B-Movies Posters volume 1

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Séchez vos larmes, amis des films d’exploitation budgétés à la vas-y que j’te pousse et des petits Z prenant place dans les caves et jardins de leurs auteurs : Saint Damien, patron de la Série B, est de retour. Appelez donc les louves aux gros nichons, les bidasses qui ont oublié leurs textes, les monstres en frigolite et ceux qui les pourchassent le caméscope à la main, car avec le premier volet de B-Movie Posters, c’est jour de fête.

 

 

Des balloches, Damien Granger doit en avoir une paire sacrément bien accrochée. C’est qu’il en faut, des « Balls of steel » comme on dirait dans le milieu du heavy metal, lorsque l’on décide de se lancer dans une série de livres consacrés à la Série B. La pure, la dure, celle qui sent un peu le vieil oignon et met ses pieds cornés sur la table, assumant son impolitesse car se sachant de toute façon vouée à trouver place dans les sous-sols, souvent mal lavés et jonchés de cadavres de canettes de bières, des plus excentriques des cinéphages. Une race d’ailleurs particulièrement rare, pour ne pas dire en voie d’extinction, dans notre douce France et ses alentours, l’empire d’Emmanuel Macron étant constitué de sujets n’ayant, il faut bien le dire, pas grand-chose à foutre des méfaits perpétrés par des ouvriers du cinéma d’exploitation comme Fred Olen Ray, Jim Wynorski, David DeCoteau, Jeff Leroy, Bruno Mattei, Tim Kincaid ou Albert Pyun. C’est qu’au royaume du bon goût, il est assez mal vu de préférer les peintures réalisées au pistolet à eau aux fresques épiques caressées du bout du pinceau. Tout au plus est-il permis de s’amuser tous les six mois devant un Troma, mais certainement pas deux, car il ne faut pas non plus exagérer… Mais ces considérations, ces tables de la loi du spectateur du septième art, Mister Granger s’en moque bien. C’est que le gaillard, qui nous a laissés comme des hot-dogs sans saucisses en quittant le poste de rédacteur en chef de Mad Movies voilà plus de dix ans, n’a jamais réellement cessé de crier son amour pour le cinéma de proximité. Comprendre celui fait à la main, à l’abri des grands studios, et par des structures réduites qui, si l’on veut caricaturer, en sont presque à vendre leurs films directement à leur audience, comme votre boulanger vous refile vos croissants le dimanche matin, de mimine à mimine. Et si Big Dam semble s’être fait tout petit durant quelques années, ce n’était nullement pour tourner le dos au genre qu’il affectionne tant, mais plutôt pour tenter de lui offrir quelques nouvelles pépites en devenant scénariste et producteur. Une aventure qui tournera malheureusement court (et nous espérons que ce chapitre n’est pas encore refermé) mais aura pour effet de ramener le bonhomme dans son fauteuil de spectateur et, surtout, devant son clavier.

 

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Sortirent ainsi ces dernières années de petits e-books, titrés B-Movies Posters, et que Damien vendait à prix réduit au format PDF. « Le meilleur des affiches de Série B contemporaines » précisaient les jaquettes, qui ne mentaient pas sur la marchandise puisque ces recueils avaient pour but principal d’aligner les flyers les plus bandants jamais sortis des entrepôts Troma, Full Moon, Empire, New Concorde ou Action International Pictures. Du cinéma populaire comme s’il en pleuvait, et dont les différentes affiches étaient toujours accompagnées de petites chroniques revenant sur les méthodes de production ayant accouché du résultat final et d’avis critiques concis. La bonne formule, et un succès quasi-immédiat laissant voir un avenir brillant à la série B-Movie Posters, désormais autorisée à passer du pixel au papier. Après un premier faux départ (une campagne de financement n’arrivant pas à terme), Damien retravaille sa formule et nous balance donc dans les gencives, avec l’aide du maquettiste /joueur d’Attakube Matthieu Nédey (accessoirement le jeune gus derrière le zine Cathodic Overdose, mais c’est moins glamour qu’Attakube), un beau livre, au format plus petit qu’ordinaire, de 210 pages couleurs environ. Evidemment, qui avait fait l’obtention des versions numériques ne sera pas dépaysé : les flyers sont reproduits dans ce que l’on peut supposer être leurs mesures initiales (ou approchant, tout du moins), Damien y va de ses anecdotes et commentaires, et l’on passe de l’un à l’autre à un rythme d’enfer. L’intérêt est bien évidemment visuel avant toute-chose, un choix assumé par l’auteur, qui a d’ailleurs bien conscience que le plus important dans ces petites folies pelliculées est bien souvent l’emballage. Que le chocolat à l’intérieur soit périmé ou non, peu importe pour ces roublards de producteurs, et d’un Lloyd Kaufman à un David Sterling, tous sont conscients que de beaux graphismes peuvent forcer le chaland à mettre le pied dans un piège cinématrographique un peu rouillé. Kaufman le disait d’ailleurs dans son autobiographie : « Une fois qu’ils ont payé leur place, rares sont les spectateurs à oser demander un remboursement. » Quasiment de l’arnaque, ce dont Sterling a aussi conscience, lui qui déclarait que si votre production sent un peu trop le vieux Babibel oublié sous un radiateur, vous aurez tout intérêt à avoir une toile de maître en guise de jaquette DVD (bon il l’a pas présenté comme ça, mais c’était l’idée).

