Island of Death

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En cette fraîche période chère en mazout, il est n’est finalement pas bête de coller quelques paysages ensoleillés dans nos lucarnes, ne serait-ce que pour nous donner l’impression que le climat se réchauffe. Et avec un sujet aussi bouillant qu’Island of Death, vous risquez même cloques et brulures…

 

 

 

On le sait : dans le panier des Video Nasties, tout n’était pas aussi vomitif ou ignoble que ce que les autorités voulaient nous faire croire. On l’avait encore vu il y a quelques temps avec le soft mais néanmoins très bon The Cannibal Man, qui disposait certes d’un joli coup de hachoir et d’un arôme à vous rameuter les mouches à merde, mais misait surtout sur la psyché de son déprimant protagoniste principal que sur un abattage franc et net de jeunes demoiselles. En bref, c’était un peu par accident et via un marketing se la jouant trashos (tête fendue en pochette, référence au cannibalisme dans le titre) que cette belle petite Série B espagnole se retrouva mise au four avec d’autres VHS nettement plus vicieuses. D’autres par contre cherchait clairement le bâton pour se faire battre et semblaient avoir pour mission première de choquer la bourgeoise, par tous les moyens possibles et imaginables. C’est le cas du Grec Nico Mastorakis, plus tard spécialisé dans le B Movie d’exploitation musclé (Hired to Kill, Ninja Academy) et qui, pour son premier film, décida de mettre toutes les chances de son côté en tournant le film le plus pervers et violent imaginable. C’est que depuis le succès de Massacre à la Tronçonneuse, Mastorakis est tout ému de voir qu’une petite production peut rapporter gros si elle a la boîte à outils bien garnie. Et notre homme se dit fort logiquement qu’une œuvre poussant tous les compteurs dans le rouge, et dépassant donc le classique de Tobe Hooper en matière de brutalité, ferait de lui un homme riche. Ce qu’a oublié Nico, c’est qu’on ne tape pas sur les puissants (et au vu de son succès planétaire, TCM en est un) et qu’il est encore loin d’en être un. Ainsi, si le tronçonnage du Texas eut lui aussi des problèmes aux pays de Sa Majesté (sans pour autant être un Video Nasty), le Island of Death qu’il tourne en 1976 en récoltera un peu partout sur le globe, devenant bien vite l’une des pelloches les plus bannies de son époque. Et à film interdit, réalisateur privé de gain facile. Pas sûr que cela consolera un créateur seulement attiré par le doux fumet des gros billets, mais ce dernier pourra toujours se consoler en se disant qu’il est entré dans la légende avec son premier essai, aussi barjo qu’il est bon. Et ça en dit long sur sa qualité, je peux vous le dire…

 

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En bon grec qui se respecte, notre bonhomme localise bien évidemment son affaire à Mykonos, magnifique île dont le taux de mortalité montera très vite en flèche avec l’arrivée de Christopher (Robert Behling, revu dans Cujo) et Celia (Jane Lyle, croisée dans le médiocre La Secte des Morts-Vivants, lui aussi tourné en Grèce), deux soi-disant gentils touristes se faisant passer pour un couple tout ce qu’il y a de plus respectable. En fait deux véritables démons, frère et sœur pratiquant l’inceste et liquidant avec cruauté certaine tous ceux qu’ils considèrent comme de sinistres pécheurs. Sans oublier, en bons artistes qu’ils sont, de photographier leurs méfaits comme s’ils en étaient, paradoxalement, de simples spectateurs. Et les voilà donc de s’en prendre à un peu tout le monde, crucifiant un pauvre Français à la queue trop bien pendue avant de le forcer à avaler des litres de peinture, cramant le visage d’une demoiselle qu’ils jugent être une vulgaire junkie, décapitant au tractopelle une femme mûre (Jessica Dublin des deux premiers Toxic Avenger !) un peu trop brutale au plumard, éventrant ou trouant le crâne au revolver d’homosexuels, quand ils ne s’amusent pas à courser une brunette coupable d’adultère avec une serpe. Et tout cela au nom du petit Jésus, sans doute bien peiné de voir que ses plus ouailles combattent le feu par la lave et se montrent donc bien plus virulents que ceux qu’ils dénoncent, soi-disant au nom d’une force divine. Le lot commun de tous les êtres de fiction, en somme… V’la en tout cas le cocktail fait pour faire péter un joli petit câble à nos amis Chrétiens de Grande-Bretagne : religion et sadisme, soit les deux éléments parfaits pour s’assurer un retrait durable des étagères de tous les vidéoclubs de Londres !

