Paranoiac

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Eh non les louveteaux, la Hammer, ce n’était pas que des vampires fendant de leurs ailes la nuit noire ou des momies vomissant leurs malédictions sur de pauvres archéologues moustachus : c’était aussi de petits thrillers lorgnant sur la copie du voisin, un certain Norman Bates, comme ce Paranoiac qui nous rappelle que la famille, c’est pas toujours comme dans les pubs pour les céréales…

 

 

 

Souvent occultés pour laisser plus de place aux pelloches sur le vampirisme, les savants fous ou les zombies portant la bandelette comme personne, les films à suspense de la Hammer ne sont heureusement pas oubliés par l’éditeur Elephant Films, qui leur réserve son bon traitement habituel, avec Blu-Ray et bonus du connaisseur Nicolas Stanzick à la clé. Il aurait d’ailleurs été plus que triste que le Paranoiac (1963) de Freddie Francis (Dracula et les Femmes, L’Empreinte de Frankenstein) se trimballe une édition au rabais, tant ce film d’angoisse qui suit le sillage de Psychose contient de belles choses. Pas pour la pauvre Eleanor Ashby (Janette Scott de The Day of the Triffids), à la déprime tenace depuis que ses parents sont partis en fumée lors du crash d’un avion et que son frère Tony s’est donné la mort à seulement 15 ans, se jetant du haut d’une falaise donnant sur la mer. Pas de quoi rire, en effet, surtout qu’elle se retrouve désormais coincée dans son joli, mais maussade, manoir avec son alcoolo et cruel frère Simon (Oliver Reed, La Nuit du Loup-Garou, Trauma), sa sévère tante Henrietta (Sheila Burrel) dont le seul but est de préserver la grandeur du nom Ashby et, enfin, son infirmière Françoise (Liliane Brousse, le Maniac de 1963) avec laquelle elle n’a aucune affinité. Pire, Simon fait tout son possible pour faire passer sa sœurette pour une démente, Françoise étant en fait l’une de ses conquêtes qu’il engage pour se jouer d’Eleanor, si fragile mentalement qu’elle commence à voir la silhouette du décédé Tony un peu partout…

 

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Si le tout débute comme Le Carnaval des Âmes (orgues, jeune fille errant dans la nature, visions inquiétantes), Francis redirige bien vite le propos vers le film policier à base de machinations, pour une course à l’héritage aux nombreux pions. Car outre un Simon tout en manigances et une tante pas toujours très claire, on peut aussi compter sur le fils du notaire, si au fait des finances et secrets des Ashby qu’il embauche un comédien pour jouer le rôle de Tony, histoire de jouer la carte du retour du fils prodige. Noir et blanc de rigueur, réalisation précise et toute en finesse, Paranoiac nous la joue donc « une famille formidable » à l’envers, où tous les bons sentiments sont effacés pour laisser la place à l’avidité et à la folie. Et les plus fous ne sont d’ailleurs pas nécessairement ceux que l’on pense, Jimmy Sangster, bien sûr au scénar’, rebondissant de twists en twists pour mieux brouiller les pistes. Et comme dans un bon livre d’Agatha Christie, quelques têtes tomberont, que ce soit lors d’un incendie final (on le sait, la Hammer aime clore les débats autour du feu) ou, à l’inverse, en noyant un témoin un peu trop embarrassant dans la mare aux canards. Evidemment, Hammer oblige, on ne se coupe pas trop d’un public biberonné à l’épouvante, et le bon Freddie y va de ses apparitions fantomatiques, de sa victime emmurée vivante, de ses découvertes de cadavres en putréfaction et même de sa figure masquée et armée. L’ombre du slasher, encore loin d’être né à l’époque, avec ce mystérieux personnage déguisé en enfant de chœurs, au visage aussi factice que lugubre, et armé d’un crochet… Sans doute les meilleurs instants de Paranoiac, qui du reste peine à créer la surprise.

 

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Visiblement bien installée dans les pantoufles du crime drama, la fine équipe habituelle du studio (Roy Ashton, Anthony Hinds et compagnie) se complait dans les figures classiques du genre, enchainant les félonies, les voitures trafiquées pour faire croire à de malencontreux accidents et les secrets jalousement gardés. Les crises de nerfs, aussi, celles d’une Eleanor parfaite en hirondelle tombée dans un nid de vautours, mais également celles d’un Simon faisant le show à lui tout seul. On remerciera d’ailleurs un Oliver Reed très en forme, dont le sourire perpétuellement sarcastique et la cruauté font ici des merveilles, le comédien bouffant l’écran sans avoir peur d’en faire trop. Alors oui, ça cabotine quelquefois, surtout lorsqu’il nous la joue aristo aviné éclatant de rire, ou lorsque sa colère prend le pas, mais la présence et le charisme du bonhomme font que le tout passe crème. Une bonne raison, mais pas la seule (on le répète, le tout est plus qu’agréable et se suit sans bâillements, malgré quelques bévues dans les effets comme une voiture au capot transparent !), d’aller voir ce que racontait la plus gothique des enseignes lorsqu’elle daignait sortir de son cirque des horreurs.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Freddie Francis
  • Scénario: Jimmy Sangster
  • Production: Anthony Hinds
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Oliver Reed, Janette Scott, Sheila Burrel, Alexander Davion
  • Année: 1963

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