El Enigma del Yate

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Pour des zigues comme nous, Carlos Aured est un réalisateur qui coche toutes les cases. Certes, l’Espagnol n’aura shooté qu’une petite quinzaine de films du début des années 70 jusqu’au milieu des années 80, mais la politique du chiffre n’est pas forcément de notre goût : qu’importe le nombre en fait, pourvu qu’on ait le plaisir et l’ivresse. En l’occurrence, celle distillée par une filmo quasi parfaite, et terriblement grisante pour les bisseux que nous sommes. Oh bien sûr, non au sens purement qualitatif de l’épithète (car j’en vois déjà qui grincent du dentier) ; mais dans l’immense armoire du cinéma bis, Aured remplit les tiroirs des genres les plus incitatifs, ceux qu’on a envie d’ouvrir rien qu’à l’odeur qui s’en dégage. Qu’on pense d’abord aux beaux objets de l’âge d’or – celui du ciné de terror espagnol ; le Caudillo gouvernait encore à l’époque (plus pour très longtemps ceci dit), mais avec les Klimovsky, de Ossorio et autres Javier Aguirre, Carlos Aured balançait deux ou trois pépites qui font encore les belle soirées dans nos chaumières : le superbe El Espanto surge de la Tomba (1973), le très bon L’Empreinte de Dracula (nouvelle aventure – sans le dire en français – du loup-garou Waldemar Daninsky), ou l’égyptisant La Venganza de la Momia (1975). Bref, les années Naschy en quelque sorte, le segment Profilmes de la période, rayon on ne peut plus garni qui réjouira encore et toujours les fans du bestiaire fantastique le plus folklo… mais qui ne résume pourtant pas la petite carrière de Carlos Aured.

 

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Car dans les mêmes eaux, le mec s’essayait aussi au giallo avec le très honnête Los Ojos azules de la Muneca rota (alias House of Psychotic Women, 1974), thriller vaguement érotique rehaussé de la présence de l’ami Naschy et de la belle Diana Lorys. Et puis après les années Franco (le Général, pas le petit Jesus), Carlos Aured s’engouffrerait comme ses compères dans la brèche laissée ouverte par le bon vent des libertés retrouvées : comprendre le cul, le nichon, le poil, la partouze et la donzelle en chaleur, prête à toutes les cochoncetés après des années de rétention libidinale. A partir de là, l’Espagnol plongerait tête la première dans le cinoche qui trique et la séquence qui mouille : trique à la sauce légère certes, ce qui, parfois, n’interdit pas au réalisateur quelques belles sorties de route… Côté soft, on retiendra par exemple les piquantes comédies que furent El Fontanero, su Mujer, y otras Cosas de Meter… en 1981, ou El Hombre del Pito mágico en 1983 (avec la jolie Andrea Albani, qui mourut bien trop tôt, à l’âge de 34 ans…). Côté plus osé, et plus sérieux, il faut citer ce magnifique Trio pervers de 1981, avec la très excitante Andrea Guizon qui, quelques années plus tard, jouerait les femmes perverties dans le beau film éponyme de Joe D’Amato : la dame est ici prise dans les filets et dans les griffes d’un ménage légèrement pervers, qui l’initiera aux joies de la soumission et des jeux sexuels les plus chauds (un avatar d’Histoire d’O en quelque sorte). Et puis comment oublier le mythique Apocalipsis Sexual (1982), alias Je suis une petite Cochonne (vous voilà prévenus), avec Ajita Wilson et… Lina Romay : la muse de vous savez qui bien sûr, et l’égérie mutine d’Aured en cette période, puisqu’à l’affiche de (presque) toutes les coquineries de l’Espagnol. Faux film de kidnapping et vrai bande hardcore dans sa version intégrale, Apocalipsis Sexual affleure les motifs du rape and revenge sans en remplir toutes les clauses… En fait, la malheureuse victime accepte assez bien les sévices sexuels auxquels l’oblige la petite bande qui l’a enlevée, ce qui nous vaut quelques folles séquences tournées vers l’intromission d’objets divers dans les parties les plus intimes de ces dames : gode, bouteille, queue de billard, collier, et même couteau… Un vrai porno cool quoi qu’il en soit (les ébats d’Ajita et de Lina…), comme Le Plombier de ces Dames tourné à la même période et réalisé pour Alpha France, avec… Lina Romay.

