Giantess Attack

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Si pour vous Jeff Leroy est synonyme de gore à l’arrière-goût de Tomacouli de chez Panzani et de pépées joyeusement potelées dévoilant leurs courbes les plus secrètes, vous risquez d’être surpris en tombant sur Giantess Attack, l’un de ses petits derniers. Certes, le lascar n’a pas tourné le dos à son amour pour les effets spéciaux made in Photoshop, et sur le strict plan visuel, on reste en terrain connu. N’empêche qu’en y allant mollo sur la nudité et la violence, le poto Jeff livre un low-budget plus « grand public » que d’ordinaire…

 

 

 

L’est pas du genre à mâcher ses mots lorsque vient le moment de faire la promotion de son nouveau projet, le père Leroy. Ainsi, sur la page Kickstarter qu’il lance en 2013 pour récolter un peu de monnaie pour son Giantess Attack alors en préparation, il n’hésite pas à envoyer un petit tacle aux films de demoiselles maousses sortis ces vingt dernières années. « Des films comme le remake de Attack of the 50ft Woman ou le récent Attack of the 60ft Cheerleader ont failli à livrer l’effroi, les demoiselles géantes et sexy, ou les destructions de miniatures ringardes que vous pourriez trouver dans un film de monstre japonais. J’ai pour but de proposer ces trois choses inhérentes au cinéma du gigantisme et ce pour un budget des plus minces. » Christopher Guest et Kevin O’Neill, réalisateurs des deux bobines épinglées, apprécieront l’hommage ! Reste que cette franchise permit sans doute à Leroy de motiver les troupes : quémandant 4000 dollars à la base, il finira par en récolter 5613, permettant à tous les apprentis producteurs de la planète de s’offrir une place au générique d’une production, aussi riquiqui soit-elle. De quoi expliquer une liste de producteurs associés longue comme le bras, dont on extraira tout de même ce vieux roublard qu’est David Sterling, « movie mogul » bien connu de nos services. C’est que l’on lui doit une grosse benne de Z souvent mal foutus, comme les abominables Camp Blood, mais aussi quelques tentatives plus réussies, comme justement les œuvres de Jeff Leroy, tel un Witch’s Sabbath généreux en big boobs. Bien sûr, il faut pouvoir se faire au monde très particulier de Leroy, fait d’effets très spéciaux (des montages à mille lieues du boulot d’un Weta, et c’est rien de le dire puisque le tout semble fait via Photoshop, voire Paint), de comédiens en roue libre et de pitchs souvent improbables (voir pour s’en convaincre son génial Rat Scratch Fever, qu’un Bruno Mattei sous acide n’aurait pas renié). Nous, on est plutôt clients, et c’est donc les bras grands ouverts que l’on accueille ce Giantess Attack parvenant à être encore plus déstabilisant que les travaux précédents du bonhomme.

 

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Tout d’abord, le tout ne dure que 60 petites minutes, une durée assez inhabituelle pour ce type de films, qui tentent généralement d’atteindre au minimum les 75 ou 80 minutes. Cette volonté de la jouer courte colle néanmoins avec les envies du réalisateur puisque Giantess Attack obtient dès lors la même longueur que les B Movies d’antan, ceux des années 50 auxquels il se réfère et qui ne dépassaient jamais l’heure pour pouvoir être proposés en double-programme dans les drive-in. Plus désorientant est ce début de métrage nous laissant imaginer que l’on a loupé quelques épisodes, deux super-héroïnes kitsch affrontant, sans plus de présentations, un génie du crime (Randal Malone, déjà dans les précédentes œuvres de Leroy) accompagné de vers de terre mutants et d’un raton-laveur maléfique (le vieux Jeff aurait maté Les Gardiens de la Galaxie ou lu la bande-dessinée avant de se pencher sur son script que ça ne surprendrait pas grand-monde). Comme la justice triomphe toujours, elles lui balancent une fessée bien méritée et peuvent se faire le high five de la victoire. Sauf que l’une des deux poulettes décide plutôt de gifler sa vieille copine, créant une dispute sur le plateau de tournage. Car oui, ces prémices n’étaient qu’un film dans le film, ou plutôt un épisode de série TV dans la série Z, et les deux cocottes sont des actrices ratées jouant les justicières dans un garage, auprès d’un metteur en scène forcé d’emballer les épisodes d’un serial pourri pour gagner sa croute. Si pourri qu’il en vient à être annulé et que pour continuer à gagner du flouze sans avoir à gérer les deux comédiennes, qui ont tendance à être de sacrées emmerdeuses, le producteur songe à faire une version animée.

