House of Witchcraft

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A la fin des années 80, les caves du ciné bis italien exhalaient une sale odeur. L’odeur rance de l’épilogue et du dernier acte, tragique et amer pour ceux qui connurent les folles exactions des seventies et des primes eighties… Comme ses congénères, Umberto Lenzi réaliserait encore quelque films d’horreur en cette période, et de bonne facture généralement… Mais bon, la magie était passée, le parfum évaporé. Qu’on pense aux productions Filmirage par exemple, quand le boss Joe D’Amato délocalisait ses tournages aux Etats-Unis, à la recherche d’une légitimation toute US : La Maison du Cauchemar en 1988 et Le Voyageur de la Peur en 1989, avatar plutôt réussi de Hitcher et carrément titré dans certains pays… Hitcher 2. Sous une autre enseigne, signalons encore le divertissant Fou à Lier (alias Nightmare Beach, 1989), slasher qui manquait peut-être un peu de sang et de nerf pour emporter pleinement l’adhésion… Ou Le Porte dell’Inferno (Gate of Hell), une histoire de moines maudits produite par l’Alpha Cinematografica et appartenant à cette très artificielle série des Lucio Fulci Presents (comme Murder Secret, Les Fantômes de Sodome ou Luna di Sangue) : longuet tout de même, quoiqu’on appréciera ce petit hommage à L’Au-delà lors d’une séquence à déconseiller aux arachnophobes…

 

 

 

 

Et comme ses confrères enfin, Umberto Lenzi finirait par travailler pour le petit écran : bien triste époque en fait, car la télévision privée italienne mit au pas tout un Art et tua le cinéma populaire tel que nous l’entendions jusqu’à présent… Lenzi n’y échapperait donc pas (car il faut bien manger), mais s’en tirerait encore avec les honneurs. N’empêche, l’heure de gloire du cinéma populaire italien était révolue, et les derniers forfaits d’Umberto Lenzi ne sont évidemment pas ceux que l’on retiendra en premier de sa longue et riche carrière… L’Italien s’arrêterait d’ailleurs de tourner au début des années 90, définitivement, après qu’il eut tâté du zombie une dernière fois dans un plus atmosphérique Black Demons : une bobine tournée au Brésil et qui revenait aux sources du mythe, en exploitant les motifs du vaudou et du macumba. Un film plus qu’honorable d’ailleurs, quoi qu’en disent les pisse-froid. Petit retour en arrière. En 1989, le gars réalisait donc deux des téléfilms de la série Le Case Maledette (les maisons maudites), petite cycle TV produit par la Reteitalia qui compta quatre segments (les deux autres sont signés Lucio Fulci : La Casa nel Tempo et La dolce Casa degli Horrori.), mais qui – d’après ce que l’on sait – ne fut jamais diffusé à l’époque… en raison de « contenus trop violents » ! Ceux de Lenzi, intitulés La Casa del Sortilegio et La Casa delle Anime Erranti, sont finalement d’assez bonne facture, et ce malgré l’étroitesse des budgets et les motifs convenus de leur scénario (sorcière et fantômes). Peut-être moins abouti que son jumeau, La Casa del Sortilegio mérite tout de même un petit détour. Détour par la Toscane d’abord (là où j’irai finir mes jours, c’est écrit). Car l’un des atouts maîtres d’House of Witchcraft (petit nom anglais du film), réside d’abord en son cadre : la campagne florentine et le paysage de Rufina, commune qui jouxte la plus belle ville du monde, Florence, dont on apercevra d’ailleurs le fameux Dôme et le mythique Ponte Vecchio… Magie.

 

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Enfin bon, magie noire plutôt, car la Casa du titre, si pittoresque soit-elle, recèle de bien étranges secrets… Et ce n’est pas Luke Palmer qui dira le contraire : en effet, le mec est en proie à d’atroces cauchemars au cours desquels il pénètre dans une superbe bâtisse et voit sa tête littéralement décollée, plongée dans un chaudron bouillonnant… En cause, une vile sorcière parmi les plus folkloriques qui soient, totalement conforme à l’imagerie de nos contes de fées : comprendre vieillarde, édentée, malingre, laideronne et penchée sur  l’âtre démoniaque. Il y a même des pommes sur la table de cuisine, c’est dire. Afin qu’il se délasse un peu du bulbe, l’épouse de Luke, Martha, a organisé un petit périple dans la brousse italienne : une drôle de bonne femme en tout cas, somnambule à ses heures dormies et bien versée dans la chose occulte a priori. Evidemment, la baraque dans laquelle déboule le couple est celle-là même que voyait Luke dans ses cauchemars. Pour le repos de l’âme, c’est pas gagné donc, d’autant que le proprio des lieux n’a rien de bien rassurant : Andrew Mason, vieux bonhomme aveugle qui habite là depuis des lustres et semble en savoir beaucoup sur la demeure… Docteure de son état et inquiète pour son frérot, la sœur de Luke débarque à son tour dans la propriété, avec son adolescente de fille. Arrive également la nièce de Mason, la jolie blondinette Sharon. Mal leur en prend, car la sorcière s’emploie à dézinguer tout le casting à partir de là… Mais qui donc est-elle vraiment vous demandez-vous, fébriles ? Vous le saurez en allant jusqu’au bout du téléfilm… si la patience est mère de vos intimes vertus. Eh oui, tout cela est bien long, et l’on ne sait pas trop où Lenzi veut nous conduire : on patine et on patauge dans La Casa del Sortilegio, téléfilm qui bafouille sa narration et balbutie son scénario, pourtant coécrit par Gianfranco Clerici (vétéran des âges farouches) et Daniele Stroppa (abonné aux productions Filmirage). En fait, le récit tourne constamment autour du pot et du sujet, entassant les cadavres certes, mais s’égarant dans des dialogues lourdement explicatifs et d’artificielles péripéties : vingt minutes de moins, ce n’eût pas été de trop donc, et la soustraction nous aurait évité deux ou trois personnages inutiles (infâmes ados !). Quand on connait le bonhomme et son sens du rythme, il paraît d’ailleurs bien étrange qu’Umberto Lenzi délaye ainsi l’intrigue, notamment après que les deux héros ont quitté la maison maudite… à vingt minutes de la fin justement.

