille patiente, à un poil de cul de reprocher à son interlocuteur que s’il se passe des crimes dans la région, c’est parce qu’il s’amuse à filmer des langues arrachées dans son jardin. Un véritable original qu’Antoine Pelissier donc, visiblement dans son monde et très à l’écart de celui des autres, et dont la passion de fer ne semble jamais lacérée par les avis extérieurs. Impossible d’ailleurs de nier que le réalisateur est impliqué, et s’il n’écrit pas lui-même son scénario, il s’arrange pour qu’y soit joint un story-board, preuve d’un investissement que l’on pouvait déjà sentir dans ses premières œuvres, parfois poétiques et dotées de prises de vue bluffantes. Malheureusement pour lui, la France n’est pas une grande terre d’accueil pour des bobines dignes des pires lyrics de Cannibal Corpse, ce dont l’équipe derrière Horrificia se rendra vite compte, le distributeur de quelques classiques de Dario Argento refusant catégoriquement de prendre en charge son prochain opus.

 

 

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Évidemment, le tout prend par instants des contours d’épisodes de Strip-tease, comme lorsque le fils Pelissier montre avec fierté ses flingues munis de visées laser, avec lesquels il a fait fuir des cambrioleurs. Ou lorsque Lloyd Kaufman débarque pour un rôle de révérend satanique et récite son grandiloquent texte… devant un parterre de poules. Des instants créant bien évidemment un décalage entre les aspirations de notre auteur et la réalité, peu tendre avec les fresques et épopées trash d’Antoine, entouré pour toute équipe technique d’infirmières, fan ou d’une déléguée médicale bien évidemment peu rompus à l’exercice demandé. Voire même dans l’incapacité de capter les exigences de l’auteur… Amusant, forcément, mais jamais moqueur, et l’accent est bien évidemment mis sur la passion d’un homme vivant véritablement pour la viande morte. Preuve en est le bonus « Médecin malgré lui » disponible sur le DVD édité par Mygale Films et Metaluna, qui convie quelques personnalités du milieu (Jean-Pierre Putters, François Cognard, Eric Valette,…) venues analyser avec un regard tendre l’œuvre entière du docteur maboul. Comme on n’en n’a jamais assez et que Kaufman, logé dans la casa Pelissier durant un week-end, a filmé son aventure dans l’hexagone, est donc ajouté ce témoignage en direct, rigolo comme tout. Un beau DVD ainsi qu’une porte d’entrée idéale vers la galaxie si particulière d’Antoine Pelissier, qui devrait attirer à lui tous les amateurs du septième art dégueulasse fait de brics et de brocs. Pour convaincre les derniers récalcitrants, une second galette contenant quelques œuvres du bonhomme, dont le bien connu Maleficia, apportera son lot de carbonnades et saucisses périmées. Soyez d’ailleurs certains qu’on y reviendra…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Pauline Pallier
  • Pays: France
  • Année: 2010

2 comments to Dr. Gore

  • Roggy  says:

    Je ne connaissais pas le bonhomme ni le DVD mais ce documentaire a l’air fort intéressant.

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