School’s Out 2

Category: Films Comments: No comments

schooloutteaser

Il y a peu nous parlions du méconnu School’s Out, vrai bon slasher teuton signé Robert Sigl, et diffusé chez nous sous le titre Jeux de Massacre (merci M6)… De ces téléfilms passés sous les radars en nos contrées, mais qui pourraient en remontrer aux “vrais” films du rayon, et qui reformateraient presque nos palmarès quand on cause slasher et tueur masqué…

 

 

N’empêche, la chaîne RTL prit la mesure du succès de School’s Out en terre allemande, puis du petit scandale médiatique provoqué par sa diffusion : à lire quelques canards germains, un tel déferlement de violence était inacceptable à la télévision : eh oui, pensez donc à nos chères têtes blondes et à leur équilibre mental ! Bref, l’antienne éternelle, que l’on connaît malheureusement par cœur… L’année suivante, les mêmes producteurs commandèrent donc à l’ami Robert une suite aux aventures de Nina aux pays des tarés : le bien nommé School’s Out 2 sous-titré Die Insel der Angst, et connu à l’export sous les beaux titres de Dead Island – School’s Out 2 ou de L’Isola della Vendetta … Oui, le titre italien fout des frissons, comme souvent. Diffusé en février 2001 sur RTL, baptisé alors Das Mädcheninternat – Deine Schreie wird niemand hören, le film sera ensuite distribué en DVD chez les Allemands d’EMS, version single ou version coffret réunissant les deux tomes de la franchise : objet bien sympa d’ailleurs, augmenté de quelques chouettes bonus (scènes coupées, entretien avec l’actrice principale, galerie photos, gros module sur les lieux de tournage…) et d’un petit feuillet-sommaire tout beau. Bref, quand ils font dans le slasher, nos amis teutons voient double : qu’on pense au très bon Anatomie et à sa suite, films sortis dans les mêmes eaux que nos School’s Out. Tout ça pour dire aussi que les tueurs d’ados n’ont pas de drapeau, et c’est très bien ainsi.

 

schoolout1

 

Nina donc, jeune et belle donzelle poursuivie par un assassin masqué dans les arrière-cours de sa high school. Remember l’opus 1 : la graduation party, les amis dégommés les uns après les autres, et puis le twist final forcément (in)attendu… Nina, ou Katharina Wackernagel, comédienne allemande abonnée aux productions télévisuelles du pays et qui enfile de nouveau l’habit de la final girl. On reprend donc les mêmes et on recommence, suivant en cela la loi des séries et des séquelles… pas toujours pour le meilleur il faut avouer, mais pas forcément pour le pire non plus. Les mêmes ou presque, car School’s Out 2 renouvelle le cheptel de son gibier, Sigl hameçonnant ici un nouveau casting : normal me direz-vous, l’intégralité du générique précédent fut zigouillé par le tueur au masque rouge. Ce qui explique aussi que Nina a besoin de vacances, totalement traumatisée et on la comprend. Vas-y donc pour quelques semaines de repos dans une espèce de sanatorium à fifilles perturbées, sis en Bretagne, sur une petite île au large de la côte. Inutile de dire qu’on aime ce genre de pitch ici : le cadre insulaire, des belles nanas esseulées, et puis un tueur qui rôde… Un décor sacrément cinégénique pour trucider de la poulette et faire peur aux marmots. En sus, point un arrière-plan agréablement fantastique, puisque ledit institut fut autrefois un couvent où, tous les dix ans, le fantôme d’une abbesse revient hanter les lieux, chaque nuit de Walpurgis… Un contexte comme on les aime quoi, d’autant que les démons de Nina l’ont évidemment suivie jusqu’en terre armoricaine : démons qui prennent ici la forme d’une nonne maléfique, ou du moins le costume d’une nonne maléfique, syndrome Scooby-Doo oblige… En en mot, whodunit ? L’une des pensionnaires de l’institut ? La domestique revêche ? Le marin pêcheur du cru ? La doctoresse étrange ? Entretemps, on aura aussi droit aux amourettes de la belle et de son boyfriend Niklas, et à quelques meurtres bien sentis de nénettes apeurées… Mais c’est déjà l’heure du dénouement : twist et retwist donc, pour s’apercevoir que la carmélite barjo dissimulait en fait… Mais stop, no spoil.

