Le Retour de Chucky

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Un peu comme ces « adulescents » incapables de se séparer de leurs vieilles figurines Cosmocats ou Maîtres de l’Univers (et l’auteur de ces lignes sait de quoi il cause…), Don Mancini ne peut se résoudre à laisser son pote Chucky pourrir son grenier. Logique puisque le Brave Gars reste son gagne-pain principal, et c’est sans surprise qu’il joue une nouvelle fois avec le petit roux en plastique via un Retour de Chucky polémique au sein de la sphère fantastique.

 

Toujours à foutre le dawa, ce salopiaud de Chucky ! Certes, on ne peut pas parler de guerre des tranchées, n’empêche que la sortie de sa septième aventure, Cult of Chucky, aura animé quelques débats, opposant les fans séduits aux détracteurs, qui n’y allaient pas toujours de main morte avec le rouquemoute. Certains n’hésitèrent d’ailleurs pas à prétendre que l’on tenait là la plus mauvaise sortie de l’année 2017 et l’un des étrons les plus odorants de la décennie. Est-ce que, à l’image des Baby Born avec lesquels vos petites nièces s’amusent, l’ordurière marionnette aurait fait dans son Pampers ? Et est-ce que les enveloppes de moins en moins garnies avec lesquelles Mancini doit composer pour réaliser ses nouveaux épisodes ne finissent pas par faire sombrer la franchise au niveau des Hellraiser, soit celui d’un sous-sol désaffecté où personne ne veut s’aventurer ? Heureusement non, car contrairement à la saga de nos tristes Cénobites, les Child’s Play ont toujours été faits avec amour, celui d’un père aimant et prenant toujours soin de mettre dans le cartable de son mal élevé de fiston tout ce que l’on est en droit d’espérer y trouver. Pas la peine de jouer la carte du suspense inutile : non, Le Retour de Chucky ne montre pas son pantin sous un jour plus tendre, Charles Lee Ray restant un être plus vicieux que 90% des boogeymen du monde horrifique. Mieux, il semble avoir fait une petite cure de Juvamine ou avoir passé quelques samedi après-midi à la salle de sport, notre redhead favori se montrant peut-être plus gore que par le passé. Coup de perceuse dans l’arrière du crâne, bide éventré lâchant des tripes fumantes, tronche écrasée au talon, décapitation nette, fist-fucking d’une bouche ; petit mais costaud, le gringalet meurtrier met clairement les bouchées doubles et assure un spectacle toujours aussi grand-guignolesque. De même, il n’abandonne certainement pas son humour noir et ses vannes référentielles, que ce soit en visant la petite lucarne (quelques clins d’œil à la série Hannibal, sur laquelle Don Mancini est passé comme scénariste le temps de deux épisodes) ou aux films précédents.

 

 

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Devenu plus que jamais le gérant d’une marque à destination d’un public de niche, le réalisateur/scénariste brosse bien évidemment les fans dans le sens du poil, et il est évident que si Cult of Chucky s’adresse à une audience, c’est bien à celle portant des perruques couleur carotte et des salopettes bleues lors des conventions horrifiques. Ceux-ci seront d’ailleurs bien heureux de découvrir qu’un dialogue sur trois semble faire écho à quelques phrases cultes des opus passés, et surtout que pour capter quoique ce soit à ce vol au-dessus d’un nid de coucous ensanglantés, il vaut mieux avoir une solide connaissance du mythe Chucky. Spectateurs ne gardant qu’un vague souvenir des volets déjà passés par vos magnétoscopes et lecteurs DVD, vous voilà bon pour faire quelques révisions, Le Retour de Chucky n’étant de toute évidence pas du genre à s’offrir au premier venu… Véritable réunion d’anciens élèves, il convie effectivement tous les personnages importants de la saga ou presque (restez d’ailleurs après le générique de fin pour en croiser un de plus), au profit d’un scénario auquel il n’est pas toujours aisé de se raccrocher. Mancini avait déjà pris un risque avec le sixième film, La Malédiction de Chucky, nettement plus noir que les précédents et renvoyant au genre gothique de la old dark house ? Il pousse le bouchon encore un peu plus loin, au risque de péter le plafond, en misant sur un script qui n’est définitivement pas à une audace près. La preuve : le tout s’ouvre dans le joli petit chalet d’Andy Barclay (première victime du diabolique bout de plastoc, de nouveau incarné par un Alex Vincent que l’on a connu marmot dans les deux premiers films), qui détient la tête décapitée de Chucky, qu’il se plaît à torturer au chalumeau quand l’envie lui prend. Un juste retour des choses…

 

 

