The Mysterious Mr. Wong

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Envie de vous fendre d’une petite partie des Mystères de Pékin mais pas moyen de remettre la main sur ce foutu jeu de société ? No problemo, les oursons de chez Artus ont eu le museau fin en y allant de leur petit coffret sur le grand Lugosi, voilà quelques années. Et qu’est-ce qu’on y trouve ? Un certain The Mysterious Mr. Wong vous offrant votre dose d’énigmes importées du Soleil Levant… Comme ça tombe bien !

 

 

 

Pas toujours facile de suivre les plans de la Monogram, société en marge de la production hollywoodienne et donnant dans la Série B, qui se lancera a la fin des années 30 dans la série des Wong. Soit une collection de pelloches avec Boris Karloff, qui se bride pour l’occasion en incarnant le détective James Lee Wong, constamment perdu dans des enquêtes bien évidemment présentées comme exotiques. Mais du coup, le Mysterious Mr. Wong qui nous occupe aujourd’hui, tourné en 1935 et qui plus est par un William Nigh égalemant signataire de cinq des six futurs films prenant Wong pour héros, c’est la même tambouille ? Ce serait bien trop simple, et ce Wong n’a absolument aucun rapport avec les suivants, le bon Karloff n’étant pas de la partie puisque c’est à son éternel rival Bela Lugosi de porter la petite moustache noire et de se laisser pousser un accent en vue de jouer les Chinois. Et si le rôle de Boris est une figure positive aidant la veuve et l’orphelin à se sortir de pétrins généralement manigancés par d’ingénieux criminels, notre Hongrois préféré incarnera pour sa part le « péril jaune » dans toute sa splendeur. Comprendre que le félon s’est construir un véritable temple du mal dans ses sous-terrains, s’amuse à torturer ses ennemis dans son donjon personnel et que tous les mécréants osant se dresser devant lui finiront avec un couteau entre les omoplates. D’ailleurs, ce génie du crime est en pleine furie meurtrière au départ du métrage, forçant ses hommes de main à enchaîner les assassinats pour récupérer les douze pièces d’or de Confucius, qui une fois réunies offriront un pouvoir sans limite à celui qui les détient. Pas le genre de promo à côté de laquelle un être maléfique se verrait passer à côté…

 

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Et bien évidemment, Wong étant une légende de Chinatown particulièrement crainte, difficile de découvrir son identité. C’est pourtant à cette dure tâche que s’affaire le journaliste Jason Barton (Wallace Ford, plus tard empêtré dans les bandelettes via The Mummy’s Hand et The Mummy’s Tomb), en quête du scoop du siècle, qu’il pense fort logiquement trouver dans le repaire de Wong. Et c’est parti pour un petit jeu de questions-réponses, des découvertes de cadavres dans des arrières-boutiques, des rencontres surprenantes et tout l’arsenal habituel du petit thriller suranné. La petite touche supplémentaire ? Un second degré de tous les instants, le petit Barton étant de ces hommes que rien ne peut faire dévier de sa vision goguenarde du monde. Et c’est peu dire qu’il semble plus intéressé à l’idée de draguer l’une de ses collègues de bureau qu’à celle d’élucider le mystère entourant le gangster, qui ne représente à ses yeux guère plus qu’une chronique perdue parmi d’autres. Ce héros relativement peu honorable (mais dont la gouaille force à la sympathie) prend donc cette affaire aussi peu au sérieux que faire se peut, et c’est en toute logique que le film épouse le même point de vue. Ainsi, si Lugosi se fait l’interprète d’une sorte de Fu Manchu au rabais, et que sa cruauté le pousse à faire chuter ses sbires dans des caves remplies de rats, on sent poindre l’ironie quant à ce démon bigger than life la nuit… et simple herboriste faussement naïf la journée !

 

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Du tongue in cheek comme on dit, et malheureusement serions-nous tentés d’ajouter. Malheureusement parce qu’en fin de bobine, alors que Barton s’introduit dans le quartier général de Wong en compagnie de son flirt, Nigh a l’occasion de se fendre de quelques scènes horrifiques bienvenues et n’en fait rien. Wong, dont la cruauté est révélée au grand jour, s’apprête en effet à supplicier ces indésirables espions, préparant concoction bouillante et épingles pour récurer les ongles d’une pauvre prisonnière. Mais trop occupé à s’assurer que le public s’amuse et ricane sans interruption, le réalisateur fait de ces belles promesses des lettres mortes, ne prenant même pas la peine de placer une bande-son inquiétante lors de ces séquences voulues frissonnantes. Une question de budget probablement, car The Mysterious Mr. Wong ne bénéficie d’ailleurs, en dehors des génériques d’ouverture et de fermeture, que d’une plage musicale en son sein : lorsque Barton se joue d’un collègue dans un restaurant et le fait décamper pour récupérer la demoiselle qu’il désire séduire. C’est ça la Monogram, des économies là où on peut les faire… Reste qu’il est bien difficile de se captiver pour ces quelques investigations, certes rythmées, mais incapables d’impliquer durablement une audience actuelle, qui a d’ailleurs toutes les chances de s’outrer du portrait peu flatteur fait ici de la communauté chinoise. « Diables jaunes », « tous le même visage », « leurs noms n’ont aucun sens », « ils ne parlent que s’ils ont quelque-chose à vous demander » sont autant de gentillesses placées dans les bouches des protagonistes principaux, tous de bons Américains typiques bouffant donuts et burgers au petit-déjeuner. Caricatural au possible, mais c’est l’époque qui veut ça.

 

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Finalement, si ce n’est pour le plaisir de revoir Lugosi dans un rôle qu’il tient plutôt bien et une séquence voyant Barton et sa compagne risquer la mort à chaque pas (couteaux lancés, vase tombant du ciel, corde tentant la pendaison…), pas vraiment de quoi se précipiter sur cette chasse au trésor on ne peut plus anecdotique. Pire : manquant nettement de rigueur au niveau scénaristique, elle forme un piètre film policier, la faute à un Wong que même un nazebroque de Police Academy pourrait confondre, sa couverture de vendeur de pissenlits benêt ne tenant pas un instant puisqu’on le croise, comme de par hasard, sur les lieux des crimes. Et quand quelqu’un vient tardivement frapper à la porte de sa boutique, c’est sous ses habits de magnat du crime qu’il se montre à son balcon, jamais inquiet que ses voisins puissent trouver bizarre que l’herboriste soit soudainement endimanché comme un mandarin diabolique. Bref, on a beau nous dire que Wong est la pire crasse de Chinatown, on n’y croit jamais vraiment, et The Mysterious Mr. Wong a bien de la chance de faire partie d’un coffret édité par Artus contenant des bonbons autrement meilleurs (le légendaire White Zombie, le sympathique Voodoo Man et un très bon documentaire sur Lugosi) pour que vous songiez à lui faire une place dans votre antre. Car du reste, si le boulot est correctement fait, il ne mérite pas nécessairement de prendre une heure de votre déjà trop courte vie.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: William Nigh
  • Scénarisation: Lew Levenson
  • Production: George Yoharem
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bela Lugosi, Wallace Ford, Arline Judge, Lotus Long
  • Année: 1934

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