 

schoolout2

 

Et comme il s’agit d’impliquer directos un téléspectateur par définition zappeur, la séquence générique donne le ton et enfile tous les motifs qui feront la sève de ce volume 2 : ambiance volontairement-macabre cette fois, cadre complètement gothique, fragile donzelle en détresse, BO méchamment entêtante, et spectre (?) invasif d’une béguine intégralement voilée… Ca sent très très bon tout ça, car Sigl s’arrange pour ne pas enquiller deux fois le même film : d’ailleurs, les liens avec le premier School’s Out sont ténus, tout entier contenus dans cette réutilisation du costume au masque rouge, qu’enfilera Nina elle-même lors d’un final dantesque…On vous laisse découvrir. On ne nage donc pas dans le même bassin, et ce malgré les invariants respectés du genre : mise en place un peu longuette, body count plutôt généreux, courses poursuites habituelles, instants “meurtre” obligés (sans trop de rouge pour le coup), cadavres (très) légèrement amochés, et puis la figure iconisée du tueur, via son arme (une hallebarde) et son angoissante défroque… School’s Out 2 mérite certes l’estampille “slasher”, mais il est un peu plus que cela : un film plus personnel peut-être, construit d’abord sur son contexte spatial, sur les tristesses intérieures de son héroïne et sur des réminiscences cinéphiliques qui affleurent : celles du film de nonnes par exemple (la nunsploitation pour les intimes), avec ses secrets de couvent révélés et ses scandales de moinesses indignes… Pour une “simple” suite, c’est tout de même à signaler.

 

schoolout3

 

Et puis Sigl oblige, l’image transpire toujours l’amour du boulot bien fait. La caméra rase les murs de corridors inquiétants, plonge et contre-plonge sur des paysages grandioses, explore des pièces secrètes et enténébrées ou file à travers les chemins creux d’une nature indomptée, tout cela à la lumière d’une photographie superbe. Une leçon de technique en un mot, qui n’est pas pour rien dans l’atmosphère conférée au film : celle, étrange, du fantastique insulaire, de ce huis-clos en mer qui autorise toutes les divagations de l’âme et toutes les fugues de l’esprit. Il faut dire que les décors bretons sont au diapason : School’s Out 2, c’est L’Île Noire quasiment, ou plutôt le Cap Fréhel, avec Fort La Latte et son castel en bord de falaise, face à la mer… C’est aussi le château de Kerambleiz (le sanatorium), et puis les rochers sculptés dans la côte malouine de Rothéneuf. Splendide quoi. Cette mélancolie des ruines et ce romantisme triste rappellent d’ailleurs la poésie brute de Laurin en certains plans (ses terrains pierreux, ses souterrains…), et le goût de Robert Sigl pour la nature ensauvagée, plus grande que les hommes qui y demeurent… Plus dangereuse aussi, tant les personnages semblent écrasés par ce ciel bas et lourd qui pèse sur leur destinée incertaine… Bref, School’s Out 2 est la preuve manifeste qu’on peut sacrément bien faire à la télé, et presque mieux dans une suite. La preuve réitérée que l’œuvre de Robert Sigl est à (re)découvrir car à l’époque, nous sommes passés à côté d’un bien beau réalisateur… Comme on dit, mieux vaut tard que jamais.

David Didelot

 

schooloutposter

 

  • Réalisation: Robert Sigl
  • Scénario: Kari Meyer
  • Titre: Das Mädcheninternat – Deine Schreie wird niemand hören
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Katarina Wackernagel, Anne Kanis, Luise Bähr, Alexandra Finder
  • Année: 2001

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>