Mortelles Confessions

Category: Films Comments: 2 comments

mortalsinteaser

Aussi dingue que cela puisse paraître, l’actualité horrifique française du premier trimestre 2018, c’est le bon vieux Pete Walker qui la façonne ! Et ce au fil de la redécouverte de ses œuvres, grâce aux bons soins d’Uncut Movies (Frightmare sort tout juste) et Artus Films. On ne va certainement pas s’en plaindre, d’autant qu’avec un bijou comme Mortelles Confessions, on se verrait bien devenir enfants de chœurs…

 

 

 

A la vue de Mortelles Confessions (1976), alias House of Mortal Sin (si ça c’est pas du titre…), il paraît évident que ses deux années de relative inactivité, son Frightmare précédent datant de 74, Peter Walker ne les a pas passées à se remettre d’un interminable fou rire. Certes, notre Britannique préféré sait desserrer les dents quand il le veut bien, et preuve en est la comédie coquine La vie sexuelle de Greta en 3 dimensions qu’il tourne en 72. Mais force est constater que si l’on se souvient de lui de nos jours, c’est plutôt pour ses spleens horrifiques, peu ancrés dans le fantastique et prenant pour socle une réalité grisonnante et crapuleuse. Jeunes filles séquestrées dans un faux palais des bonnes manières, vieille folle cannibale enchaînant les meurtres pour remplir son frigidaire de côtelettes humaines, patineuse harcelée par un mystérieux assaillant : le Faites Entrer l’Accusé du Hondelatte chantant n’est pas forcément loin, le cinéma de Walker faisant sien ce nauséabond fumet de faits-divers sordide. Pas de raisons que ça change pour Mortelles Confessions d’ailleurs, cruel récit d’un curé se servant du secret de la confessions pour faire chanter les petites Anglaises, dont il enregistre les secrets les plus inavouables et grivois. Une dure expérience dont la blonde Jenny (superbe Susan Penhaligon, revue ensuite dans Patrick) fera les frais, le père Xavier Meldrum (excellent Anthony Sharp) la menaçant de prévenir la famille de la petite quant à son avortement si elle refuse de passer plus de temps au presbytère en sa triste compagnie. Et l’agression psychologique devient bien vite physique lorsque Meldrum entreprend de liquider les mâles en rut tournant autour de cette belle âme en peine, qu’il se fait pour mission de ramener dans le droit chemin…

 

mortalsin1

 

Toujours aussi peu décidé à faire de cadeaux aux institutions et soi-disant garants de la bonne morale, notre vieux Pete, qui prend au contraire un plaisir non-feint à la brosser à rebrousse-poil. Ainsi, l’amicale du Petit Jésus en prend à nouveau pour son grade puisqu’en plus de l’habituel portrait à l’acide des personnes flétries, comme toujours présentées comme les castrateurs d’une jeunesse pétillante (Meldrum est bien entendu proche du troisième âge), c’est donc l’Eglise que le cinéaste prend pour cible. Pointée du doigt – pour ne pas dire du revolver – l’impunité dont bénéficient les prêcheurs, le prêtre psychopathe n’étant à aucun moment suspecté de quelque meurtre que ce soit, et ce même lorsqu’il se retrouve sur les lieux du crime. On n’accuse pas un homme de Dieu, et c’est à Jenny, pourtant sans antécédents psychiatriques, que l’on reportera toute la faute, balayant le problème d’un revers de la main en la faisant passer pour une demi-folle. Vrai qu’elle n’a pas connu que des instants dignes de comédies romantiques dernièrement, sa relation amoureuse connaissant quelques hauts mais surtout beaucoup de bas, mais rien justifiant réellement que sa propre sœur (la souriante Stéphanie Beacham de Dracula 73 et Inseminoid) ou son ami d’enfance Bernard récemment fait cureton (le charismatique Norman Eshley, plutôt un comédien du petit écran) voient là un certificat de démence. Certes, Walker évite de mettre tous les aumôniers dans le même panier et fait de Bernard un ecclésiastique bien de son époque, souhaitant, tout comme l’un de ses supérieurs, que l’Eglise mette un terme au célibat qui leur est imposé, Bernard rêvant justement d’un avenir plus rosé avec Vanessa, frangine de Jenny. N’empêche que le coup envoyé au clergé porte plutôt deux fois qu’une, et l’hypocrisie de ce moraliste enchainant les péchés, autrement plus condamnables que ceux de ses ouailles les plus égarées, éclate dans un House of Mortal Sin à la noirceur sans limites.

