L’Invasion des Cocons (Deep Space)

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Ridley Scott et James Cameron n’en finissaient décidément pas de faire des émules dans les belles eighties, et il n’est plus à souligner que parmi la horde de suiveurs, Fred Olen Ray faisait partie des plus bornés, revenant encore et encore au sous-Alien. Et avec Deep Space, ou L’Invasion des Cocons sur notre territoire, le lascar semble avoir récupéré la douzaine d’œufs que Ripley avait oublié de cuire à la coque quelques années plus tôt…

 

 

 

Oncle Fredo, c’est un peu comme Tonton Wynorski ou le cousin DeCoteau : ils radotent un peu avec leurs vieilles blagues grivoises et leurs vieilles histoires racontées cent fois, genre « Michelle Bauer m’a montré ses seins lors d’une soirée en 88 », « J’ai déjà pris un bain de minuit avec Monique Gabrielle » ou « Je rêve encore du défilé de jeunes éphèbes en slip blanc que fut The Brotherhood » (oui, ça c’est DeCoteau), mais on est toujours contents de se retrouver assis à côté d’eux aux réunions de famille quand même. D’ailleurs, comme le vieux Fred a bien vu que ses derniers efforts avec Steven Seagal en tête d’affiche nous excitaient autant qu’une visite guidée au salon de la céramique, le voilà qui nous refile en guise d’étrennes la vieille VHS de son Invasion des Cocons. « C’est un vieux bidule de 88, mais c’est un de mes meilleurs films. Faut se l’envoyer à Pacques en bouffant du chocolat Milka, et si tu plisses les yeux, t’auras l’impression de mater Alien. » T’es sûr que c’est pas plutôt en les fermant, vielle baderne ? Non parce que ton Deep Space, il est plus proche du Contamination de Luigi Cozzi que de la célèbre saga que son concepteur ne cesse de ramener à la vie pour des résultats pas toujours probants. Comme dans la grosse (et bonne) omelette du tenancier de la boutique Profondo Rosso, l’épicerie la plus bis du monde, Mister Ray situe son action sur le plancher des vaches et esquive les coûteux vaisseaux spatiaux et les planètes rouges, division « B Movie » oblige. Pas de Sigourney Weaver au casting non plus, évidemment, Fred, également co-producteur avec Alan Amiel (qui produira aussi ses Inner Sanctum et Commando Squad), se rabattant plutôt sur de vieux briscards auxquels les grosses productions ont tourné le dos depuis quelques temps déjà. Des gars comme Charles Napier (Rambo II) et Bo Svenson (Une Poignée de Salopards), pas contraires à l’idée de dégoupiller des caisses entières de grenades pour faire péter de l’extra-terrestre, à condition que ça paye la facture d’électricité des deux prochains mois… Et peut-être même des trois prochains mois, Fred Olen Ray semblant disposer sur Deep Space d’un peu plus de monnaie que d’ordinaire.

 

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Bien sûr, on n’est pas non plus dans une production Lucasfilm, et L’Invasion des Cocons reste un low-budget tourné en quelques jours. Mais contrairement à un Evil Toons ou un Hollywood Chainsaw Hookers qui se cloitraient dans un ou deux décors à tout casser, avec une équipe d’interprètes ne dépassant pas la dizaine de gus, le présent essai semble bien plus feuillu. Nombreux décors, figurants en suffisance, une poignée d’explosions et cascades, un monstre pas trop mal branlé et qu’on nous montre régulièrement ; y’a pas franchement de quoi se plaindre en la matière, et on se retrouve bel et bien devant une Série B correctement troussée et non pas devant un gros Z torché entre le cagibi et les chiottes. Quel dommage dès lors de constater que le Fredo s’est contenté d’un scénario on ne peut plus banal, lui et son collègue scénariste de l’époque (T.L. Lankford, à ses côtés pour écrire Scalps, The Tomb ou encore Biohazard) enchainant les clichés comme Brigitte Lahaie enfilait jadis les pipes. On se retrouve donc avec une sale bestiole venue du ciel, bien évidemment chapeautée par une armée toujours ravie de confectionner de nouvelles armes mortelles, mais systématiquement emmerdée lorsqu’elle découvre que leurs dernière trouvaille leur échappe et décime la population du patelin le plus proche. Et à qui de faire le ménage ? A un vieux flic badass (Napier) du genre à vous sortir le soufflant avant de vous réciter vos droits, comme de juste emmerdé par son capitaine constamment levé du pied gauche (Svenson) et qui parviendra à se taper la plus jolie flic du commissariat (Ann Turkel de Humanoids from the Deep, ici très fadasse en love interest). La vieille routine en somme, mélangeant les codes du buddy movie à l’invasion d’une autre dimension, en reprenant à son compte les idées de Scott, comme un facehugger sortant lui aussi du bide d’un personnage. Quant à la grosse bébête finale, elle fait bien évidemment penser à la tête de zob imaginée par Giger, Fredo lui ajoutant tout de même une sorte de vagin denté sur le torse et des tentacules pour éviter de voir les avocats de Ridley Scott venir frapper chez lui. Du coup, on se retrouve avec une créature visqueuse tenant du croisement entre l’alien et le Biollante que Godzilla affrontera l’année suivante dans… ben Godzilla vs Biollante, tiens !

