Les Maîtresses de Dracula

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De dentiers de rechange, la Hammer n’a jamais manqué. Ainsi, lorsque le bon vieux Dracula prenait quelques années sabbatiques bien méritées après son célèbre cauchemar, c’était à l’un de ses disciples que Terence Fisher faisait appel pour un Les Maîtresses de Dracula trompant légèrement sur la belle marchandise qui nous attend.

 

 

Pas de répit pour les pucelles ! Ainsi, lorsque le tas de cendres qu’est désormais le prince des ténèbres roupille au fond de son cercueil, c’est le Baron Meinster (David Peel) que l’on voit voler vers leurs jugulaires. C’est en tout cas la triste expérience que fera Marianne Danielle (la Française Yvonne Monlaur), naïve mais courageuse demoiselle séduite par le vampire, qu’elle libère alors que la vieille mère de ce dernier mettait un point d’honneur à le laisser enfermé dans son château, perdu dans les montagnes. Et bien entendu, n’étant pas l’homme d’une seule femme, Meinster part bien vite se glisser dans les robes de nuit d’autres fifilles pour les mordiller et augmenter son petit harem de succubes… Au grand dam d’à peu près tout le monde, d’ailleurs, et c’est avec un soulagement non feint que le curé du village accueille le Professeur Van Helsing (Peter Cushing rempile), vampire killer toujours prêt à arracher quelques canines trop pointues pour être honnêtes… En somme, puisque Dracula est mort et malheureux de l’être, la Hammer se tourna vers de potentiels nouveaux ennemis, le vampire étant après tout une créature connue pour se répandre comme la peste dans les froids pays de l’Est. Ils avaient d’ailleurs tout à y gagner : Christopher Lee ne désirait plus porter la cape et jouer les pipistrelles, et cela leur permettait de se passer de ses services (Nicolas Stanzick se demande d’ailleurs dans les bonus si le studio ne s’était pas tout simplement désintéressé de l’acteur, et on peut en effet se poser la question). En outre, cela apporte une variation  bienvenue au mythe et étend un univers trop souvent confiné au caveau de Vlad Tepes, permettant à Fisher, de retour au poste de réalisateur, de découvrir de nouveaux recoins au vampirisme.

 

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Inutile d’ailleurs d’en tartiner trois pages sur la tenue visuelle de l’ensemble : on sait que le studio, qui plus est secondé par son metteur en scène star qu’est Terence Fisher, fournit toujours des fresques de toute beauté. Décors, photographie, bande-son, acteurs (Cushing est bien évidemment confondant de naturel) : tout est toujours rangé à sa place avec la Hammer, et ce n’est pas Brides of Dracula qui viendra bouleverser ces saines habitudes. La forme étant confortable et sans défauts, on peut donc se concentrer sur le principal, soit un fond offrant à ses auteurs l’opportunité de tordre le cou à quelques idées reçues concernant nos châtelains qui dorment la tête en bas. Ainsi, Meinster, non content d’arborer une tignasse blonde (bien avant celle d’Udo Kier dans Du Sang pour Dracula) pour le moins inhabituelle dans le genre, s’éloigne autant que faire se peut du style Dracula, et compose une menace autrement plus sournoise que ne l’était celle de Christopher Lee. Au comportement bestial du premier, qui se présentait devant les jeunes filles en fleur pour les happer sans plus de préliminaires, le second préfère jouer les tendres, allant jusqu’à émouvoir ses futures victimes pour mieux les manipuler. Certes, il use, comme son maître à penser, de l’hypnose pour parvenir à ses fins, mais il manie tout aussi bien le mensonge, la flatterie, la comédie et la ruse pour étendre son pouvoir, profitant de son physique avantageux et délicat pour adoucir ses proies. Dans le registre du diabolique, Lee était donc la Bête, Peele sera le Malin. Un beau diable qui, s’il n’est pas Dracula contrairement à ce que le titre voulait faire croire, ne manque en effet pas de maîtresses, qu’il semble mieux traiter que ne le faisait son ainé. Si les scènes le montrant avec la gent féminine se font rares, elles prouvent néanmoins qu’il est près à plusieurs égards, demandant par exemple Marianne en fiançailles, là où Drac’ lui serait tombée dessus et aurait violé ses veines sans plus de politesses… De même, on perçoit au travers du personnage de Greta (Freda Jackson), servante à sa botte, un amour possible entre le baron et ses dames sans qu’il lui soit forcé de recourir au vampirisme. Cette bonniche le suit en effet les yeux fermés, par admiration pour le bellâtre, sans avoir été mordue, l’aidant à obtenir de jeunes nuques et à répandre son virus à travers le monde. La seule à finalement tenter de lui résister reste sa mère, froide et inquiétante Baronne Meinster (Martita Hunt), d’abord complice de ses besoins sanguins, ensuite une geôlière cachant l’existence de l’erreur de la nature qu’est son fils, lui-même contaminé par de mystérieux amis de la famille, dont on ne saura jamais rien…

