The Big Doll House

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On le sait, Roger Corman aime les jolies femmes, à plus forte raison si elles sont entassées derrière les barreaux. Pas étonnant que lui et son gardien Jack Hill referment les portes du pénitencier sur une poignée de demoiselles affamées de sexe pour le bien d’un Big Doll House diablement rentable. C’est que ça paie, la maison de correction…

 

 

Il est comme ça, notre Tonton Roger : il a beau avoir des doutes sur l’aspect moral de ce qu’il sort, si la plus putassière de ses sorties lui ramène des brouettes de biftons, il effacera ses scrupules dans la seconde. Il en est ainsi du Women in Prison Big Doll House, réalisé par Jack Hill en 1971, que Corman n’aime guère car allant à son goût un peu trop loin dans le sexe et la violence, il oublie bien vite ces réserves en découvrant que ses 100 000 dollars d’investissements dont devenus 4 beaux et grands millions. Content, le nabab finira bien évidemment par remplir d’autres geôles, enchaînant les WIP comme The Big Bird Cage ou Women in Cages, en s’assurant que la formule ne soit pas trop bouleversée d’un film à l’autre, histoire que le public y retrouve ses petits. Grand seigneur, il offre 20 000 dollars supplémentaires à Hill, se sentant redevable de ce bon petit soldat qui donna tant de lui-même pour faire grossir son compte en banque. Inespéré pour le réalisateur de Foxy Brown et Coffy, qui jugeait le script de Big Doll House faisandé au point qu’il prit la peine de le réécrire et d’y apporte un soupçon d’humour. Ca ne se bidonne pourtant pas des masses dans l’exotique pénitencier géré par Madame Dietrich (nom choisi pour rendre un drôle d’hommage à Erwin C. Dietrich, que Jack Hill détestait suite à quelques mésaventures sur le tournage de Je suis une Groupie), où la cheftaine des gardiens torture devant un étrange être masqué les détenues désobéissantes, le plus souvent jusqu’à ce que mort s’en suive… Pas étonnant que les plus braves décident de se faire la malle, à savoir la prisonnière politique Bodine (Pat Woodell, décédée en 2015), l’ancienne prostituée Grear (Pam Grier), la blonde dure à cuir Alcott (Roberta Collins, partie en 2008), la petite nouvelle Collier (Judith Brown), la junkie enfermée pour infanticide Harrad (Brooke Mills) et la mutique et amie des félins Ferina (Gina Stuart, en lieu et place d’une pornstar des Phillipines initialement prévue). Une fine équipe risquant sa vie pour enfin quitter les murs bien gardés de ce gnouf meurtrier.

 

 

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Ca ne fait pas un pli, Big Doll House est bien un film d’exploitation de son époque. Car tout y est, des jolies actrices que l’on envoie fréquemment sous la douche pour mieux perdre la caméra dans leurs courbes à un final explosif, où ça mitraille à tout-va entre deux palmiers. Sans oublier un obligatoire combat de vilaines filles dans la boue, des châtiments variés (coups de fouet, serpents pendus au-dessus d’une malheureuse, séances d’électrochocs sur les seins…) et une ambiance laissant la part belle au lesbianisme, Pam Grier étant ici une forte tête gardant sous son aile des esclaves sexuelles qu’elle manipule en leur offrant sa protection. Tout l’arsenal du cinoche d’exploitation des seventies, pour faire court, et bien sûr tourné avec un budget dérisoire en fricotant avec le Système D. Main d’oeuvre philippine pas chère, dialogues improvisés sur le tas, rajout de scènes pour profiter des talents cachés de certaines comédiennes (Brooke Mills maîtrise la danse classique ? Eh ben elle fera un petit ballet dans son cachot !)… Une future routine pour les équipes de Corman, dont un Sid Haig qui ne savait pas encore qu’il allait enchaîner une douzaine d’autres bobines sous le soleil d’Asie du sud-est. Ni que la jeune Pam Grier, qu’il coache, s’apprêtait à devenir une véritable star du genre (et d’autres), alors qu’elle n’était encore qu’une simple standardiste quelques semaines auparavant. Bref, Big Doll House, personne n’y croit véritablement, et certainement pas un Jack Hill assurant qu’il n’y a pas le moindre message à y dénicher, qu’il s’est contenté de remplir le cahier des charges sans cogiter plus que nécessaire. Un avis que ne partage pas la Pam, persuadée que l’on tient là un véritable film féministe.

 

 

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Qui croire, l’artisan ou la panthère botteuse de derches ? Les deux, ma bonne dame ! Car si Hill ne ment pas en assurant que l’on tient là un B Movie pur jus, surtout pensé pour satisfaire un public mâle à la recherche de jolies hirondelles se déplumant dans un nid grisâtre et peu accueillant, l’assistance féminine est pour sa part ravie d’avoir dans les mimines une production dans laquelle c’est les femmes qui ont le pouvoir, fait rare à l’époque. Une inversion des rôles particulièrement intéressante et élevant le produit fini au-dessus de la masse, les hommes étant ici soit des êtres facilement manipulables (Sid Haig, dont les filles utilisent les vices pour préparer leur escapade), soit des bonhommes proprement inutiles (le médecin de la prison). Voire même des victimes ! Ainsi, lors d’une scène de viol, ce n’est pas un loubard crasseux qui viendra profiter de l’intimité d’une proie naïve, mais bien la belle blonde Alcott qui menacera de sa lame un grand moustachu pour obtenir ce qu’elle désire : son sexe, si possible bien au fond d’elle. Pas tendres, ces bagnardes, si rudes que pour se venger d’une ennemie, elles forceront le vieux Sid (de toute façon pas contraire à l’idée) à agresser sexuellement leur cible.

 

 

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Rajoutez à l’ensemble une impression de chaleur absolue, un pessimisme total (pour le happy end, faudra repasser), un filmage sans défauts et, surtout, une psychologie mieux travaillée que la moyenne. Car incapables de se faire réellement confiance, voire même en train de faire naître des rancœurs et jalousies, les captives mettent en péril leur échappée à chaque instant, non pas par manque d’organisation mais parce qu’elles semblent incapables de s’entendre. The Big Doll House, s’il offre très exactement tout ce que chaque amateur de WIP est en droit d’espérer, est donc bien plus qu’une petite bande inoffensive. Pas un hasard si elle fera naître une tendance au sein des locaux de Corman, ni qu’une aura de culte finira par envelopper cette incarcération extrême, puisqu’à sa vision on se dit que l’on se laisserait bien enfermer, nous aussi…

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Jack Hill
  • Scénarisation: Jack Hill, Don Spencer
  • Production: Roger Corman, Jane Schaffer, Cirio H. Santiago
  • Pays: USA, Philippines
  • Acteurs: Judith Brown, Roberta Collins, Pam Grier, Pat Woodell
  • Année: 1971

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