 

mortalsin2

 

Outre une violence physique ne laissant pas sans bleus, et surtout sans brulures puisqu’un pauvre hère coiffé comme les Beatles sera ébouillanté et qu’un autre se mangera un encensoir brûlant dans la face, on notera une brutalité mentale peu commune. Passons les appels reçus par Jenny par un Meldrum de plus en plus insistants et tentant de retrouver la jeunesse dont il fut privé, ce fiston à sa maman voyant dans ses relations avec les âmes perdues échouées dans son confessionnal une chance d’être un homme, une figure virile et autoritaire. Certes, ces coups de téléphone font froids dans le dos, mais ils s’inscrivent un peu trop dans une tendance très seventies voulant que chaque maniaque se doive de sortir le bottin pour tenter de surprendre une audience pourtant déjà rompue à l’exercice. Et plutôt que les sinistres déboires de Jenny et sa tribu, protagonistes obligatoires pour apporter un point d’ancrage au public, on préfèrera se pencher sur la famille Meldrum, constituée de ce Xavier tout en frustrations, de sa vieille mère présentée comme sénile et sujette à la tremblote, et d’une gouvernante toute en sécheresse et froideur, Miss Brabazon, engagée pour s’occuper de l’ancêtre. Sauf que, et l’on s’en doute en découvrant que ce dernier rôle est tenu par Sheila Keith, relativement peu habituée aux rôles de princesses et de sirènes, cette nurse n’est pas là pour faciliter la vie de la vieille dame et prend au contraire un malin plaisir à la rabaisser. Drôle de trio que celui se cachant dans le presbytère, dont les tortionnaires d’hier (Madame Meldrum aurait forcé son fils à rentrer dans les ordres et abandonner un amour d’enfance) sont les victimes d’aujourd’hui, dans un cercle vicieux où la folie se voit nourrie par de vieilles rancœurs. Beau script que celui de Mortelles Confessions, aussi à son aise dans la charpente (de bienvenues surprises, sans être des twists insensés comme on en croise de nos jours, apparaissent çà et là) que dans sa capacité à créer des figures mémorables.

 

mortalsin3

 

Peu de chances en effet d’oublier le vieux Meldrum, dont la silhouette rendue sombre par sa robe liturgique semble vouée à hanter nos esprits pour quelques temps encore. Tout comme cette impression de déprime carabinée répandue par House of Mortal Sin, à l’ambiance de dimanche pluvieux. Triste comme un enterrement, cette virée entre les bancs d’une église corrompue, mais aussi parfaitement rythmée. Pas comme une cavalcade bourrée d’explosions et enchaînant les morceaux de bravoure de manière effrénée, mais plutôt comme un corbillard avançant lentement mais sûrement, ne risquant jamais le moindre accrochage ou la plus petite embardée, et profitant de son rythme de croisière confortable pour laisser au cortège le loisir de profiter d’un climat lourd et d’un décorum morose. Celui des petits cimetières ou d’une cure angoissante, soi-disant lieu de paix renfermant un démon se voilant la face sur sa ténébreuse condition. Du grand art, donc, et du Pete Walker pur jus que nous sommes ravis de voir enfin débarquer chez nous. Certes, on émet des réserves quant à la nécessité de la haute-définition pour un tel titre, mais qu’importe, et Artus Films fait comme à son habitude de l’excellent travail, secondé par l’inévitable Alain Petit aux suppléments. Une double galette (DVD + Blu-Ray, donc) indispensable comme une hostie à la messe du dimanche, vous l’aurez compris, et certainement l’une des meilleures productions des seventies, décidément généreuses en bisseries cultes…

Rigs Mordo

 

mortalsinposter

 

  • Réalisation: Pete Walker
  • Scénario: Pete Walker, David McGillivray
  • Production: Pete Walker
  • Titres: House of Mortal Sin, The Confessional
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Anthony Sharp, Sheilah Keith, Susan Penhaligon, Stephanie Beacham
  • Année: 1976

2 comments to Mortelles Confessions

  • Roggy  says:

    Tu m’as donné envie avec ton excellente chro de ce curé qui a plus d’un tour sous sa soutane…

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>