House of Lost Souls

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Nous sommes en 1989, et qu’il est déjà loin le temps glorieux des zombies italiens, monstres furieux qui déferlèrent sur les vivants et les écrans au début des années 80. Un thème dépassé pour tout dire et presque anachronique au mitan de la décennie, simple relique d’un “âge d’or” aussi beau qu’éphémère (l’épopée fulcienne des années 79-81), et rogaton d’une tripotée de suiveurs aussi maladroits qu’attachants. Comme tous les mythes constitutifs d’un genre, et comme tous les filoni commercialement viables, le cadavre ambulant déserta peu à peu les salles et dépérit gentiment dans son coin après cette folle époque… pour finir dans le cadre étroit de l’écran domestique, comme simple élément décoratif : triste épilogue donc, puisque nos vindicatifs macchabées furent alors récupérés par la televisione, objets un peu risibles et ornementations fastoches de quelques téléfilms pas trop moches de gueule certes, mais tellement gris comparés aux œuvres des aînés. La dégénérescence du mythe suivit ainsi la chute du cinoche tel qu’on l’aime, métamorphosé en programmes télé sur une chaîne berlusconienne… Oui, ça pique un peu la gueule de le dire, mais c’est ainsi. Lamberto Bava par exemple, qui enfila une série de quatre téléfilms fantastiques pour la Reteitalia, réunis sous le titre Brivido Giallo. Dans le lot, deux titres diffusés en 1987 touchaient de loin au thème du zombie : L’Antichambre de l’Enfer (Una Notte al Cimitero) et Deux Amants Diaboliques (Per Sempre). Des machins pas trop mal, c’est vrai, mais quasiment parodiques quelque part, notamment L’Antichambre de l’Enfer : un film-train fantôme, dans lequel on trouvait quelques morts-vivants (assez mal grimés d’ailleurs), et où l’on assistait à un repas dégueulasse que savouraient une comtesse à huit yeux et des hard rockers zombifiés… Oui, c’est pas L’Enfer des Zombies, peut-être même pas Zombi Holocaust

 

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Deux ans plus tard, et dans le même rayon, la Reteitalia commandait une autre série de quatre segments fantastiques, appelés génériquement Le Case Maledette ; quatre maisons maléfiques pour autant de téléfilms donc, théâtre télévisuel du lent crépuscule de nos idoles : comprendre Lucio Fulci (qui commit les deux premiers épisodes) et Umberto Lenzi (chargé des deux derniers).  Eh oui, deux figures essentielles du cinéma bis italien étaient convoquées  pour mettre en boîte ces toutes petites choses, comme un signe terrible que la conclusion était advenue et que les fins de carrière sont parfois difficiles, et sacrément tristes…  Il y a peu, nous devisions ici du premier Umberto Lenzi dans la série, La Casa del Sortilegio : une pelloche honorable certes, mais qui souffrait d’un scénario en rond-point et d’une interprétation globalement naze… Clairement, l’épisode intitulé La Casa Delle Anime Erranti (House of Lost Souls dans sa version anglaise) relève un peu le niveau, et ce malgré l’étroitesse structurelle du budget et les arguments plutôt convenus de son scénario : hôtel hanté et vengeance d’outre-tombe. Qui a dit banal ? Tout le monde, mais l’on sait bien qu’originalité n’est pas forcément gage de qualité, surtout quand on cause d’Umberto Lenzi.

 

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Car avec La Casa Delle Anime Erranti, le spectateur ne sortira jamais de sa zone de confort : d’abord, le film est fabriqué d’après l’éternel canevas d’une bande de jeunes en goguette, prise au piège d’une bâtisse maudite (sise cette fois dans la commune montagneuse de Borgo Pace, au nord-est de la Botte). Parmi lesdits jeunes gens, une nana vaguement médium (Carla), plus un gamin tête à claques et bavard (Gianluca)… mais quand même plus sympatoche que les chiards de Stranger Things. Pas difficile non plus. Sauf qu’en vieux briscard du ciné bis, Lenzi sait marcher dans les clous comme personne : pour mettre en appétit, la séquence d’ouverture qui arrache, puis l’instant “caractérisation des persos” juste après (dialogues un peu chiants donc), avant l’inévitable élément déclencheur qui survient : merde, la route est barrée, et voilà donc nos héros déviés de leur chemin vers l’hôtel dell’Ermita… Pas exactement le Crillon pour tout dire, mais plutôt l’Overlook, eu égard aux massacres passés qui furent perpétrés derrière ces murs… dont un gosse quand même, flingué à la hache. Si les maisons n’ont pas de mémoire, leurs murs ont la dent dure, et notre petite bande l’apprendra à ses dépens… Zone de confort disions-nous, car la musique de Demons (plage Killing) résonne d’entrée dans le poste, accompagnant les cauchemardesques visions de Carla. Le fameux morceau de Claudio Simonetti scandera ainsi tout le film, à chaque fois qu’hallucine la donzelle en tout cas… Bon, le péché est vénal puisque c’est l’ami Claudio qui signe la BO de cette Casa, comme il avait commis celle du Sortilegio. Zique reconnaissable entre mille d’ailleurs – avec parties communes aux deux films – et qui donne encore à la chose ce cachet so 80’s, fait de rythmes endiablés et de synthés en cascade… Au-delà de l’entourloupe, House of Lost Souls enquille aussi tous les attendus du genre dès que nos jeunes pénètrent dans l’hôtel : hallucinations auditives, portes qui grincent, objets qui bougent ou qui saignent, jouets démonisé, enfance maléfique, apparitions spectrales, cave inquiétante avec toiles d’araignées incluses, et nénettes qui cheminent nuitamment dans d’obscurs corridors, jusqu’à ce qu’elles tombent sur ces dangereuses “âmes errantes”… Rien ne manque en fait, pas même les clichés : l’étrange et mutique proprio, les solennels avertissements des gens du cru, et même la bagnole qui ne démarre plus.