 

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C’est de toute façon le but recherché et avoué, car si Mastorakis ouvre son film comme le ferait une agence de voyage tentant de vous envoyer vous faire voir chez les Grecs, avec ses décors paradisiaques et marins (le terrain de jeu d’Hadès et Poséidon est beau comme une moussaka préparée avec amour, on ne vous apprend rien) et la séduisante rusticité des lieux, il vire très vite à l’outrageant le plus pur. Passe encore cette partie de baise dans une cabine téléphonique, Christopher appelant sa mère pour lui dire qu’il est en ce moment même en train de besogner sa propre sœur, et ce en public ; c’est graveleux au possible, mais cela reste plutôt soft au regard de ce qui suivra. Car on passe très vite la seconde, lorsque notre premier rôle masculin se rend compte, un beau matin, que sa frangine dort trop profondément pour écarter les cuisses, le forçant tout naturellement à aller se taper une chèvre dans le jardin de l’appartement qu’il loue pour l’été ! Et une fois la minute zoophile terminée, l’indélicat montrera son manque de galanterie en poignardant à mort la bête, dont le sang se répandra sur les pavés de pierre. Pour une entrée en la matière, c’en est une belle, et ce n’est bien évidemment que le début d’un Island of Death mordant dans les polémiques à pleine dents. C’est qu’entre les scènes où Christopher fait éclater une homophobie évidente et celle où il va uriner sur un MILF qui le draguait avec un peu trop d’insistance, rien n’est oublié, pas même le quasi-obligatoire viol, Celia étant agressée dans son bain par deux hippies de passage. Et de rape il sera encore question, mais cette fois sans réelle revenge, lors d’un dernier acte confrontant les deux zoziaux fous à un berger primitif et sale, qui ferait bien de Celia son plat principal. On ne révèlera pas la fin, mais soulignons tout de même que la conclusion de la cavale infernale de nos tueurs nés se terminera de façon bien évidemment sombre et dérangeante, même si nous n’étions, il est vrai, plus à ça près…

 

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Alors on le tiendrait finalement, le film choc apte à causer une descente d’organes plus douloureuse que celles d’un Cannibal Holocaust ou d’un Cannibal Ferox ? Peut-être pas quand même, car si le Nico balance absolument tous les fruits défendus dans son mixer pour en faire un jus dont l’arôme ne laissera personne indifférent, il ne parvient pas non plus à tomber pleinement dans le perturbant pur et dur. La faute sans doute à une bonne humeur presque trop communicative, rendue possible par une bande-son aux portes du guilleret et des paysages si solaires qu’il en devient difficile de trouver Island of Death aussi glauque qu’il voudrait l’être. Si sur le papier tout porte à croire que l’on tient là un Orange Mécanique extrême, à l’écran on se retrouve plutôt avec une bonne grosse vanne bien grasse, faite pour indigner un maximum de monde mais restant tout de même, à la fin, une simple farce. Mais une particulièrement efficace, au rythme jamais pris en défaut, grâce à un scénario (écrit en une semaine, comme tout bon bad trip branché exploitation) tenant clairement de la collection de vignettes et se gardant bien d’échafauder une structure solide sur laquelle faire reposer son script. Ta paidia tou Diavolou (« Les enfants du Diable » pour ceux qui, comme moi, ne bitent rien au grec) se présente comme une œuvre libre, papillonnant d’une scène à l’autre sans s’embarrasser de réelle liaison, se collant au genre du « psychokiller movie » en mode faits-divers. Cela reste bien évidemment du cinéma, et du bon puisque la réalisation est particulièrement aboutie et professionnelle, mais ça ne se sacrifie jamais aux règles du septième art. Un vrai bon point, car il aurait été aisé de tomber dans le redondant et l’ennuyeux avec 100 minutes au compteur, durée souvent excessive lorsque l’on parle de cinoche bien bis sous les aisselles. Evidemment, ce manque de liant en gênera plus d’un, et ces derniers regretteront que les rares constructions de récit que s’impose le réalisateur sont évacuées en une scène, sacrifiées qu’elles sont sur l’autel du morceau de bravoure. Voir pour s’en convaincre le passage avec ce flic, que l’on nous vend comme la Némésis du couple, pendu à l’aile d’un avion en milieu de métrage… Un faux problème donc, qui dépendra surtout de votre attachement à une intrigue bien formée et de votre capacité à vous laisser porter par le vent, comme les deux diablotins ici dessinés.

 

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Pas la peine de continuer à danser autour du pot alors qu’on finira bien par s’asseoir dessus : Island of Death fait partie de ces plaisirs perdus avec le temps, de ces poussées de liberté que seul le cinéma bis européen des années 70 semblait pouvoir se permettre. Un coup de poing dans le bide véritablement à part, seulement mû par la volonté qu’avait son réalisateur de se remplir les poches, mais devenu par la force des choses une entité à la volonté propre, une puissance insaisissable n’en faisant qu’à sa tête et naviguant au gré des envies, que ce soit dans la mer rouge et agitée du gore offensant (même si, budget réduit oblige, les effets sont le plus souvent simples) ou celle de la tranche de vie décalée, teintée d’humour et même de poésie. Car à combien d’autres films capables de passer de jolis plans d’un couple face à la mer, aux coups de harpon dans le ventre ou d’un coup d’épée dans le nombril, pouvez-vous penser ? Certainement trop peu. Island of Death n’en est donc que plus précieux et mériterait bien de sortir de la case des inédits, à laquelle il est rangé depuis trop longtemps chez nous. Editeurs, à vous de jouer !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Nico Mastorakis
  • Scénario: Nico Mastorakis
  • Production: Nico Mastorakis
  • Titres: Ta paidia tou Diavolou (Grèce)
  • Pays: Grèce
  • Acteurs: Ribert Behling, Jane Lyle, Jessica Dublin, Gerard Gonalons
  • Année: 1976

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