 

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Quand on vous disait que le gars cochait toutes les (bonnes) cases : films d’épouvante, thrillers, petits érotiques et pelloches pornos… jusqu’à la case « horreur » en fin de carrière, car l’Espagnol revenait alors au filon des origines pour terminer en beauté : par des chemins de traverse certes (fini les vieux monstres), ce qui ne veut pas dire qu’Attrapados en el Miedo (1985) fut un film honteux, loin s’en faut. Horreur et thriller pour être précis, comme un retour aux belles heures du « giallo paella » et comme en témoigne cet El Enigma del Yate réalisé en 1983 (l’énigme du yacht donc). C’était alors la queue de comète du genre, mais Aured saurait (peut-être) assaisonner la chose aux attentes de l’époque et aux modes du temps. Belle bourgeoise mariée à Carlos – un latin lover en carton -, Natalia n’est pourtant pas dans son assiette question sexe : la nana est même bien coincée de l’abricot, totalement névrosée pour le coup, et ce n’est guère étonnant si son époux fricote avec cette belle brunette de Blanca, femme de Jorge : le psychiatre de Natalia. Vous suivez ? Non ? Pas grave en même temps, car les intrigues psychologico-érotiques du film ne sont pas non plus super excitantes. N’empêche qu’un soir, la belle blonde flingue sans sommation une espèce de violeur qui s’était introduit chez elle… Mais voilà, tout se passe dans sa tronche en réalité, la gonzesse fantasmant à fond et hallucinant à mort. Une petite croisière entre amis ne sera donc pas de trop pour recouvrer la santé mentale, meilleure thérapie des riches bobos et des gens oisifs. Croisière meurtrière s’il en est, mais ça, Natalia ne le sait pas encore…

 

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Le premier quart d’heure du film annonçait pourtant du bon avec ses prémisses giallo et ses conclusions slasher. Dès l’entame, Aured enquille les figures du thriller qu’on aime (bourgeoisie cramée, profils duplices, psychés tourmentées, interactions troubles entre les personnages, traumas passés…), accommodant tout cela aux motifs du slasher tout puissant : comprendre ce jeu dangereux du chat meurtrier et de la belle souris dans une demeure enténébrée, dont Aured décline parfaitement la grammaire via la caméra subjective, la respiration lourde, la photo en bleu et cette musique toute 80’s – presque carpenterienne par endroits… Il faut dire que l’époque est propice. Bref, ça démarrait pas mal honnêtement, et l’idée même d’un petit thriller marin n’était pas pour nous déplaire. Et puis l’argument de base pouvait aussi réjouir les obsédés de la culotte : deux jolis couples sur un yacht, qui passent leur temps à ne rien foutre… Oui, on pouvait s’attendre à quelques galipettes bien senties, surtout quand on connaît le pedigree du réalisateur. Pourquoi pas après tout ? Mais tu l’auras dans le baba ami érotomane : rien à signaler question fesses et nibards, si ce n’est quelques séances de bronzette sur le pont… Triste. La Croisière s’amuse certes, mais nous beaucoup moins, tant le film s’étire en instants vains dès qu’on monte à bord : les deux mecs pêchent à la ligne, les nanas se tartinent les jambons de crème bronzante, tout ce petit monde joue aux cartes, boit un café, tout en causant… et en causant encore, au son d’une BO casse-burnes qui plus est : celle de l’ascenseur de votre immeuble, en moins punchy.

 

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D’accord, tout cela pue la machination sévère et sent le méchant complot, mais Aured n’atteint jamais cette tension psycho-sexuelle qui fit le sel des bons giallos. Pourtant, le huis clos du navire constituait un bel adjuvant et une plus-value enviable, mais non… On s’emmerde sec quoi, et ce n’est pas le constant glouglou du roulis qui réveillera nos ardeurs. En son milieu, El Enigma del Yate tente bien de rebondir, lorsque Jorge est retrouvé mort dans la cabine de Natalia… Ô rage, ô désespoir sur le pont : déploration collective dans la cale et bateau perdu en pleine mer, car le psy était aussi skipper du navire. A partir de là, le spectateur émerge un peu de sa torpeur, et la dernière demi-heure voit le petit casting du film ratiboisé par un scénario tout en twists. Tout le casting, sauf… Mais no spoil pour ceux qui voudraient quand même essayer. Le dernier tiers est donc scandé par ces cadavres qu’on emballe et qu’on balance à la baille, avec en sus cette petite séquence en forme d’hallucination, durant laquelle les morts reviennent hanter Natalia… Pas mal, comme cet instant « somnophilie », quand Jorge abuse gentiment de Natalia endormie. Mais au final, ni fugues réellement sanglantes, ni fuites véritablement érotiques… Incompréhensible quelque part. El Enigma del Yate, c’est Carlos Aured au moins bon de sa forme. Mais il en va ainsi du cinéma bis : quand on aime, on peut souffrir quelques bâillements parfois, quelques petites déceptions… et revoir ensuite Apocalipsis Sexual ou L’Empreinte de Dracula.

David Didelot

 

1983 - El enigma del yate - tt0085493-0001-199849-126591-Español

 

  • Réalisation: Carlos Aured
  • Scénarisation: Luis Murillo
  • Pays: Espagne
  • Titres: The Enigma of the Yacht
  • Acteurs: Silvia Tortosa, José Antonio Cénos, José Maria Blanco
  • Année: 1983

 

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