 

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C’est donc au musée Granger que nous sommes conviés, où s’étalent à longueur de murs les plus beaux des artworks (enfin, certains piquent un peu tout de même, comme celui d’un Cyber Tracker malheureux niveau faciès), de ceux que l’on ne trouvait que dans les vidéoclubs, et éventuellement dans les Cash Converters les mieux lotis pour quelques actioners sans le sou. On passe donc des sublimes dessins vendant les micro-budgets de Richard Griffin aux téléfilms de sharksploitation et leurs humides enseignes (on y trouve celle du super Sharkansas Women Prison Massacre de Wynorski, un bon point déjà !), d’un Tim Kincaid jamais aussi à son avantage que sur du papier glacé aux sous-Marvel Movies de ce filou de Sterling. Sans oublier quelques polars avec Ice-T et Snoop Dogg, des bisseries ritales marchant sur le dos de Fulci pour toucher la lumière, les grosses mygales de Jeff Leroy, les retitrages délirants de Troma, des ninjas bariolés, des Rambo du dimanche et tellement de bimbos en bikinis que l’on finit par se croire coincés entre la poitrine droite de Julie Strain et le nichon gauche de Julie K. Smith. Et c’est loin d’être déplaisant, comme vous l’imaginez… Un régal pour les yeux, voilà ce qu’est B-Movie Posters, qui compile un imaginaire aussi délirant que populaire, et rendu aussi confortable que splendide par les bons soins de Monsieur Nédey (ça se voit, Breeders en première page…), l’homme de la situation pour ce livre (personne n’aurait fait mieux que lui) que nous ressortirons de l’étagère dès que nous prendrons un petit coup de blues, histoire de prendre notre dose de monstres souriants et de gros musclés venus leur torcher le cul à la sulfateuse. Et Damien Granger connaissant bien son sujet (qui de plus à son aise dans ce jacuzzi de slime que lui, d’ailleurs ?), il sait le prendre par le bon bout (le rose). Non, il ne vend pas ces Cobra against Ninja, Mutantis ou Retaliator comme des classiques instantanés et oscarisables, et il lui arrive même de faire quelques croche-pieds à certains essais ratés. Mais il en loue toujours l’esprit festif, félicite constamment la volonté qu’ont certains de faire du mieux qu’ils peuvent avec des restes, et prend un plaisir, diablement communicatif, à partager ses archives, qui lui permettent de dresser un autre monde. Loin des paillettes, des coupes de champagne, des robes de grand couturier et des beaux discours. Mais pétri de bons sentiments, de crocodiles géants, de nymphomanes délurées, de culturistes foutant le feu à l’Amazonie et fiers de montrer qu’ils ont des poils sous les aisselles. Damien Granger a donc le bon regard et le bon angle, prenant ces métrages pour ce qu’ils sont, sans les survendre, sans chercher à les aligner sur un mode de pensée intellectuel auxquels ils ne se prêtent jamais. Et comme tout bon livre sur le cinéma qui se respecte, B-Movie Posters ne donne qu’une envie : voir des films. Et dans le cas présent chercher frénétiquement après une bonne invasion de Martien en plastoc ou l’attaque d’un poulpe en papier mâché. Plus qu’indispensable, ce livre est nécessaire, tout comme le seront les suivants.

Rigs Mordo

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  • Auteur: Damien Granger
  • Editeur: Home Team Media Group
  • Pays: France
  • Année: 2017

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