Bloodsucking Freaks

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Certains ne savent vraiment pas le dire avec des fleurs, et Joel M. Reed fait définitivement partie de ces viles brutasses incapables d’inviter une jeune fille à diner ailleurs que dans sa salle des tortures. Autant dire que si Bridget Jones croisait sa route, elle ne ressortirait pas de la cave du bonhomme avec la bague au doigt mais plutôt avec quelques molaires en moins…

 

 

 

Y a des mecs qui ne semblent nés que pour emmerder leur petit monde, et dont la seule mission est d’outrer, voire offenser, autant de braves gens que possible, et ce tout simplement pour se gausser un bon coup. Bien sûr, lorsque Joel M. Reed réalisa Sardu: Master of the Screaming Virgins, il avait aussi des dollars plein les yeux, le bonhomme tutoyant aussi l’envie de surfer sur la vague du grindhouse bien trash aux entournures, se basant par exemple sur la saga des Ilsa. Mais qui pour sortir pareille infamie, tournée à l’économie et retitrée The Incredible Torture Show ? Personne si ce n’est deux jeunes producteurs et réalisateurs, qui viennent tout juste de monter leur boîte et ont installé leurs locaux dans un cagibi, et sont donc à la recherche de films d’exploitation à distribuer. Une petite entreprise nommée Troma et appelée à se faire une place à part dans le cœur des fantasticophiles, et qui bâtira donc son empire toxique sur le méfait de Reed, qui subit un nouveau changement de titre. C’est que ces messieurs Lloyd Kaufman et Michael Herz pensent, sans doute à juste titre, que Bloodsucking Freaks ferait un patronyme nettement plus aguicheur que les précédents et devrait rameuter du monde dans les cinémas de la 42nd street. Ce sera d’ailleurs le cas, le public en recherche de sensations fortes – et l’on sait que l’on n’en manquait pas dans cette mythique rue – s’agglutinant devant le métrage, qui avait perdu de ses attributs gore lors de sa première distribution, mais auquel Kaufman et Herz ont rendu toute sa hargne et sa vulgarité d’origine. Et en plus de fournir un director’s cut contenant toutes les tortures jadis censurées, Kaufman fait un sacré tour pendable en soumettant le film en version cut à la MPAA pour obtenir un classement R… avant de remettre toutes les parties les plus crapuleuses et dégueulasses et d’envoyer le tout aux exploitant, en prétendant qu’il s’agit bien là d’une version R-rated. De quoi s’attirer des problèmes si cela viendrait à se savoir… Ce qui ne loupe bien évidemment pas, une mère de famille se plaignant et faisant tomber la foudre sur une Troma déjà en proie aux problèmes alors qu’elle sort tout juste son premier délit pelliculé. Mais comme le dit si bien Kaufman, avec un sommet de mauvais goût comme Bloodsucking Freaks (auquel il refile également de nouveaux visuels hors-sujets mais plus vendeurs que les précédents), l’oncle Lloyd avait déjà sa place en enfer toute prête pour ne serait-ce qu’avoir osé le regarder…

 

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Car ce n’est pas pour rien que certaines associations, principalement féministes, se sont dressées contre le film, Reed tendant clairement le bâton pour se faire tabasser, et ce dès la séquence d’introduction. On y voit un nain, accompagné de son maître Sardu, réceptionnant de grandes caisses d’une marchandise pas comme les autres : des jeunes femmes, denrée dont ne peut se passer Sardu pour mener à bien son métier d’amuseur, le moustachu gérant un petit théâtre mouvant, typé Grand-Guignol. Mais contrairement au célèbre show parisien, le gore n’est ici jamais feint, notre artiste torturant et tuant pour de vrai les pauvres donzelles tombées dans ses griffes, le tout sous les yeux d’une assistance hilare puisque ne croyant jamais à la véracité du spectacle. Un récit des plus minces, tout juste saupoudré d’une vague intrigue policière, Sardu et son ami de petite taille Ralphus s’emparant d’une danseuse étoile que son boyfriend cherchera désespérément. Du menu détail, tout juste présent pour allonger la sauce et offrir à cette collection de supplices un fil rouge, histoire de masquer l’évidence avec quelques artifices : le scénario fut écrit en une seule journée, et sans doute sans se presser qui plus est. Toutes ses forces, Reed les place dans son imagination, débordante lorsqu’il s’agit d’en faire voir de toutes les couleurs à de jolies demoiselles, que Sardu démembre à l’envi, quand il ne les laisse pas revenir à l’état animal dans un cachot éclairé à la torche ou ne les revend pas, Bloodsucking Freaks traitant, à sa manière (c’est-à-dire sans soucis de documentation, vous l’aurez compris), de la traite des blanches. Inutile dès lors de chercher sous la toge de notre sardonique tortionnaire quelque point de vue engagé que ce soit, le propos n’étant certainement pas de mettre en lumière l’esclavagisme mais plutôt de s’en servir comme base pour faire chier toute personne ayant payé sa place ou son DVD (chez nous, c’est Sony qui se chargea de la sortie, aussi dingue que cela puisse paraître). Peu de chance en effet que Clémentine Autain dispose de la galette sur sa table de nuit, ni qu’elle avale son petit-dej’ en admirant les scènes les plus croustillantes de cette plongée dans les coulisses d’un opéra pas comme les autres.