 

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Alors forcément, y’a comme une odeur de déjà-vu dans le bazar, avec agents secrets aux lunettes de soleil clôturant la zone, experts se faisant becter dans leur labo alors qu’ils étudiaient les œufs (qui ressemblent surtout à de la merde de vache durcie, m’enfin…) et clochard étant le seul témoin de la chute d’un suppositoire spatial contenant le monstre. Et vu que le pauvre vieux est du genre à tremper son croissant dans du Jack Daniel’s lorsqu’il se réveille dans son carton, personne ne le croit ! Sauf Charles Napier, qui finira bien sûr par se dire qu’il y a quelque-chose de pas normal dans ces meurtres dégueulasses et l’implication des services secrets. Pas de bol, le zig’ fait partie des pires inspecteurs jamais vus sur un écran, le genre à n’avoir jamais ouvert ses manuels d’école de police mais se pensant un fin limier parce qu’il a vu tous les Dirty Harry trois fois. Pour vous dire à quel point le mec est loin d’avoir le sens de la déduction de Miss Marple, c’est une voyante qui devra lui donner un coup de téléphone pour l’aider à résoudre l’enquête ! D’ailleurs, puisque son héros est un peu con sur les bords et que son plus grand talent est de jouer de la cornemuse et savoir cuire des steaks (et encore, lorsqu’il invite Turkel, il se démerde encore pour les cramer !), Fred Olen Ray ne manque jamais une occasion de se foutre de sa tronche, le transformant en une caricature de condé. Même traitement pour son équipier (Ron Glass, gros mercenaire de la tv), visiblement incapable de se sentir une virilité lorsqu’il n’a pas sa pétoire accrochée à la ceinture… Ca ricane donc doucement et c’est pas plus mal, Deep Space n’étant pas de ces œuvres que l’on place dans le tourne-disque en espérant un sérieux absolu. Et puisque l’aspect horrifique est correctement traité, pas de quoi se plaindre non plus, en dépit d’un manque flagrant de gore et de sexe, ce qui est plutôt étonnant pour du Fred Olen Ray, jamais le dernier à inciter ses actrices à tomber le haut. Non pas que l’on mourrait d’envie de voir Ann Turkel à oilpé, mais bon…

 

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Notre bon copain se rattrape tout de même lors d’un final nerveux, certes tourné dans le noir (sans doute pour masquer les imperfections du costume du salopard venu de l’espace), mais plutôt violent pour la bestiole, qui sera mitraillée encore et encore, se prendra des coups de fusil à pompe et aura droit à une tronçonneuse dans le bide et la tête. Plutôt pas mal pour une production de ce type. Alors non, on ne tient pas avec L’Invasion des Cocons (titre français un peu mensonger vu qu’on doit voir trois cosses dans le produit fini, pas plus) le meilleur boulot servi par son auteur. Mais c’est peut-être bien le mieux façonné, le plus pro et le plus apte à séduire un public autre que celui des zédards. Aucune raison de le contourner si jamais vous tombez dessus un jour, donc.

Rigs Mordo

Merci au bro Jérôme pour le film !

 

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  • Réalisation: Fred Olen Ray
  • Scénario: Fred Olen Ray, T.L. Lankford
  • Production: Alan Amiel, Fred Olen Ray
  • Titres: Deep Space (USA), L’Etranger de l’Espace (Quebec)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles Napier, Bo Svenson, Ann Turkel, Ron Glass
  • Année: 1988

4 comments to L’Invasion des Cocons (Deep Space)

  • Mighty Matt  says:

    La bestiole a en effet l’air bien classe… Tu connais mon intérêt pour le latex, le caoutchouc et la SF horrifique visqueuse et mal branlée… Je prends ! Cool chro !

  • Roggy  says:

    J’ai vraiment envie de tomber dessus pour le coup… 🙂

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