Au Pays de la Magie Noire

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Tant qu’à jouer la carte de l’exotisme, autant le faire à fond. C’est en tout cas ce que s’est dit Bach Films, qui joint au bien beau Le Justicier contre la Reine des Crocodiles cet Au Pays de la Magie Noire, bonus venu des Phillipines et de Hong-Kong. Du rab qui fait plaisir ? Pas si sûr…

 

 

 

Y’en a qui ont quand même pas de bol. Prenez Man-Ying (Jason Pai Piao, fier de près d’une centaine de bandes de kung-fu) : non seulement son oncle a disparu, son avion se crashant avec sa collection de bijoux hors de prix, mais en plus il faut que ce soit sur une île infréquentable où l’on pratique la magie noire comme on joue à la pétanque à Marseille. Au Pays de la Magie Noire (1975), voilà où atterrit notre moustachu héros, vite abandonné par ses guides lorsque ceux-ci découvrent que la forêt est infestée de lépreux. Man-Ying se retrouve donc seul avec sa poisse pour mener sa petite expédition, qui le mènera face au cruel Abdullah, sorcier rendant la vie impossible à tous les indigènes en pagne de la région. Y compris la grande prêtresse du culte du cobra qu’est Filona, qui tombe désespérément amoureuse de Man-Ying et accepte d’affronter le magicien sombre pour s’attirer les faveurs du bellâtre. Kung-fu sous le soleil, pratiques occultes et filles à oilpé (c’est qu’elles sont peu habillées, au pays de la magie noire), tel est le joyeux cocktail proposé par le duo de réalisateurs Chin-Ku Lu et Wen Po Tu, visiblement bien décidés à aligner tout ce que le cinoche d’exploitation compte de thématiques. Ce qui ferait une nouvelle bien réjouissante si leur Cui hua du jiang tou n’avait pas la fâcheuse tendance à trop scinder ses différents chapitres.

 

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Ainsi, la première demi-heure sera totalement consacrée à la baston, et c’est à un rythme effréné, pour ne pas dire exténuant, que s’enchaineront des péripéties allant des coups de mocassins dans la gueule de pauvres galeux aux bastons avec les hommes d’Abdullah. Difficile de s’emmerder, certes, mais tout aussi compliqué de se passionner pour ce périple débutant comme un film de cannibales classique pour muer en une ordinaire enfilade de rixes dans la jungle. Comprendre que le badguy est un vieux barbu éclatant en rires sardoniques à la fin de chaque sentence, que la demoiselle en péril est charmeuse à plus d’un titre et que le preux héros finira maudit et sera forcé de revenir dans ce monde à part s’il veut retrouver une vie ordinaire. Bref, on a déjà vu ça à plus d’une occasion et si le tout se suit, ce n’est que d’un œil, Chin-Ku et Wen Po appuyant sur le champignon d’emblée sans même nous laisser le temps de nous impliquer dans l’aventure. Mais le pire est à venir : puisqu’ils ont déjà vidé leur stocks de coups de boules et des pirouettes dans les 30 premières minutes, ils décident fort logiquement de se la couler douce durant trois-quarts d’heure en jouant les jolis-cœurs. Brisés, pour le coup : alors que Filona a pris de son temps (et du nôtre…) pour lui expliquer qu’ils sont désormais liés, que si il ne revient pas au printemps elle mourra et que si Man-Ying la trompe ses maîtresses périront, ce dernier passe ses soirées dans les bars à traquer la cocotte esseulée. Et comme sa féérique promise n’a pas menti, voilà que des serpents viennent se glisser jusqu’aux pauvres demoiselles pour les traîner dans la tombe.

 

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Une bonne leçon pour le héros, qui n’avait qu’à être plus chevaleresque et ne pas laisser tomber sa brune pour en ramener d’autres dans son plumard, mais aussi des passages un peu trop longs pour maintenir l’attention. A moins bien sûr que ça vous excite de vous caser devant un long-métrage présentant, sur son artwork, une demoiselle avec une chevelure serpentine (qu’on ne voit jamais dans le résultat final) pour finir par vous retrouver devant des soirées mondaines où les jeunes gens flirtent à longueur de temps.  Bien sûr, ça repart en dernière bobine, lorsque Man-Ying comprend qu’il ne pourra jamais plus niquer en paix sans qu’une horde de couleuvres ne tombent dans son lit pour empoisonner ses conquêtes. Alors on fait comme si ces écarts n’avaient jamais eu lieu et on retourne auprès de Filona, que l’on aide à botter le cul du vilain Abdullah, dont la magie se résume désormais à envoyer des grosses boulettes enflammées sur ses adversaires. On lui balance un grigri aux pieds et emballez c’est pesé, le problème est réglé et le sorcier s’en va pourrir sous terre. C’est The End et c’est tant mieux, car Au Pays de la Magie Noire et ses 90 minutes finissaient par tourner méchamment en rond…

 

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Le constat, sans être catastrophique, est donc loin d’être positif, et si ce Magic Curse (blase english) restera dans les mémoires, ce sera sans doute pour le manque de finesse de ses deux cinéastes, tout contents de souligner grassement les scènes les plus sexuelles via des montages… inspirés. Ainsi, lorsqu’une demoiselle contrôlée par Abdullah se transforme en une espèce de goule et arrache le zob de son boyfriend d’un coup de chicot, c’est sur une banane croquée à pleine dents que coupe le duo. Et lorsqu’une fille ramenée par le héros atteint la jouissance lors d’un coït visiblement bien mené, c’est l’image d’une douche crachant sa flotte que l’on fait suivre. Inutile de faire un dessin… Si ce n’est ces détails rigolos, pas de quoi distinguer Au Pays de la Magie Noir d’un Bruce Li ou Bruce Le sorti à la même époque. Car à part des rochers qui crament, des cobras sortis de nulle-part et des lépreux dégueulasses (pléonasme), l’argument fantastique est bien trop léger pour relever la sauce. On comprend dès lors que Bach Films se soit contenté d’en faire le supplément d’une bande autrement meilleure (Le Justicier contre la Reine des Crocodiles, pour rappel) et que l’éditeur ne se soit pas foulé quant à la qualité ici proposée, celle d’une cassette très fatiguée. Pas grave, le 4K n’était de toute évidence pas nécessaire ici…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Chin-Ku Lu, Wen Po Tu
  • Scénarisation: Chin-Ku Lu, Wen Po Tu
  • Production: Tsung-Lung Chang
  • Titres: Cui hua du jiang tou
  • Pays: Chine, Philippines
  • Acteurs: Jason Pai Piao, Pinky de Leon, Lung Chan, Hu Meng
  • Année: 1975

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