 

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Et il y en a, des séquences marquantes, Reed ouvrant le film comme il le referme : en allant plus loin que la concurrence dans l’osé et le crapoteux. Ainsi, tout débute par une belle blonde attachée par des chaînes et qui verra ensuite l’une de ses phalanges écrasée par un étau, avant que son crâne subisse le même traitement. Et pour accompagner les mots « The End », on nous offre en ultime plan une cannibale croquant à pleine de dents dans un sandwich à la viande de bite, un zob y étant placé entre deux feuilles de salade. Que de délicatesse et de raffinement ! Et entre les deux, ce sera bien évidemment la fête à la barbaque : ce petit démon de Ralphus sortira la tronçonneuse pour raboter des pieds, une cocotte sera écartelée, on ratiboisera des doigts au hachoir, on décapitera à l’échafaud, on donnera des coups de pieds dans la gueule d’un critique un peu trop dur pour qu’il en crache ses dents, on balancera les curieux dans la cage aux anthropophages pour qu’elles les désossent ou on électrocutera une beauté par les tétons. Une véritable maison des fous, crasseuse (le décorum se résume à un sous-sol grisâtre et poussiéreux) et seulement traversée par des êtres complètement engloutis par la folie, à l’image de ce médecin venu soigner l’une des captives de Michel Sardu, que l’on payera en l’autorisant à se lâcher sur l’une des prisonnières. Et ce praticien dément d’enlever les chicots de la pauvre fille avec une tenaille, avant de la forcer à lui offrir une fellation (hors-champs, Reed ayant aussi ses limites) et de la raser, histoire de lui réduire en bouillie la cervelle avec une perceuse. Honteux au dernier degré ? Du choc facile ni fait ni à faire, capable de refiler la nausée à un Ed Gein mangeant pourtant des clitoris, en guise de petits pois avec son steak ? Ca pourrait l’être si, en bon sale garnement qu’il est, le petit Joel ne se sentait pas obligé de souligner ses bonnes blagues, tel un gosse riant grassement parce qu’il vient de glisser un coussin péteur sous le vieux cul de son grand-père…

 

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bloodsucking6Bon appétit !

 

Certes, ça broie de la matière grise entre les tristes murs de la casa Sardu, mais ça prend aussi une paille pour siroter ces neurones en jus, preuve irréfutable que Reed ne se prend jamais au sérieux. Il aurait d’ailleurs bien tort, le peu de fric dont il dispose pour mener à bien son grand projet de vicier le septième art l’empêchant de s’offrir des effets spéciaux crédibles, les divers membres coupés semblant toujours en bois. Un côté Herschell Gordon Lewis très prononcé donc, l’aspect très rustique de l’ensemble favorisant un second degré gardant le tout de glisser dans le glauque pur et dur. Alors ça se marre en envoyant une gonzesse à poil munie d’un godemichet kidnapper un critique d’art, ça se tape le cul par terre en montrant une dingue se frotter les seins avec le foie encore sanglant d’un malheureux et Sardu ricane sous sa barbe en jouant aux fléchettes… en visant l’anus d’une midinette ! Comme un doux souvenir des soirées billard à la rédaction de Black LagoonBloodsucking Freaks se rangera donc plus volontiers du côté des cartoons pervers et déjanté à la Happy Three Friends plutôt que sur l’étagère des bobines bandant les muscles et jouant la carte du sérieux. Et c’est tant mieux ! C’est que malgré sa volonté d’être aussi nauséabond que faire se peut, il se dégage une étrange bonne humeur de tout cela, répandue par Sardu et Ralphus, certes ce que l’humanité a engendré de pire, mais aussi deux bourreaux particulièrement avenants. Constamment en train de se bidonner, ils prennent tant de plaisir dans la souffrance des autres que l’on en finit par ne plus leur en vouloir vraiment, comme s’ils ne se rendaient même plus compte de la gravité de leurs crimes, devenu un mode de vie et une banale routine, une simple plaisanterie (ils coupent des doigts de leurs esclaves pour compter leurs points lors de leurs petits jeux). Ils profitent, en somme, et ce même si cela doit être aux dépends des autres, Reed embrassant totalement leur point de vue, au point de nous en faire perdre l’équilibre face à ce mélange unique de farce et de malignité. Alors il est inutile de préciser qu’il est préférable de prendre ce drôle de cirque par le bon bout, soit comme une petite connerie à la débilité si joliment revendiquée qu’elle en frôle l’indispensable. Quant à l’aura scandaleuse et infernale que le tout supporte (en bonne partie parce que l’interprète de Sardu, Seamus O’Brien, fut malheureusement assassiné chez lui lors d’un cambriolage et parce que le premier rôle féminin périt lors d’une partie de chasse), largement acquise par ce détonnant mélange de nudité frontale (ya du gazon maudit, quoi !) et de sadisme, on s’en accommodera bien en se disant que, décidément, le torture-porn n’avait rien apporté de neuf dans les 2000’s. Et c’est sans retenue que l’on annoncera préférer cent fois Bloodsuking Freaks à tous les Hostel de la galaxie… Na !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joel M. Reed
  • Scénario: Joel M. Reed
  • Production: Alan C. Margolin
  • Titre: The Incredible Torture Show (titre alternatif)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Seamus O’Brien, Luis de Jesus, Viju Krem, Niles McMaster
  • Année: 1976

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