Asylum

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Nous finirons tous à l’asile, créant des répliques de Vincent Price avec la mie de notre pain quotidien ou parlant à nos beaux posters de George Eastman, c’est une certitude. Mais en même temps, si c’est pour se voir offrir un bon matelas et des draps propres dans la casa Amicus, nous serions bien cons de refuser, non ? Un tour du propriétaire s’impose tout de même avec Asylum

 

 

 

La Amicus ou la version cinoche des EC comics, façons Tales from the Crypt ou The Vault of Horror. Difficile en effet de voir autre-chose en cette maison de production apparue dans le sillage de la Hammer, et qui pour se distinguer de son évidente rivale misa largement sur le film à sketch. Histoires d’Outre-Tombe, Le Club des Monstres ou La Maison qui Tue sont autant d’exemples de bandes omnibus compilant de 3 à 5 ou 6 histoires selon les cas, au point que la Amicus devint l’un des plus évidents synonymes du métrage à récits multiples. Non pas qu’elle ne fit que ça, et l’on dénombre de nombreuses tentatives plus classiques question format, mais si le public apprécie un tour de train des épouvantes avec des wagons aux coloris différents, chacun renfermant un monstre qui lui est propre, pourquoi retourner à la gare pour n’y louer qu’une seule et même locomotive ? Asylum, ou Les Mystères d’Asylum pour sa sortie en salles, prendra donc également les contours d’une hydre à plusieurs têtes, même si la racine du mal reste la même, le premier et en même temps dernier sketch servant de lien entre tous les autres. A savoir l’arrivée dans le fameux asile d’un jeune psychiatre, le Dr. Martin, désireux de se faire embaucher dans cet établissement reculé et ne comptant visiblement que quelques rares internés. Mais surprise, alors qu’il pensait tomber sur le Dr. Starr avec lequel il profita d’un échange de courriers, il rencontre en fait son collègue Rutherford, à la tête de cette petite entreprise qui ne connait pas la crise depuis que Starr l’a attaqué dans le dos et s’est donc retrouvé enfermé dans l’une des chambres pour malades mentaux, pour cause de changement de personnalité. Soucieux de mettre sa possible nouvelle recrue au défi, Rutherford lui propose un petit jeu : si Martin parvient à découvrir lequel des patients est Starr, désormais une toute autre personne, il sera engagé. Et le jeune praticien de passer de quartiers privés en quartiers privés, écoutant les histoires ayant rendus dingues tous ces braves gens, espérant y découvrir le véritable Starr… Et peut-être le soigner ?

 

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Il y a des films comme ça qui semblent tenir de la dream-team, et Asylum en fait définitivement partie. Dans les coulisses, ce bon vieux Roy Ward Baker, l’un des meilleurs transfuges de la Hammer (Les Cicatrices de Dracula, The Vampire Lovers, Dr Jekyll et Sister Hyde), à la réalisation ; et au scénario Robert Bloch, popularisé pour être à la base du classique parmi les classiques qu’est le Psychose de tonton Alfred. Devant la caméra, une palanquée de personnalités un jour vouée à devenir des petits noms du cinéma, horrifique ou non, quand ce n’était pas déjà fait : l’inévitable Peter Cushing bien sûr, le bon Herbert Lom (La Marque du Diable), le jeunot Robert Powell (The Asphyx, Harlequin), la blonde Britt Ekland (The Wicker Man), Barry Morse (le méconnu mais très bon L’Enfant du Diable, aka The Changelling), James Villiers (Blood from the Mummy’s Tomb), Charlotte Rampling (Portier de Nuit, Orca, Zardoz pour citer un peu de cinoche dans nos cordes), Geoffrey Bayldon (La Maison qui Tue) et le vieux copain Patrick Magee (Orange Mécanique, Le Chat Noir selon Fulci, Dementia 13). Un listing long comme le bras et qui ne débande pas (ah, Britt…), une véritable réunion de malfaiteurs de la culture horrifique, répartis dans quatre histoires misant bien évidemment sur un suspense de tous les instants. Après le petit placement du décor et des enjeux, on débute donc avec une pauvre demoiselle rendue givrée parce qu’elle et son amant tentèrent de se débarrasser de la légitime de ce dernier. Plutôt pervers, ils optent pour le débitage à la hache puis par l’empaquetage, les morceaux de Madame étant ensuite conservés au frigidaire. Pas pour longtemps, car ces paquets cadeaux éparpillés se mettent à bouger et semblent bien décidés à accomplir leur vengeance. Pas mal comme entrée en matière : ça débute comme un bon épisode de Columbo, le borgne au vieil imperméable en moins, et ça se termine dans la plus pure tradition des Contes de la Crypte, avec une impensable chute se voulant bien glauque. C’est correctement mené, ça n’ennuie pas, on pense un peu à La Vérité sur le cas de Monsieur Valdemar selon Poe et le tout met dans l’ambiance sans avoir à forcer. On regrettera tout de même que le manque de flouze de la Amicus limite également un peu l’aspect horrifique de ces attaques de membres arrachés. On devine en effet les fils tirant ces mimines et jambes débitées, et on aurait trouvé plus flippant que le corps se reforme, toujours emballé, et prenne une revanche bien mérité. Mais il en est ainsi des petits budgets tournés à l’économie et à vitesse grand V : on n’a pas toujours tout ce que l’affiche nous laissait rêver…

