Redneck Zombies

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« Ca y est c’est le week-eeeend » beuglait Lorie lorsqu’elle n’était qu’une blondinette faisant la joie des petites filles à couette, encore bien loin qu’elle était d’imaginer que se mettre au vert pouvait vous précipiter six pieds sous terre. Le bisseux ne le sait que trop bien, lui, et ne sera donc pas surpris de découvrir que dans Redneck Zombies, la journée camping mute en une vilaine invasion de péquenauds crachant de la bile toxique. Et c’est ça qui est chouette.

 

 

Redneck Zombies, c’est le conflit générationnel fait film. C’est qu’à moins d’avoir été un grand ado boutonneux dans les années 80, peu de chances que cette virée à la campagne en compagnie de cadavres cannibales emballe grand monde. Ni les vieux de la vieille nourris à la noble épouvante couchée sur pellicule, ni les petits jeunes biberonnés au fantastique propret et sentant bon l’adoucissant à la lavande, ne retrouveront leurs petits dans ce petit Z tourné entre amis tout au long de l’année (la fine équipe ne se libérant que pour les week-ends) et finalement sorti par Troma (comme c’est surprenant) en 89. Alors bien évidemment, c’est à du shot on video pur jus que l’on s’expose, et oui, pour prendre son pied devant le premier film de Pericles Lewnes, mieux vaut considérer que c’est encore dans les vieilles K7 que l’on trouve les meilleures soupes bis. Les bons trentenaires ou quarantenaires bedonnants, ceux-là même qui ne vont se coucher qu’une fois leurs collection de magnétoscopes complètement dépoussiérée, seront donc tout contents de découvrir que Redneck Zombies est bien de son époque : image cracra d’une VHS en fin de vie, tons jaunâtres que l’on ne retrouve d’ordinaire qu’au fond d’un urinoir, son bien loin d’être en 5.1… C’est clair, la réédition au format 4K, c’est pas pour la fin du mois ! Le propos de Lewnes n’est de toute façon jamais dans le formel, et le bonhomme, avec les misérables 5000 dollars dont il dispose pour finir son film, ne pense sans doute pas qu’il a accouché du nouveau La Nuit des Morts-Vivants. Et le producteur et responsable des effets spéciaux Ed Bishop non plus, d’ailleurs, bien conscient que leur pauvreté et leur méthode do it yourself condamne leur premier essai à un rendu particulièrement cheesy. Du coup, puisque les zomblards ne sont rien d’autres que des membres de leur famille avec quelques cornflakes collés sur la gueule et que le gore est constitué de saucisses et côtelettes pas fraîches, autant y aller à fond dans le ringard, non ?

 

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Et puis, ce n’est pas comme si les zouaves avaient l’intention de taper dans le sérieux aux sourcils froncés. Au point qu’ils ne savent pas réellement de quoi parle leur propre Redneck Zombies, le script arrivant après le choix du titre, voulu percutant et aguicheur. Et puis merde, avec si peu de flouze en poche, collecté auprès des amis et parents, la fine équipe se contente d’un récit on ne peut plus basique, un militaire un peu con (mais qui ne l’est pas dans les parages ?) perdant un fût radioactif dans la nature. Fût bien évidemment récupéré par des bouseux qui vous feraient passer la famille de Leatherface pour un congrès de psychothérapeutes, et nos bonshommes étant des illettrés de première, ils sont incapables de lire les avertissements inscrits sur le baril. Du coup, ils utilisent le liquide verdâtre comme une bonne vieille gnôle et décident de se faire un peu de pèze en revendant leur précieux breuvage à tous les campagnards de la région, les transformant tous en de vilains cadavres trainant la patte… et tout contents de pouvoir se faire les chicots sur le petit groupe de potes venus fumer des joints dans leurs tentes, bien sûr !

 