 

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Difficile également de ne pas revenir sur l’aspect gay friendly du métrage, maintes fois débattu sans que le tout tienne du délire d’analystes cherchant dans un film ce qui ne s’y trouve pas. Ici, impossible de nier que Meinster semble bisexuel, voire un homosexuel s’entourant de demoiselles pour cacher son attirance pour les hommes, puisqu’il mordra Van Helsing lors d’une scène légendaire. Un tournant bienvenu et audacieux, permettant de modifier l’aura et les contours des Maîtresses de Dracula par rapport à la saga Dracula, partie sur un chemin certes des plus jolis (on a déjà bien crié ici notre amour pour Dracula et les Femmes et Une Messe pour Dracula, et dans une moindre mesure pour Dracula 72) , mais aussi moins original car moins disposé à brouiller les pistes, à redéfinir les limites entre le bien et le mal. Dans Brides, Meinster est certes un véritable démon, mais il est aussi une victime, tandis que sa froide daronne est à la fois une tueuse (elle attire les jeunes filles pour les jeter en pâture à sa descendance) et une bienfaitrice (elle agit comme elle le fait pour empêcher son diablotin de faire plus de mal ailleurs). Quant à Van Helsing, cet homme pieux finira par fricoter avec la malédiction lorsqu’il se verra offrir un suçon par ce Meinster tentant de le contaminer et le faire tomber du côté obscur de la force, et ce bien avant que Dark Vader ne fasse du vieux Peter son allié. Passionnant, tout cela, et même la Hammer Girl de service ne viendra pas ruiner ce beau tableau, cette dernière étant plus attachante que la moyenne. Certes, Marianne reste trop naïve et tombe un peu trop facilement dans les bras du monstre, mais au moins tient-elle un rôle actif, principalement dans le premier tiers du film.

 

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Un vrai régal donc que cette nouvelle descente dans la crypte de la Hammer, bien évidemment orchestrée par l’éditeur Elephant Films, actuellement en train de couvrir le pays de ses délices les plus gothiques. La copie est sans défauts et les suppléments apportent des éclaircissements, que ce soit de la part du spécialiste Nicolas Stanzick ou de la bien sympathique comédienne Yvonne Monlaur, ravie de partager ses bons souvenirs d’un tournage visiblement agréable. On oubliera donc les menus défauts de la perle de Fisher, comme quelques longueurs dans une école pour jeunes demoiselles, et quelques personnages secondaires disparaissant un peu trop vite du récit : Les Maîtresses de Dracula mérite bien de figurer dans votre boîte à bijoux.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Terence Fisher
  • Scénario: Jimmy Sangster, Anthony Hindes (non-crédité), Edward Percy, Peter Bryan
  • Production: Anthony Hinds
  • Titre: Brides of Dracula
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Peter Cushing, Yvonne Monlaur, David Peel, Martita Hunt
  • Année: 1960

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