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Mais alors, si la caboche du microbe se trouve dans un coffre-fort dissimulé dans un mur, comment expliquer que ce même Chucky est désormais en train de faire vivre un enfer à Nica (Fiona Fourif rempile, tout comme son père Brad en corde vocal du tueur miniature), paraplégique déjà tourmentée dans Curse of Chucky et désormais internée dans un asile psychiatrique ? Car bien évidemment, personne n’a avalé son histoire voulant que c’est Chucky qui a liquidé toute sa famille, et c’est cette malheureuse que l’on accuse du sinistre massacre. Et lorsque des meurtres sont à nouveau commis dans la maison des fous, c’est vers la triste cocotte que tous les regards se tournent… Si Mancini construit son récit sur une idée, c’est bien celle de l’impossibilité de la présence de Chucky à deux endroits distincts, et plus que jamais notre auteur va s’évertuer à brouiller les pistes. Un peu comme à la belle époque du film d’origine, où l’on avait vaguement tenté de faire croire que le petit Andy empilait possiblement les meurtres, on met le doute quant à la fragilité mentale de Nica, peut-être devenue zinzin et meurtrière. Oui mais alors, comment expliquer la présence de Jennifer Tilly (qui est bien entendu jouée par elle-même, même si ce n’est qu’une enveloppe charnelle gérée par Tiffany… Bref, revoyez Le Fils de Chucky si vous voulez suivre), amante de Charles Lee Ray toujours impliquée dans ses méfaits ? Et puis, avec deux poupées présentes dans les parages, il serait bien étonnant qu’aucune ne soit notre petite teigne préférée… Le Retour de Chucky joue donc sur un doute perpétuel, et l’implication de l’assistance se fera par sa volonté, assurée, d’essayer de deviner quel tour pendable Chucky a encore manigancé pour ruiner l’existence du casting tout entier.

 

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Plutôt prenant, d’autant qu’en bon jongleur, Mancini parvient à trouver un équilibre entre l’intrigue, plus psychologique, de Nica, et l’aspect purement splatter voyant le fléau de caoutchouc massacrer qui lui passe sous le scalpel. En cela, force est de constater que ce come-back compile plutôt bien les différentes humeurs d’un roman-fleuve aux chapitres variant les tonalités : l’angoisse des deux premiers répond présente, tout comme le fun des opus 4 et 5, tandis que le tour plus glauque et ténébreux entreprit avec le sixième métrage est toujours de la partie. Et sans se priver de développer une personnalité propre, en virant dans le délire absolu, pour ne pas dire dans la folie pure, au détour d’ultimes minutes sacrément gonflées, assurance que la saga ne sera plus jamais la même après cela. Une trahison ? Plutôt une volonté de ne jamais servir deux fois le même plat aux habitués de la gargote Jeu d’Enfant, tout en tenant enfin certaines promesses restées lettres mortes depuis les prémices du mythe. Tant pis pour les esprits chagrins qui ont vu là un grand n’importe-quoi, nous y voyons pour notre part un joli rebond pour une saga déjà longue, autant qu’une belle preuve de courage. Dans le même ordre d’idée, nous ne rejoindrons pas la horde de fâchés se plaignant que le tout est bien trop cheap pour une telle légende de l’épouvante : bien sûr que la patine DTV n’a pas le charme des premiers opus, mais c’est toujours mieux que de se taper des remakes ou reboots à tour de bras, non ? Et tant pis si un budget de plus en plus chiche condamne le tout à manquer de figurants, ou que la patine visuelle désarçonne un brin (avec des pièces soit entièrement blanches, soit complètement sombres, on a l’impression que l’hosto psy a été construit par Marilyn Manson), tout cela n’est qu’accessoire face au plaisir de retrouver un vieux pote toujours en grande forme. Et que l’on recroisera visiblement au détour d’une série télévisuelle, Mancini ayant avoué son intention de transférer le Brave Gars dans la division TV, à priori la dernière cachette pour les légendes d’antan comme Evil Dead. Une évolution logique au vu de Cult of Chucky, tant question scénaristique (jamais Mancini n’avait autant misé sur un aspect serialesque) que visuel (plus ça va, moins le tout ressemble à des vrais films, faut l’avouer). Une chose est certaine, on sera au rendez-vous, en espérant saluer une fois de plus la générosité, la fidélité aux fans de la première heure, la constance dans la qualité et une bravoure que certains voient pourtant comme de l’effronterie ou de l’irrévérence. Pas grave, cela colle fort justement avec l’état d’esprit d’un électron libre nommé Chucky.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Don Mancini
  • Scénarisation: Don Mancini
  • Production: David Kirschner, Ogden Gavanski
  • Titres: Cult of Chucky
  • Pays: USA
  • Acteurs: Fiona Dourif, Brad Dourif, Alex Vincent, Michael Therriault
  • Année: 2017

2 comments to Le Retour de Chucky

  • Roggy  says:

    Pas encore vu cet opus-là et je ne sais pas si je vais tout comprendre au vu de ce que tu racontes…

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