 

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Pour ainsi dire flanquées à la porte et jetées en taule pour avoir violenté leur patron, la bourrine Diedre (Tasha Tacosa, déjà dans Rat Scratch Fever et Alien vs Titanic) et la naïve Frida (des petits rôles dans Jurassic Attack et Jurassic City), qui se détestaient jusque-là, sont bien obligées de s’unir face à l’adversité. Pour fêter leur amitié nouvelle, elles décident de se saouler et fumer un bong dans l’appartement de Frida, justement lieu que choisissent deux minuscules jumelles extraterrestres (incarnées par Christine Nguyen, à l’affiche du très sympa Sharkansas Women Prison Massacre de Jim Wynorski) pour faire leurs premiers pas sur Terre. C’est que l’heure semble grave et qu’un terrible mal est prêt à ruiner la paix de notre belle planète bleue, tant et si bien que ces Metalunans (vous la sentez bien, la référence à This Island Earth ?) estiment que des demoiselles dont le gagne-pain est de faire semblant de foutre des coups de talons dans le cul des méchants sont encore les plus qualifiées pour le faire pour de vrai. Pour les aider dans leur lutte à venir, les lilliputiennes offrent à nos deux chômeuses une technologie nouvelle leur permettant de grandir. Mais Diedre et Frida trouvant les petites sœurs trop lourdingues avec leurs interminables monologues, elles décident de les cramer et d’utiliser leurs pouvoirs pour devenir des colosses, s’éclater et se venger de leurs ennemis, au grand dam d’une armée peu ravie de voir deux bimbos réduire Hollywood en miettes.

 

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Autant dire que le sérieux, Jeff Leroy l’a laissé à d’autres et compte bien prendre Giantess Attack pour ce qu’il est : une bonne grosse farce à destination des cinéphiles amoureux des petits budgets et de la bricole entre amis, le tout avec une large dose de nostalgie pour le cinoche d’exploitation à l’ancienne. Alors bien sûr, il ne fait pas comme si aucune eau n’avait coulé sous le pont du 7ème art version grindhouse, et en balançant quelques fausses publicités à la Robocop, il souligne la face un peu ricanante de l’entreprise, pas dupe de sa condition de vanne rigolote mais anecdotique. Mais il garde tout de même le cap qu’il s’est fixé et tente, vaille que vaille, d’actualiser un esprit qui garde ses origines dans les bidouillages des vieux de la vieille, Corman style. En résumé, les demoiselles vont poser leur popotin sur des immeubles en carton et envoyer valdinguer des voitures de la marque Majorette, comme au bon vieux temps où Godzilla faisait sentir son haleine putride à des tanks en plastoc. Une méthode old-school bien pratique pour justifier le manque de sang et de fesse, les deux actrices ne déballant jamais la marchandise. Et pour l’aspect « bien de son époque », on va taper fort dans un humour stoner avec nénettes sous l’emprise de la fumette, ou dans le graveleux puisque ces distinguées dames finiront par uriner sur un général de l’armée. Qui n’en est pas au bout de ses surprises puisque Diedre se l’enfoncera dans l’anus avant que Frida décide d’en faire son vibromasseur vivant en se le glissant dans le vagin. Aussi barje qu’exquis, et contrastant sérieusement avec le contour plus family friendly qu’avait la bobine jusque-là, de par son absence de viscères et de mamelons.

 

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On rigole donc bien face à cette comédie taille XXL, souvent parce que c’est volontairement drôle (les gags mentionnés plus haut),  et encore plus souvent parce que les effets sont foirés. Difficile de ne pas pouffer en découvrant la foule, réalisée par ordinateur (et pas le dernier Asus, à mon avis) et composée de personnages moins crédibles que les petits bonhommes de pixels du premier jeu Sims. Mais c’est ça les petites prods entre amis, en famille, et on ne sera d’ailleurs pas surpris de voir David Sterling se balader à l’arrière-plan, de croiser Al Burke (la série des Killjoy) en flic moustachu, le réalisateur de zéderies Mark Polonia en bidasse ou Shawn C. Phillips, youtubeur plus ou moins connu du milieu et grand copain de Sterling (qui le place dans quasiment toutes ses sorties), en badaud désireux de faire des selfies avec les géantes. Transpire donc du tout un aspect chaleureux et ne cachant jamais sa complicité avec son audience, que Giantess Attack sait des plus réduites. Leroy fait donc ce qu’il fait de mieux : des quickies sans fric à destination des mordus du low budget, rythmés et gorgés de grands moments de n’importe-quoi. Fun, ni plus ni moins. Et c’est bien ainsi.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jeff Leroy
  • Scénario: Jeff Leroy, Jay Woelfel, Jed Rowen, Tasha Tacosa, Rachel Riley, Robert Rhine
  • Production: David Sterling,…
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tasha Tacosa, Rachel Riley, Christine Nguyen, Jed Rowen
  • Année: 2017

 

2 comments to Giantess Attack

  • Roggy  says:

    J’ai découvert Jeff Leroy avec « Creepies » et celui-ci semble issu du même tonneau (et du même ordi !). Et si en plus il y a un raton-laveur 🙂

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