Offerings

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Vous savez ce qu’il en est, question Direct-To-Video malodorants : une belle jaquette sauve souvent les meubles et peut même rattraper une bobine peu présentable. Et avec son paquet ensanglanté au joli ruban rouge qui lui sert de visuel, Offerings ne demande qu’à être déballé. Malheureusement, comme on l’imaginait, ce n’est pas sur le banc des classiques du genre que tombe le présent métrage mais bel et bien dans la division des Sorority House Massacre et compagnie…

 

 

 

Une chose est certaine : John Carpenter est sans doute entouré de la pire équipe d’avocats jamais sortie d’une école de droits. Car comment expliquer autrement l’existence d’un bidule comme Offerings, qui fait chauffer la photocopieuse à plein tube ? De plagiat il est en effet question pour le premier film de Christopher Reynolds, réalisateur éphémère jadis passé sur le plateau de Poltergeist, et auquel on doit un Lethal Justice à coup sûr passé sous les radars de tous les cinéphages, y compris des amoureux des thrillers à petit budget. Ce sera donc Offerings, qu’il met sur le marché en 89, qui fera office d’œuvre la plus « connue » dans sa filmographie. Remarquez ici l’importance des guillemets, car si ce n’est l’éditeur britannique 88Films, qui a annoncé il y a peu son intention de sortir la bande en Blu-Ray dans sa collection dédiée au slasher, peu se souviennent encore de cette étoile filante ayant un jour traversé le ciel encombré du genre. Pour dire, il n’est même pas fait mention de ce premier effort du Reynolds dans The Slasher Movie Book de J.A. Kerswell, une preuve s’il en fallait encore une que ce nouveau massacre orchestré par un fan de Michael Myers n’aura jamais dépassé le stade de divertissement d’un samedi soir. Un mais pas deux, serions-nous tentés d’ajouter. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer de bien faire, et si ses débuts derrière la caméra sentent la misère, le brave Christopher tente vaille que vaille d’échapper au syndrome du psychokiller miséreux et tourné en lieu unique, dans une villa quelconque ou dans un vulgaire bosquet, où cinq ou six glandus tentent d’échapper à une mort certaine. Au moins peut-il compter sur des comédiens en suffisance et des décors variés, témoignages de la volonté du metteur en scène de fournir un peu de production value à son projet.

 

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Mais s’il est visiblement un peu plus débrouillard que la moyenne lorsqu’il s’agit de convaincre les autorités ou propriétaires de le laisser trimballer sa caméra dans les hôpitaux et cimetières, Reynolds se montre par contre harcelé par la maladie de la page blanche. Probablement incapable d’accoucher d’un script original ou sortant véritablement des confins de son âme et de sa matière grise, le voilà donc qui opte pour la solution de facilité et reprend celui du premier Halloween, se contentant de changer les noms des protagonistes et quelques détails. Car tout est là, du marmot dérangé envoyé dans un asile, dont il finit par s’échapper une fois adulte pour répandre le sang dans l’obligatoire banlieue américaine, au psy désireux de lui venir en aide et le traquant pour éviter que les morts s’empilent. Bien sûr, la final girl de service finira par tenter de se réfugier chez ses voisins comme Jamie Lee Curtis le fit déjà dix ans plus tôt, le cousin du Dr. Loomis se fendra de sa petite visite au cimetière pour découvrir que la tombe de la mère du tueur a été ouverte par celui-ci, les ados se galochent en matant des films qui font peur (mais sans donner dans le babysitting) et John Radley, le maniaque du jour, est un grand gaillard mutique plus résistant que la moyenne. Décidément pas gêné, Reynolds se permet même de reprendre la mythique mélodie jadis composée par Papy Carpy, qu’il utilise au ralenti ou à l’envers pour éviter que le vol soit trop voyant. Bien essayé, mais ça ne prend pas, jeune homme…

 

