Screaming Dead

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Dur dur, d’être un artiste ! Surtout lorsque l’on est des petites teenagers sans réel talent d’à peine 19 piges, rêvant de soirées cocktail et de scandales dans la presse people, et du coup forcée d’accepter tous les délires d’un photographe pervers qui organise son prochain shooting dans une maison hantée. Autant dire que les clichés de Screaming Dead ne se retrouveront pas en une de Gala

 

 

 

Underground un jour, underground toujours, et ce n’est pas demain la veille que Brett Piper entrera dans la grille TF1, coincé entre Arthur et sa bande d’humoristes navrants et la 467ème édition de Koh Lanta. D’ailleurs, si le réalisateur de brûlots branchés low budget comme Queen Crab, Muckman ou They Bite avait le choix, fortes sont les chances qu’il préférerait se retrouver aux côtés d’Elise Lucet pour un Cash Investigation ou un bon vieil Envoyé Spécial des familles. C’est que contrairement au reste de la Division Z, qui a plutôt tendance à se contenter de balancer des gloumoutes dans les pattes de jolies bimbos sans se poser trop de question, Piper est un cérébral. De ceux que l’on voit toujours soigner son script et ses personnages, comme dans le post-apocalyptique et jurassique A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell, plus romantique que la moyenne, et Drainiac, version corsée d’Amityville bénéficiant d’un soupçon de psychologie en bonus. Pas de raison que ça change pour Screaming Dead (2003), qu’il tourne pour une misère et en comité réduit (dix acteurs max, deux décors à tout casser), avec la ferme intention de régler ses comptes avec le milieu artistique, qui se coltine ici un portrait au vitriol. Pas de cadeaux pour les autoproclamés virtuoses, moqués au travers du visiblement très en vue Roger Neale (Joseph Farrell, dont c’est l’unique long-métrage), photographe tapant dans l’art moderne, celui qui vous vaudra d’être traités d’esprits peu développés si d’aventure vous n’êtes pas capables de déceler le talent dans ces épreuves montrant des nonnes aspergées d’excréments ou des gamines la tête dans la cuvette des chiottes. Tout puissant dans les milieux esthétiques, le bonhomme peut dès lors tout se permettre, et profite de son statut pour laisser libre cours à toutes ses perversités, attachant les demoiselles à leurs lits ou leurs bandant les yeux après les avoir déshabillées. Des humiliations qu’il se fait pardonner en prétendant que c’est là sa méthode pour accoucher d’œuvres intemporelles…

 

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Pris d’une poussée de féminisme, le bon Brett ? De toute évidence, car il est ardu voir autrement que sous cet angle les agissements du détestable Neale, usant de sa renommée et de manipulations diverses pour mieux asservir de pauvres donzelles, trop fraîches et fragiles pour se risquer à une rébellion. Et qui n’ira pas dans son sens sera tout bonnement menacé d’être viré ou grillé dans le métier pour les siècles et les siècles, y compris sa secrétaire de charme (Rachael Robbins de Terror Firmer) ou ses mannequins du jour (dont l’éternelle girl next door du DTV qu’est Erin Brown, alias Misty Mundae). Reste que tout n’est pas rose pour le bonhomme qui, s’il veut pouvoir se répandre dans tous ses délires fétichistes, va devoir composer avec le rustre Sam (Rob Monkiewicz, jamais sorti de la galaxie Piper). Engagé par les propriétaires de la maison que Neale compte transformer en atelier de photographie, il suivra ce dernier partout pour vérifier qu’il ne fasse pas n’importe-quoi dans ces lieux, réputés maudits depuis qu’un as de la torture nommé Rossiter y supplicia, et assassina, des dizaines de personnes. C’est d’ailleurs sur ces légendes et l’aspect glauque de la demeure (en vrai un asile abandonné du New Jersey) que compte l’excentrique tête à claques (qui pousse ses employées à se balader à pieds nus et à porter des chemises de bucherons), bien décidé à jouer avec les nerfs des jeunes filles. Fausse main coupée, projection holographiques recréant des fantômes, portes qui se verrouillent toutes seules : Neale filme le tout et s’est visiblement créé sa petite télé-réalité horrifique, sans trop que l’on sache si c’est pour révolutionner les mondes artistiques ou satisfaire sa soif de pouvoir sur des poulettes sans défense.