 

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Taillage de costards pour la deuxième histoire, celle d’un pauvre tailleur pas loin de se voir expulser de sa boutique, les affaires marchant si mal qu’il ne pourra bientôt plus payer le loyer. Heureusement, Peter Cushing et sa classe naturelle passent sa porte, demandant la confection d’un étrange costume, qui ne doit être cousu que de nuit et dans un étrange matériau, argenté et passant par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Et on n’en révélera pas trop de ce qui est très probablement le moment fort d’Asylum, et pas seulement parce que le Peter gratifie le segment de sa présence : avec son ésotérisme renvoyant à Lovecraft, son climat lourd comme un nichon de Guy Carlier et son final nettement plus marquant que ceux des autres parties, ces quelques minutes passées à enfiler une veste très disco forment le meilleur du film. Du coup, la suite immédiate à un peu de mal à tenir la comparaison… Ce n’est pourtant pas faute d’avoir deux beaux arguments en sa faveur : Ekland et Rampling, toutes deux très mignonnes évidemment, mais malheureusement coincées dans un récit on ne peut plus prévisible. En mauvaise santé et sortant de clinique, la Charlotte trouve que son frère et l’infirmière nouvellement embauchée pour s’occuper d’elle en font un peu trop. Au point qu’ils en deviennent suspects, ce que vient souligner sa meilleur amie Britt, venue en cachette lui proposer une petite escapade entre filles… Sauf que lorsque la Rampling retrouve son frangin, le pauvre a des ciseaux plantés dans les tétons… On la voit un peu venir, la terrible révélation, qu’on ne dévoilera pas ici pour ne pas dévoiler de surprises, mais faut bien admettre qu’il n’y a pas grand-chose à spoiler, tout semblant clair comme de l’eau de roche.

 

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Et pour conclure, on se dirige vers l’antre d’Herbert Lom, persuadé qu’il est un grand savant capable de créer de petites figurines (dont une à son effigie… mais qui ressemble surtout à Donald Trump !) capables de se mouvoir sans piles, l’esprit de leur géniteur étant si fort qu’il est capable de recréer ses organes vitaux dans ces petites coques. Original mais un peu court, car tout ceci ne survient que le temps de deux scènes, le vieil Herbert ne bénéficiant pas de tout un flashback à sa gloire, son récit se contentant du temps présent et servant surtout de levier pour amener la fin petit à petit. On n’en dira pas plus, mais sachez que si Asylum fut quelquefois un peu mou du genou, au moins a-t-il le chic de se finir de façon à tatouer les mémoires. On sent venir le bazar, c’est certain (d’autant que le menu du DVD vendait un peu la mèche, ce qui est bien évidemment très con), mais ça fonctionne et termine de donner une bonne image de cet Amicus mineur. Dommage que ça traîne parfois un peu des babouches, et que la bande-son n’est pas toujours adéquate : en débutant sur du Mussorgsky épique alors qu’il ne se passe rien à l’écran, Roy Ward Baker commet une faute de goût. Et il s’en offre une deuxième en balançant quelques sonorités ironiques lorsque les bras et jambes coupées se mettent en marche, anéantissant l’esprit d’épouvante de la scène en quelques accords… Forcément dommage, et de quoi atténuer un peu la réussite, certes maigre, d’une bonne petite descente dans la folie, au charme suranné et donc précieux. On se laissera donc enfiler la camisole sans se plaindre.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Roy Ward Baker
  • Scénarisation: Robert Bloch
  • Production: Amicus
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Robert Powell, Patrick Magee, Peter Cushing, Herbert Lom
  • Année: 1972

2 comments to Asylum

  • Mighty Matt  says:

    Ha, mec, j’ai toujours adoré La Maison qui Tue (édition Bach Films chopée dans un tout à deux euros à la sortie du bahut)… On causait il y a peu de la Amicus avec Sam mais pas forcément incollable sur leur catalogue, j’ignorais l’existence de ce Asylum… Tu viens de me le vendre p’tit saligaud ! L’image du petit robot joue beaucoup, je l’avoue…

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