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Comme un goût de Nuit des Masques en somme, mais sans les citrouilles… et sans le masque.  Contrairement au légendaire The Shape, Radley n’a effectivement pas besoin de faire sien le visage du Capitaine Kirk, notre maboul étant déjà défiguré à la base. La faute aux garnements croisés dans son enfance, et qu’il s’évertue à punir désormais, suffisamment mauvais pour avoir forcé ce pauvre autiste à jouer les équilibristes sur les contours d’un puits et s’arranger pour qu’il y plonge la tête la première. On peut comprendre qu’une fois échappé de sa chambre d’hôpital le pauvre John, désormais plus proche du gratin dauphinois que du playboy, décide de sanctionner ses ennemis d’antan… Un gros flacon de vengeance renversé sur le script d’Halloween, pour faire simple, Offerings n’essayant d’ailleurs jamais de miser sur un assassin inhumain et insensible, Radley étant à l’inverse une somme de rancœurs tenaces et un déséquilibré devenu un danger pour autrui à cause des mauvais traitements de sa mère et d’un papa absent, que l’on devine à mille lieues du bon père de famille. Alors pour évacuer sa rage, le petit John tue d’abord ses animaux de compagnie (ses tortues, notamment), puis passe à la vitesse supérieure en liquidant les indélicats lui ayant fait du mal. En prime, ils sont un peu trop proches à son goût de Gretchen (une Loretta Leigh Bowman au charisme de carpe lobotomisée, et c’est encore généreux), seule camarade à l’avoir toujours soutenu dans les coups durs. C’est d’ailleurs la relation entre les deux protagonistes principaux que Reynolds rate le moins, d’une part parce que le final est plutôt touchant (Spoilers : ne pétant pas un mot de tout le film, John finit par y aller de sa larmichette et avoue son amour à Gretchen, qui est de son côté si terrifiée qu’elle pousse la police à liquider ce qu’elle pense être un assaillant teigneux. Fin des spoilers), d’une autre parce que cela lui offre sa seule bonne idée originale. Celle voyant le meurtrier se comporter comme un animal de compagnie et poser des offrandes (d’où le titre) sur le pas de la porte de Gretchen : nez ou oreille coupés à ses victimes, un doigt, lambeaux de chair roulés en saucisses placés dans une pizza (véridique !),…

 

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Plutôt original comme concept, mais malheureusement à peine effleuré, le psychiatre, inutile à l’intrigue et seulement présent pour allonger la durée, ne s’épanchant jamais sur la psyché tordue de son patient. Tout juste explique-t-il que Radley a zigouillé sa mère après être sorti de son puits, ce que l’on aurait bien aimé voir, par ailleurs. Mais voilà, Offerings étant une toute petite production, Reynolds n’a pas les moyens de mettre du gore sur la table, se contentant de meurtres en hors-champs ou en ombres chinoises (un crâne explosé à l’étau, par exemple). Plutôt malheureux, car si un élément pouvait sauver ce petit B Movie de rien du tout de l’oubli, c’était bien des meurtres aussi graphiques qu’agressifs. Tant pis, et ce slasher anecdotique donnera dans le light, trop soucieux qu’il est de chausser les baskets de La Nuit des Masques pour prendre son destin en main et se tailler des sabots faits-mains. Et puis, quand on veut enfiler le slip du vieux Carpenter, faut au moins s’assurer qu’on rentre dedans, et avec sa mise-en-scène d’une pauvreté affolante, sa prise de son amateur et sa direction d’acteurs aux fraises, Reynolds ne peut que souffrir de la comparaison. Reste les arguments cheesy du produit, comme des personnages délirants (un gardien de cimetière dérangé, un flic hystérique), dont un shérif parmi les plus nazes de l’histoire du cinoche d’exploitation, qui attend bien évidemment que la morgue déborde pour faire tourner les gyrophares. Sachant fort bien que John Radley est de sortie et va trucider tout ce qui bouge puisque l’hosto l’a averti, il ne s’inquiète pourtant pas particulièrement que Gretchen et ses potes retrouvent sous leur porche un blair découpé et roulé dans un journal. Pire, il conseille juste aux gamines d’aller se recoucher et s’en va, trop occupé qu’il est à empêcher un rouquemoute de dix piges de se masturber sur de vieux magazines porno dans une maison abandonnée (celle des Bradley, vous l’aurez deviné). Crétin au possible, mais ça fait passer le temps (le rythme du film n’est d’ailleurs pas mauvais, faut le reconnaître) et maintient le peu d’intérêt éprouvé pour Offerings, qui voulait montrer que son couteau de cuisine est aussi gros et tranchant que celui de Michael Myers. Pas de bol, c’est un petit canif à la lame émoussée qu’il cache dans son falzar.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Christopher Reynolds
  • Scénarisation: Christopher Reynolds
  • Production: Christopher Reynolds
  • Pays: USA
  • Acteurs: Loretta Leigh Bowman, G. Michael Smith, Elizabeth Greene, Tobe Sexton
  • Année: 1989
Tags:  , ,

2 comments to Offerings

  • Roggy  says:

    Visiblement le slip de Carpenter (excellent !) est trop petit pour le réalisateur. Je vais donc passer mon chemin 😉

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