Boardinghouse

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Qui pour encore croire qu’un film nommé Boardinghouse, soit « maison de repos » dans la langue de Jean D’Ormesson (paix à ton âme, brave homme), sorti chez Uncut Movies nous montrera quelques vieilles biques prendre le thé en s’excitant devant Des Chiffres et des Lettres ? Certainement pas les mieux informés, bien au jus qu’en traversant l’entrée de cette bicoque, ils s’exposent à du gore sponsorisé par Heinz, à des culs rebondis, des seins partis prendre l’air et, bien évidemment, à toute une classe de mauvais acteurs. Foutez la pizza aux ananas au four et rameutez vos potes, c’est la fièvre du samedi soir !

 

 

Dans la famille « C’est culte mais on se demande encore pourquoi », Boardinghouse est une sacrée pioche, et ce même si elle n’en a pas l’air. C’est qu’à vue de télescope, cette minuscule production sortie sur les écrans en 1982 n’a rien de plus ou de moins que le tout-venant de la Série B, voire Z, made in America. Car tout est là : du tournage expédié en deux semaines (que l’on suppose bien chargées) au script fomenté puis tourné en famille et entre amis. En passant bien sûr par un casting majoritairement constitué de bombasses eighties, d’une villa avec piscine pour tout décor et une poignée d’effets gore à base de tripaille porcines, sans doute confectionné entre les plaques de cuisson et l’évier par Madame Kalassu. Madame qui ? Kalassu, chère et tendre de John Wintergate, avec lequel elle forme un joli petit couple de musiciens, visiblement attirés par la face sombre du septième art. Ainsi, après avoir traversé l’écran dans de petits rôles pour les besoin de Terror on Tour, slasher musical plus connu pour sa volonté de surfer sur le phénomène KISS que pour ses éventuelles qualités, voilà que Wintergate et Kalassu se fixent pour mission de réaliser et produire une petite péloche mélangeant horreur et humour, et ce par leurs propres moyens. Alors on rameute les connaissances, on demande à son propre avocat de venir tenir un rôle similaire à celui qu’il joue dans la vie de tous les jours, on se débrouille pour pouvoir tourner devant l’église avec la participation du curé en figurant, et on passe du bon temps à barboter dans le jacuzzi de la bicoque que l’on a louée. Alors pourquoi Boardinghouse jouit-il d’une aura de film culte, que l’on pourrait comparer à celle de Troll 2 bien que ce soit dans une moindre mesure, si tout ce que l’on y trouve est finalement commun à une belle portion des péloches du même gabarit sorties à l’époque ? A tous ces essais d’une fois (car Wintergate ne remit jamais le couvert, évidemment…), tournés en vidéo parce que les finances du foyer ne permettaient pas l’usage de la pellicule ? C’est justement là que le sort donne un coup de pouce à tout ce beau monde, en en faisant les géniteurs du premier film d’horreur shot on video ! L’Histoire est donc en marche, et Boardinghouse de devenir une sorte de modèle pour tous les metteurs en scène sans le sou, auquel il est désormais prouvé qu’un simple caméscope peut suffire pour porter la casquette de réalisateur.

 

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Reste qu’être le premier à passer la ligne d’arrivée n’est pas toujours suffisant pour devenir une légende en bonne et due forme, et le présent long-métrage peut surtout compter sur son fort caractère pour se faire remarquer. Car Boardinghouse, c’est de la folie pure, le nonsensique porté au rang de mode de vie et une sacrée collection de scénettes censées donner forme à une histoire dont nous serions bien en peine de décrire les contours. On capte qu’il est vaguement question d’une maison maudite, dans laquelle il ne se serait passé que des drames depuis les homicides d’une sorte de savant et des siens, et qu’elle est désormais rachetée par un jeune homme, incarné par Wintergate lui-même (qui fait tout dans le film, sous différents pseudos). A partir de là, c’est le festival du grand n’importe-quoi, puisqu’en étudiant la télékinésie et autres sciences du neurone, le gaillard peut faire virevolter les objets, même si cela ne semble lui servir qu’à balancer ses chaussettes dans des bols remplis de flotte (véridique). Serait-ce lui la cause des accidents dans la baraque, de ces couteaux plantés dans les mimines des jolies jeunes filles qu’il vient de prendre comme locataires ? Et pourquoi l’une d’elle fait d’horribles cauchemars lors desquels elle se retrouve pourchassée par des monstres ? N’oublions pas non plus ce jardinier très louche (sont toujours louches, les jardiniers) dont le passe-temps semble être de s’approcher des nénettes avec sa tronçonneuse ou ses cisailles… Bref, on oscille entre le slasher pour les figures imposées, le genre de la maison hantée alors popularisé par Amityville, et on a étalé une bonne dose de Carrie avec les pouvoirs psychiques sur le tout ! Wintergate et son épouse, bien évidemment le premier rôle féminin de cette offrande faite au dieu Portnawak, sont-ils néanmoins les seuls fautifs du côté incompréhensible de leur premier et dernier méfait ?