 

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Rien de nouveau sous la lune donc, mais la lumière sélénienne est belle dans cette Casa, et Lenzi enchaîne les surprises comme les manèges à la foire, sans que l’on n’ait le temps de bâiller. En fait, le film est rythmé par les Aituo ! des futures victimes, annonçant à chaque fois quelques chouettes séquences : d’abord, une nana est enfermée dans une chambre froide au milieu de cadavres bien amochés, et puis des araignées agressives se souviennent soudain de L’Au-delà (et de Le Porte dell’Inferno du même Lenzi), avant qu’une fifille ne soit exécutée au couteau de boucher par un spectre en salle de bains (Shining…). Last but not least, les têtes sont joyeusement coupées dans House of Lost Souls… au point qu’un tambour revanchard de machine à laver décapite le petit Gianluca ! Oui, Lenzi n’hésite pas à ruer dans les brancards d’une certaine bienséance à l’occasion de cette Casa… On ne s’en plaindra pas ! Bref, impossible de s’ennuyer dans cet hôtel aux mille morts, et l’inévitable ventre mou passe même bien la rampe (l’enquête sur l’histoire tragique dudit hôtel). Sans compter un dernier quart au cours duquel le Mal déchaîne sa colère dans la baraque et libère définitivement les fantômes du titre, sous la forme de zombies bien énervés et armés jusqu’aux dents, dont un mort-vivant très Krishna : un clin d’œil évident au Zombie de Romero… et peut-être même au Frayeurs de Fulci avec ces morts-vivants qui apparaissent / disparaissent à leur aise. Quand on vous parlait de confort…

 

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OK, on regrettera un casting de troisième zone (télévision oblige), si l’on veut bien excepter le Japonais Hal Yamanouchi (ici Yamanouchi Haruhiko) qui fréquenta avant cela les plateaux du post-apo italien (Le Gladiateur du Futur, 2020 Texas Gladiators, 2019 Après la Chute de New York…). Il endosse ici la défroque du moine bouddhiste Asha Krisna, revenu d’entre les défunts pour réclamer vengeance. Notons aussi la présence du vétéran Charles Borromel (Horrible, Caligula – la véritable Histoire, Ladyhawke, la Femme de la Nuit…), dans le rôle du mystérieux propriétaire des lieux. A chaque téléfilm sa guest star en quelque sorte : nous eûmes Paul Muller dans House of Witchcraft, nous avons Charles Borromel dans House of Lost Souls. OK encore, Umberto Lenzi se plaît à mixer les motifs de folklores très disparates, sans souci d’homogénéité thématique : en un mot, que viennent foutre ici cette statue de Bouddha qui saigne, ce médaillon griffé “Mandalay” et ce moine dans son kesa orange ? Un orientalisme de bazar, mal marié à la hantise de base et à la malédiction ordinaire… Mais qu’importe, le film est bien moins désuni que son jumeau, plus direct et plus ramassé dans sa narration, plus efficace comme on dit, et parfaitement emballé par un Umberto Lenzi qui roulait déjà depuis des lustres dans l’univers du cinoche italien. Rien de transcendant évidemment, mais l’assurance de passer une bien belle soirée dans les chambres hantées de l’Hôtel dell’Ermita. Au passage, méfiez-vous quand même des moines bouddhistes…

David Didelot

 

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  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Umberto Lenzi
  • Production: Massimo Manasse, Marco Grillo Spina
  • Titres: La casa delle anime erranti
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Joseph Alan Johnson, Stefania Orsola Garello, Matteo Gazzolo
  • Année: 1989

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