Tentacules

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La trempette, le producteur Ovidio G. Assonitis connaît mieux que personne. Ainsi, bien avant de faire boire la tasse à un James Cameron pas encore intouchable pour mieux lui piquer son Piranha 2 : Les Tueurs volants, notre Italien enfilait déjà sa bouée pour aller donner la becquée à un gros poulpe dans Tentacules (1977).

 

 

On ne se rendra sans doute jamais suffisamment compte d’à quel point il était pratique de tourner un sous-Dents de la Mer. Non seulement c’était, dans les 70’s et 80’s, l’assurance de se faire un peu d’argent facile, mais en plus le genre « baignade interdite » permettait à toute l’équipe de profiter de lieux de tournage souvent paradisiaques. Pour le producteur de Madhouse (le slasher/giallo, pas la mise en abyme du cinoche gothique avec Price et Cushing) et American Ninja 4 et 5, il n’est donc pas question de trop réfléchir et de vite emballer son Tentacules avant que les fans de Jaws soient au sec. On le sait, la mode, ça se démode, et il s’agit donc de ne pas se laisser flotter mais plutôt d’y aller de sa brasse franche et énergique. Bien sûr, en bonne Série B qui se respecte, cette bobine aux grosses ventouses subira son lot de déceptions : l’énorme pieuvre valant 1 million de dollars construite par l’équipe technique coulera dès qu’elle sera balancée à flotte, devenant dès lors un énorme gâchis de flouze, et le casting d’abord imaginé devra être entièrement revu, Yul Brynner (Westworld) et John Houseman (Rollerball, Fog) n’honorant pas la barque Tentacoli de leur présence. Pas grave, des vieilles gloires forcées de cachetonner dans des petites productions campy venues d’Europe, on en trouve désormais sur tous les coins de trottoirs, et c’est donc John Huston (Chinatown), Henry Fonda (Les Raisins de la Colère), Shelley Winters (La Nuit du Chasseur), Bo Hopkins (La Horde Sauvage) ou Claude Atkins (La Bataille de la planète des singes) qu’Ovidio ramasse pour former son petit casting trois étoiles. Et tant pis si les têtes d’affiches que sont Huston et Winters sont totalement absentes des vingt dernières minutes de film, et qu’il ne pourra compter sur Fonda que lors d’une seule journée et que tous les plans bénéficiant de sa présence seront des plus statiques, la faute au pacemaker récemment installé sur l’acteur ! Car le principal, c’est bien qu’avec Tentacules, tout ce beau monde puisse inviter l’audience à se dorer la pilule.

 

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On ne va d’ailleurs pas se mentir : sans cette belle aura de bis balnéaire apportée par un tournage en Californie, cette version céphalopode du mythe inventé par Spielberg ne pisserait sans doute pas bien loin, peu aidée qu’elle est par un scénario au mieux médiocre. Non seulement la structure scénaristique sera bien évidemment pompée sur celle du Steven, avec tout ce que cela comporte de passages obligés (mouflet servant de cassoulet à une pieuvre mutante et particulièrement vindicative, découverte d’un corps en sale état, plongeurs attaqués, bateau démonté par l’animal…), mais en plus aucun effort ne sera fourni pour rendre les dialogues un minimum intéressants. Implication zéro donc, que ce soit pour l’enquête menée par un vieux journaliste (Huston) ou les tentatives de se défaire de la bête que mène un océanographe (Hopkins), et il est évident que l’entreprise est des plus mécaniques. Comprendre qu’Assonitis fait sien une structure pré-établie sans tenter de la personnaliser, et que ce soit un requin ou un gros fruit de mer qui se met à mâcher du nourrisson, ça ne change pas grand-chose. Peu de coeur a été placé dans l’entreprise et c’est rien de le dire, et si Assonitis est un metteur en scène plutôt méritant et sachant emballer efficacement son affaire,  il semble nager dans un océan de banalités, et ce alors que la sharksploitation et l’horreur aquatique n’en étaient encore qu’à leurs premières bulles.

 

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Heureusement que flotte dans cette mer de banalités quelques jolies séquences, comme une attaque nocturne voyant une victime féminine s’accrocher à une balise maritime, teintant de rouge la scène. Peut-être pas un moment de grâce ou l’équivalent amphibie de Suspiria, mais une scène plus marquante que la moyenne, tout comme celle voyant deux orques s’attaquer à la pieuvre lors du dernier acte, les épaulards se disputant un cadavre de calamar acheté sur le marché quelques heures auparavant. D’ailleurs, histoire de ne pas trop s’aliéner le grand public et peut-être se faire pardonner d’avoir balancé un bébé dans les appendices de sa bestiole, Ovidio joue les sentimentaux en faisant de ses deux orques des mascottes attachantes et amusantes. Toujours ça de pris, surtout lorsqu’il faut absolument masquer l’évidence : la pieuvre n’est jamais vraiment crédible. Passe encore lorsqu’elle n’est qu’une dépouille derrière laquelle on devine des assistants payés pour la faire bouger. Plus compliqué lorsqu’elle est mal incrustée à l’écran ou qu’elle se transforme en accessoire en caoutchouc moins crédible qu’un Playmobil de la collection Animaux de la mer.

 

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Mais voilà, malgré ses grosses carences et le fait que sa bande originale est repiquée à La Lame Infernale (1974), il est impossible de classer Tentacules dans la catégories des bisseries moisies. Bien que décevant au regard de son sujet, que l’on imaginait bien plus gore, le résultat n’en est pas moins bien foutu, notamment au niveau du montage (excellente scène de la course de planche à voile) et de son ambiance de vacances. Alors allez savoir si c’est parce qu’il caille sévère en ce premier trimestre 2018, mais ça fait du bien de voir une plage ensoleillée bordée de palmiers et des paquebots où se trémoussent quelques cocottes en bikini. Comme quoi, c’est pas si compliqué, de se réchauffer…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ovidio G. Assonitis
  • Scénarisation: Steven W. Carabatsos ,Tito Carpi, Jerome Max
  • Production: Ovidio G. Assonitis, Enzo Doria
  • Titres: Tentacoli (Italie), Tentacles (USA)
  • Pays: Italie, USA
  • Acteurs: John Huston, Shelley Winters, Bo Hopkins, Henry Fonda
  • Année: 1977

2 comments to Tentacules

  • Roggy  says:

    Il faudrait que je revoie ce « Tentacules » complètement oublié aujourd’hui. C’est pas « Les dents de la mer » à pleins de niveaux mais le casting est des plus intéressants.

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