 

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Pas tout à fait, car leur distributeur a également son lot de culpabilité quant au résultat final. En effet, pas franchement en phase avec le versant humoristique souhaité par les deux auteurs, qui voulaient clairement se fendre d’une bêtise assumée et basse du front, les acquéreurs de Boardinghouse décidèrent de retirer les séquences tapant un peu trop dans la gaudriole. Pas évident puisque l’ensemble du métrage semble avoir été tourné en ricanant, avec une profonde conscience de la débilité de l’affaire et l’incapacité de l’équipe technique. Bien difficile dès lors de se dépatouiller en salle de montage, de se démerder pour donner une tournure sérieuse à ce qui pourrait être un film d’épouvante shooté en duo par Jean Roucas et Guy Montagné. Pour ne rien arranger, les scénaristes, visiblement un peu perchés dans la vie de tous les jours, avaient mis au point toute une mythologie assez précise quant à ces fameux pouvoirs psychiques, au fil de longues scènes mettant en lumière ces pratiques. Evidemment, histoire d’avoir un produit fini de durée acceptable (le premier montage de Wintergate durait plus de 2h30 !), tout ça est parti à la benne, laissant le spectateur avec un gruyère aux trous béants… et donc un récit auquel on ne comprend rien ou pas grand-chose. Le pire dans tout ça ? Ben c’est que ça sert presque le tout ! C’est que nous n’étions pas forcément motivés à nous coltiner 120 minutes de bécasses s’envoyant un frisbee d’un bout à l’autre de leur bassin, la version courte étant déjà suffisamment longue puisque s’étirant jusqu’à 100 minutes, soit sans doute vingt de trop lorsque l’on parle de Z. Et puis, comme par miracle, cet aspect décousu dû à un charcutage de bobine finit par renforcer la sympathie de l’ensemble.

 

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Bien sûr que tout cela ressemble plus à un patchwork de passages sans lien réel entre les uns et les autres, mais c’est aussi très précisément cet infernal désordre qui capte l’attention, au point de frôler l’hypnotique. Difficile en effet de décrocher nos yeux ébahis de ce spectacle de magie des plus gauches, dont les tours semblent avoir été improvisés juste avant le lever de rideau, et c’est la peur de louper de folles secondes qui vous menotteront à vos canapés. Nous sommes d’ailleurs cueillis dès cette étrange introduction sous fond d’un synthé que n’aurait sans doute pas renié Carpenter, alors qu’à l’écran apparaissent des annotations faites par ordinateur, ce dont était très fier un Wintergate se pensant en avance sur son temps de par l’utilisation d’un PC. Et auquel on signalera tout de même que cinq minutes de génériques et de données informatiques, ça fait long… Mais on pardonne tout à un gros Z mal fagoté s’il parvient à nous surprendre, comme par exemple en envoyant une sorte de fantôme à l’écran en utilisant en fait une fonction du caméscope, celle-ci permettant de garder en mémoire une forme enregistrée auparavant, technique que l’on ne pensait retrouver que chez le Chester Novell Turner de Tales from the Quadead Zone. Ou en se fendant d’un gimmick à la William Castle, soit l’Horror Vision, censé prévenir l’audience que les passages trash arrivent, et que l’on décrira comme un cri de jaguar ayant chopé un cancer de la gorge et un bref plan d’une main gantée avec des effets psychédéliques. D’ailleurs, et comme le dit si bien Kalassu elle-même, pas besoin de fumer un petit joint pour voir votre téléviseur dégueuler des arcs-en-ciel, la colorimétrie partant régulièrement dans le bariolé lors des meurtres, histoire de mettre un peu de couleurs au drame.

 

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Oui, il y a toujours un petit quelque-chose à noter dans Boardinghouse, y compris dans ses scènes les plus inutiles. On remarquera donc que Wintergate semble être l’improbable croisement entre Malcolm McDowell et une vieille pomme de terre, que ses slips sont tous plus ridicules les uns que les autres, qu’un détective privé s’infiltre dans la maisonnée en demandant s’il peut téléphoner mais part en fait bronzer près de la piscine (super malin pour ne pas se faire remarquer…), une demoiselle se coltinant soudainement un visage de vieux goret sans raison apparente, un savon flottant au-dessus du bain et un cauchemar conviant fumigènes, cimetières et cochons maudits ! Tout un programme auquel on ajoutera les inévitables plans nichons et les séquences gorasses (une main dans le broyeur, des yeux sortant de leurs orbites, un cœur sortant de sa cage thoracique ou des tripes à l’air), ultimes assaisonnements venus faire de ce film dingo un véritable OVNI que les spectateurs (surtout américains, faut bien le dire) se repasse en boucle en se gaussant. Et le Wintergate et sa Karassu de nous promettre une suite, que l’on attend toujours dix ans après cette annonce qui ne créa visiblement aucune émeute… mais permet à nos époux de faire croire qu’ils sont plus que les créateurs d’une seule bande barjot. Faut-il se la procurer en DVD chez nos amis d’Uncut Movies d’ailleurs, la bande en question ? Soyons honnêtes et reconnaissons que se retrouver seul avec elle, lors d’un tête-à-tête en privé, n’est pas forcément la meilleure des idées, le temps pouvant finir par sembler long. Par contre, si vous êtes du genre à vous organiser des séances en comité bisseux, vous venez de tomber sur un sacré gagnant. Non seulement Boardinghouse a suffisamment de scènes inutiles pour vous laisser le temps d’aller vérifier que la pizza cuit convenablement, mais en plus il vous permettra d’élargir votre cercle de connaissances. Car il est évident que la région entière se battra pour venir s’éclater avec vous, et certainement pas pour votre cuisson des pizz’ aux ananas…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: John Wintergate
  • Scénario: John Wintergate
  • Production: Peter Baahlu
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Wintergate, Kalassu, Lindsay Freeman, Joel Riordan
  • Année: 1982

4 comments to Boardinghouse

  • Patrick Lang  says:

    Ah celui la, il atteint même pas des sommets, mais le cosmos et au-delà 😀 je suis fan. Tu as tout dit!
    Il y a une VHS sortie chez Antares/Travelling, avec un doublage français. Mine de rien, je l’aime bien la musique du film!

  • Roggy  says:

    La ressemblance dont tu parles à la fin est tout à fait exacte 🙂

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