 

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Piper n’y va donc pas avec le dos de la machette lorsqu’il s’agit de trancher l’aura d’intouchabilité avec laquelle composent généralement les créateurs de tous poils, et il est évident que Screaming Dead gagne une nouvelle grille de lecture depuis le scandale Weinstein, ici parfaitement croqué avec 15 ans d’avance. Jeunes starlettes effrayées à l’idée de ne jamais voir leur carrière s’envoler et collaboratrice n’osant pas lâcher un pet de travers de peur de perdre leur emploi trouveront néanmoins du soutien en ce bon vieux Sam, véritable barbare, et ce dans tous les sens du terme. Bâti comme le Mont Fuji et pas loin d’être inéduqué, ce type qui aurait plus sa place dans Strike Commando de Bruno Mattei est bien évidemment de la partie pour représenter un point de vue plus terre-à-terre à l’ensemble. Son œil se mélange visiblement à celui de Piper, et les critiques les plus acerbes du show-biz sortiront bien évidemment du gosier du Sammy, qui n’hésite pas à balancer que Neale fait de la merde que tous prétendent adorer par peur de ne pas paraître assez sophistiqués. Pas ce brave homme que l’on verra se forcer à s’asseoir devant Laissez Bronzer les Cadavres ou Grave, en somme, et on ne pourra jamais lui en vouloir pour ça. Personnage agréable, en passant, dont le côté bœuf tranche avec le précieux d’un Neale lui aussi parfait dans le registre des connards que l’on adore détester. Le fond est donc bien tenu, mais qu’en est-il de la forme ? Sans être un formaliste de génie – il n’a de toute façon pas les moyens financiers de fournir l’équivalent d’un Shining – Piper se débrouille plutôt bien, balance quelques idées visuelles et fait avec ce qu’il a : un décor cinégénique et suffisamment malsain pour faire effet, et des sfx d’un autre âge sentant bon la première édition de Photoshop. Nous sommes donc plus proches de la niche de Jeff Leroy que de l’écurie Industrial Light & Magic, mais qui s’en étonnera ? Et de toute façon, les apparitions fantomatiques ne sont pas assez fréquentes pour donner la nausée aux allergiques aux bidouillages informatiques mal maîtrisés, le vieux Brett étant si concentré sur son message qu’il en repousse les attributs horrifiques de son film en dernière bobine.

 

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Allergiques aux bavardages (bien tenus en passant, Piper n’étant pas un mauvais dialoguiste), assurez-vous donc d’avoir votre tricot à portée de main, car le fameux Rossiter adepte des châtiments infligés à autrui ne déboule réellement que 25 minutes avant la fin des hostilités. Un peu décevant, d’autant qu’à part fouetter le doux épiderme de la Misty avec un fouet invisible (ça n’en fait pas moins mal) et éclater la gueule d’un protagoniste contre une porte (gory !), ce raffiné fantôme ne fait pas grand mal. Pire, sorti d’un téléviseur, dont les atrocités qu’il diffusait permirent sa réincarnation, il aura droit à une mort aussi facile que ridicule puisqu’il suffira à Sam de rembobiner la cassette pour que le démon s’évapore. Et ce avant même d’avoir pu nous montrer ce que pouvait faire sa plus belle invention, une table en fer permettant en même temps une électrocution, l’écartèlement, la découpe de corps et même l’insertion d’une foreuse chauffée à blanc dans les sexes féminins. Ca promettait du lourd question viscères, le genre à donner des cauchemars à un médecin légiste, mais malheureusement, ça sera pas pour cette fois ! Un peu frustrant donc, d’autant que l’ectoplasme semble finalement un peu hors-sujet, une menace faisant office de pièce rapportée et arrivant trop tardivement pour s’inscrire avec succès dans un Screaming Dead jusque-là plus finaud. Bien sûr, le parallèle entre un Neale constamment tenté de malmener les gamines sous ses ordres et un Rossiter qui y va franchement et n’hésite pas à les liquider est évident, le second n’étant jamais que la matérialisation des pulsions du premier, mais la sauce a bien du mal à prendre… Un comble, d’ailleurs, pour un grand amateur de monstre comme Piper de découvrir que le point faible de son métrage est justement la partie versant le plus franchement dans l’épouvante. Mais c’est ainsi, le réalisateur ne parvenant jamais à harmoniser sa critique sociale et ses obligations de verser dans la règles des 3B (blood, boobs et beast), livrant au final un Z un peu bancal, mais tout de même plus intéressant qu’une large partie de la production du même cru.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brett Piper
  • Scénario: Brett Piper
  • Production: Michael Raso
  • Pays: USA
  • Acteurs: Misty Mundae, Rachael Robbins, Rob Monkiewicz, Joseph Farrell
  • Année: 2003

2 comments to Screaming Dead

  • Roggy  says:

    A la lecture de ta très bonne chro, je me pose quand même une question. Quand on n’a pas de tricot à portée de mains, on fait quoi ?

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