 

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Enfin bref, voilà bien une sacrée soupe à avaler, car tout passe dans la casserole, et dans un mélange incroyablement bordélique : cartomancie, chat noir, bouquins d’Eliphas Lévi pour faire sérieux, serpent, somnambulisme, pendentif égyptien à l’effigie de Bastet, fleurs maléfiques qui saignent du calice… Tout le bastringue de l’occulte en un mot, et toute la panoplie de la hantise sur toile : le sous-sol empoussiéré, le cadavre en putréfaction planqué dans la cave, les éclairs zébrant le ciel, les objets maléficiés, le vent démoniaque qui détruit tout dans la demeure… jusqu’à cette révélation finale qui crevait quand même les yeux, épilogue au cours duquel apparaît la Camarde en personne, armée de sa faux assassine. Un conseil d’ailleurs : méfiez-vous des blondes… Je dis ça, je dis rien ! C’est clair, nous sommes donc à des années-lumière d’un Suspiria ou d’un Inferno sur le même thème. Mais bon, ne crachons pas trop fort dans le chaudron : quelques belles petites choses sont à prendre dans cette cabane aux sorcières ; comme dans tous les films d’Umberto Lenzi ceci dit, même les plus impersonnels. Ainsi des meurtres commis par cette grimaçante sorcière : à la cisaille, au couteau, au piolet… Des moments assez effrayants mine de rien (la prestation de Maria Cumani Quasimodo y est pour beaucoup), augmentés d’un ou deux plans sanglants qui font toujours bien sur le CV. Ainsi encore de ces déambulations nocturnes dans un parc typiquement toscan, avec ses statues antiques et ces inévitables cyprès : l’image bleuit alors, auréolant une Martha somnambule et spectrale à souhait. On n’est pas très loin de Phenomena en ces instants, d’autant que la BO  – signée Claudio Simonetti – colle parfaitement bien à l’ambiance 80’s du film, dont ces quelques fugues hard rock ou ces chorus bien macabres.

 

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Attention, pas de quoi se relever la nuit non plus (si je puis dire), sauf peut-être pour ces trop rares images techniquement impecc’ (travellings inquiétants dans la serre ou dans la maison elle-même), ou pour cette séquence onirique d’une cave illogiquement enneigée… Peut-être la plus réussie du film. Bien sûr encore, on aura plaisir à retrouver le toujours très bon Paul Muller (dans le costume d’Andrew Mason) et l’infatigable Tom Felleghy, engoncé comme à son habitude dans la défroque de l’inspecteur, et non crédité au générique… comme à son habitude. Mais cela ne rachète pas la prestation globalement nullarde du casting, Andy J. Forest en tête dans le rôle de Luke Palmer : clairement, le mec joue comme une patate et finit par gâcher les quelques atouts de La Casa del Sortilegio. Dommage, surtout pour un film qui, sans être indigne d’Umberto Lenzi, n’en constitue pas moins la conclusion un peu triste d’une carrière néanmoins exemplaire.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Umberto Lenzi (histoire: Daniele Stroppa et Gianfranco Clerici)
  • Titres: La Casa del Sortilegio
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Andy J. Forest, Sonia Petrovna, Paul Muller, Marina Giulia Cavalli
  • Année: 1989

Envie d’en lire plus ? Bonne nouvelle, Uncle Jack est revenu sur cette sorcellerie dans Ze Curious Goods!

2 comments to House of Witchcraft

  • Roggy  says:

    Pour info, le 23 mars il y a une soirée hommage à Umberto Lenzi à la Cinémathèque avec notamment en double programme « La maison du cauchemar » (La casa 3) de 1987.

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