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Pour les sous-textes à la Romero, on repassera, Lewnes et ses copains étant moins disposés à verser dans la critique sociétale qu’à se gausser comme des gamins attardés à la moindre vanne de goût douteux (comme nous, en somme). Certes, on aura bien quelques lignes de dialogues anti-tabac, un peu sorties de nulle-part qui plus est, mais du reste, c’est la foire au gag à la South Park, toujours dans ce mélange entre humour visant sous la ceinture et gore ravi de rougir le tableau. L’un des rednecks retrouve un bassin sans tronc ? Il se demande s’il ne devrait pas en profiter pour s’offrir une petite séance de nécrophilie. L’un des campeurs se voit forcé de faire une petite autopsie sur l’un des zombies, histoire d’en savoir plus sur leur constitution ? Il la fera dans une hystérie proche de celle d’un Daffy Duck en plein pétage de plomb, surjouant au possible et gardant même pour lui certains des objets retrouvé dans le bide du défunt. C’est pas tout à fait Day of the Dead quoi, et plutôt que de travailler la psychologie de ses nombreux protagonistes, Lewnes préfère se rire d’eux en les rendant stupides, efféminés, froussards ou lâches. Peut-être pour ne pas être réduit au statut de Guy Montagné des cimetières irradiés, le réalisateur se fend tout de même de quelques séquences plus sérieuses, telle la découverte d’une pauvre blonde séquestrée par des maniaques tout droit sortis de l’œuvre de Tobe Hooper (auquel on emprunte également la figure de l’auto-stoppeur dingo) ou celle, pas loin d’être poétique, du vendeur de clopes. Souffrant d’un atroce cancer de la bouche le changeant en un cousin d’Elephant Man et qui le force à se cacher derrière un sac, notre homme aux cordes vocales de grizzly qui aurait avalé un chips de travers parcourt les champs pour vendre un peu de tabac et philosopher un brin. Des moments « autres », en périphérie de l’esprit de Redneck Zombies, du reste totalement dévoué à un esprit Troma assumé et revendiqué.

 

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Dès lors, si pour vous le gore se doit de sortir des ateliers de Tom Savini, Rob Bottin ou Rick Baker, et certainement pas de l’arrière-boutique de Simone, votre bouchère préférée, autant faire demi-tour avant que les zombies portant la casquette et la chemise à carreaux ne vous dégueulent dessus. Ici, on fait avec les abats que l’on a bien voulu nous prêter, on utilise des ballons pour générer des excroissances sur les nuques des infectés et de la purée d’épinards fera l’affaire lorsque les monstres subiront une décomposition accélérée, rendue possible par l’utilisation de déodorants (!). Bien sûr, présenté ainsi, ce n’est pas glamour pour un sou, mais une fois à l’écran cela fonctionne plutôt bien, au point que Lloyd Kaufman lui-même demandera à Lewness de s’occuper des effets de plusieurs de ses films, comme les Toxic Avenger 2 et 3 ou Sgt. Kabukiman N.Y.P.D.. A raison car le système D, souvent castrateur chez d’autres créatifs, permet à Redneck Zombies d’offrir à son audience une poignée de jolis moments, à même de donner des cauchemars à votre femme de ménage. Tête éclatée dont s’échappe du jus de pastèque, pauvre donzelle scalpée à main nue (le zombie finira par manger la touffe de cheveux !), marteaux dans le crâne, tripatouillage de viscères dans la bedaine d’un type fraichement éventré, décapitation à la machette, dépouille trop vivace dont il ne reste plus que le torse… Un véritable abattoir en plein air pour faire bref, où travaillent quelques ouvriers parfois à côté de la plaque (comme de juste, les interprètes jouent comme des berlingots), mais toujours avec le sourire. Et ce même lors des passages les plus outrageants, telle ces ultimes minutes voyant l’unique survivante se faire violer par un revenant obèse et crasseux, ce qui la conduira tout droit dans un hosto psychiatrique. Pas toujours très fendard donc, ce Redneck Zombies, qui planque derrière ses croutes juvéniles une âme de film grindhouse vilain comme il faut. Preuve en est un combat bien foutu entre la final girl de service et trois macchabées dans une cabane crasseuse, à l’ambiance putride et véritablement dérangeante…

 

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Dommage que la troupe veuille en faire un peu trop en visant les 90 minutes de durée, ce qui en fait 10 ou 15 de trop au compteur, d’autant que le métrage ne démarre qu’après 35 minutes de sketchs à la qualité variable. Un rythme un peu plus resserré, quelques personnages en moins (mais pas touche au mutique à l’air peu concerné, la main constamment vissée à la bibine, c’est le meilleur du lot !) et on n’était pas loin de tenir un véritable film culte. En l’état, c’est avec un très bon no budget movie qu’on se retrouve dans l’assiette, jadis sorti en VHS par ces inspirés Messieurs d’Uncut Movies. Dommage que Pericles Lewnes n’insista pas dans le genre « gros cassoulet bien gras » (on lui doit un Loop visiblement très étrange, démoulé en 2007), il y avait là une filmographie prometteuse à faire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Pericles Lewnes
  • Scénarisation: Fester Smellman
  • Production: Pericles Lewnes, George Scott
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lisa M. Dehaven, Tyrone Taylor, Darla Deans, Bucky Santini
  • Année: 1989

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