RIP Jack Ketchum

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La nouvelle est donc tombée ce mercredi 24 janvier 2018 : Jack Ketchum est décédé à l’âge de 71 ans, des suites d’un cancer.

Ketchum, c’était le beau gosse de l’horreur… Mais ne vous fiez pas à cette gueule de tombeur, car le cerveau du bonhomme était sûrement l’un des plus dérangés qu’ait connu la littérature d’horreur américaine. Né en 1946, Dallas Mayr (son patronyme de naissance) est devenu un auteur culte au fil du temps, à l’instar de son compatriote Richard Laymon : des communautés de fans un peu partout, un site Internet classieux, des romans régulièrement réédités, des prix littéraires remportés pour ses nouvelles ou ses romans, l’absolution du King lui-même (considérant Ketchum comme l’un des plus importants auteurs américains contemporains), et des adaptations cinématographiques de ces œuvres, passage quasi obligé vers la gloire dans le monde de l’horreur. Ainsi n’oubliera-t-on pas de sitôt les traumatisants The Lost en 2006 et The Girl Next Door en 2007, mais aussi Red en 2008, ou Offspring en 2009, survival trash qui constituait la suite de son premier roman Off Season. Sans compter que Jack Ketchum – si l’on veut rester au rayon cinéma – scénarisa aussi ses propres récits la plupart du temps (The Woman de Lucky McKee) et apparut même en guest dans quelques titres que nous citions.

Mais Jack Ketchum – pseudonyme qui tire son origine d’un infâme bourreau anglais du XIIème siècle, du nom de Jack Ketch – fut d’abord et avant tout un écrivain : bien sûr, son œuvre romanesque pèse quantitativement moins lourd que celle d’un King justement, ou que celle d’un Masterton : une vingtaine de romans en tout et pour tout, plus quelques dizaines de nouvelles. Mais à chaque fois qu’on put lire Ketchum en français (trop peu…), ce fut un coup de poing dans le ventre, un tarte dans la tronche même, tant le mec avait l’art du remugle malsain et de l’effluve délétère. Merci d’ailleurs au regretté Daniel Riche d’avoir flairé le coup, car il est le premier – en France – à avoir édité du Ketchum dans le cadre de la Collection Gore : rappelons-nous Saison de Mort (Off Season, 1980) qui fut malheureusement haché menu dans son adaptation française (alors que le roman avait déjà dû subir d’incroyables controverses quand il parut en 1980…), et Cache-cache effroyable (Hide and seek, 1984), lui aussi bien charcuté pour rentrer dans les clous du Fleuve Noir. Heureusement, la maison Bragelonne réédita Off Season en version intégrale (en 2008), en plus de proposer Une Fille comme les Autres (The Girl Next Door, 1989), Fils unique (Only Child, 1995), et puis Comme un Chien tout dernièrement (The Secret Life of Souls), coécrit par Lucky McKee…  Excepté ces quelques titres, les francophones pourront aussi lire une petite poignée de ses nouvelles, notamment dans les pages de la revue Ténèbres au milieu des années 2000. Oui, il est encore une palanquée de titres qui attendent un traducteur et un éditeur français (Offspring, She Wakes, Ladies’ Night…). Ne désespérons pas cependant, le décès de l’artiste accélérera peut-être les choses…

Cerveau dérangé disions-nous ironiquement, car Jack Ketchum aimait à traîner sa plume dans les eaux les plus troubles de l’horreur : cannibalisme, torture, inceste, pédophilie, violence familiale, soumission, domination, tueur en série… Bref, ça fait souvent très mal et ça va souvent très loin ! Et ce n’est donc pas étonnant si dans les années 80, Ketchum devint l’une des principales têtes de gondole du mouvement littéraire qu’un critique de l’époque appela splatterpunk : pour aller vite, des écrivains ruant dans les brancards de la tradition fantastique et horrifique, n’hésitant pas à faire couler le sang à jets continus et à briser joyeusement les tabous les plus ancrés, sans se soucier du qu’en-dira-t-on et des plus élémentaires bienséances… Bref, du gore bien méchant, direct, ignorant avec entrain les règles de l’élégante suggestion et de la saine pudeur. Du bonheur en barre un mot, qui nous fait encore dire qu’un grand s’en est allé… RIP Jack, il nous reste l’essentiel : tes livres, à lire et à relire.

David Didelot

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