Not of this Earth

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Ils sont parmi nous… et viennent de la basse-cour de Roger Corman ! Grand affréteur d’aliens bon marché, le producteur/réalisateur/scénariste/acteur/mythe de la série B (biffez la mention inutile, mais il n’y en a pas réellement le concernant) nous balançait en 1957 un nouvel être venu d’ailleurs, le genre à se la péter avec des grosses lunettes de soleil…

 

 

 

« Je pense que c’est dans Not of this Earth que l’on trouve un alien parlant d’une sorte de transformation qui doit avoir lieu avec les humains, une question de sang, quelque-chose dans le genre. Et on lui demande pourquoi, et il répond ‘Non, tout ceci te serait trop difficile à comprendre.’ Et ils passent à autre chose ! Et nous étions à nous dire ‘Ok, on peut accepter ça. Continuons avec ce que le reste du film a à proposer.’ Les films de Corman ne ressemblaient pas à ce qui sort des studios, ils avaient des intrigues absurdes et ce jeu d’acteur un peu sauvage. Mais une fois que l’on entrait dans cette espèce de farce, on l’embrassait. » Ces quelques mots, ils viennent d’un Martin Scorsese se remémorant ses vertes années passées dans les parkings d’un drive-in, à observer des monstres tous sortis de la galaxie Malfoutu courser scientifiques et jolies nurses à travers les bois. N’est-ce d’ailleurs pas dans ces conditions, dans cette atmosphère festive et de communion entre jeunes gens venus frissonner, entre deux baisers ou pelotages sur la banquette arrière, que le style Corman prend tout son sens et que la lumière vient au spectateur ébahi ? Car pour apprécier un micro-budget des années 50, et à plus forte raison l’un sorti des écuries du vieux Roger, mieux vaut être sensible à cette complicité avec l’audience, à cette proximité établie entre le nabab et sa clientèle. Alors le débat reste éternel : la sympathie portée au bonhomme et à sa vaillance, le respect dû à sa volonté de proposer un divertissement se tenant plus ou moins alors que tous les éléments semblent être contre lui (budget plus serré que les strings des Kardashian, acteurs fréquemment en roue libre, décors limités, bestioles ne ressemblant à rien et ne tenant jamais les promesses de posters alléchants) ne prennent-ils pas le pas sur la qualité réelle du métrage ?

 

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Il est vrai que sans une bonne et grosse réserve de tendresse, Not of this Earth peut très vite devenir, si ce n’est un calvaire (n’exagérons rien), un B Movie sans grand intérêt car incapable de remplir ses objectifs. Et de satisfaire réellement les monsters maniacs que nous sommes, la faute à un bestiaire des plus light. Non, Roger, un vieux type (Paul Birch, aussi dans The Beast with a Million Eyes) doté d’une paire d’yeux totalement blancs, ça ne nous donne pas vraiment notre dose de gloumoute. Et ce n’est pas vraiment cet abat-jour de corail que tu essaies de nous faire passer pour une terrible bébête spatiale qui viendra remonter le niveau, celle-ci n’ayant qu’une seule et unique scène pour révéler ses maigres talents. Trop peu pour briller, même si cette espèce de parapluie dégueulasse et croisé avec une coloquinte prend tout de même le temps de s’attaquer à la caboche d’un brave docteur. Du reste, l’argument horrifique restera bien sagement en hors-champ, la technique du terrible Mister Johnson pour récolter des globules rouges, qu’il compte utiliser pour sauver sa race mourante, sera de faire les gros yeux pour éradiquer son gibier (clodos invités dans sa cave, un Dick Miller aux faux airs d’Elvis venu lui vendre un aspirateur, des gonzesses). On savait que Corman n’avait pas franchement les moyens de se payer des désintégrations ou de faire exploser les corps de ses comédiens, mais vu que la présente invasion from outer space était couplée à L’Attaque des Crabes Géants lors d’un sacré double-programme, on était tout de même en droit d’espérer plus qu’une poignée d’AVC. A croire que tout le flouze de notre vieil ami était parti dans ses crustacés télépathes, ne laissant que des miettes à sa virée suivante sur les terres de la SF…

 

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Du coup, ça jacte beaucoup pour remplir la péloche, une habitude au sein des films d’exploitation des fifties, mais pas forcément ce que Corman préférait. Ses collaborateurs ayant écrit quelques scripts pour lui vous le diront : Tonton Roger devenait nerveux lorsque lui était refilé un scénario contenant plus de dialogues que de mouvements. Pour le coup, le pauvre a dû avoir du sang dans les urines, une très large partie de l’histoire sortant plus de la bouche des interprètes qu’elle nous est montrée, au cours de conversations fréquemment soporifiques. Heureusement, Not of this Earth file vite et peut se reposer sur un quatuor de personnages plutôt sympathique : l’extra-terrestre un peu fourbe bien sûr, la jolie infirmière à son chevet (la pimpante Beverly Garland de The Alligator People et It Conquered the World), le chauffeur indigne de confiance de notre alien (l’habituel Jonathan Haze, grande figure du cinéma de Corman) et le bon flic (Morgan Jones, de Planète Interdite). Sans ce capital sympathie gentiment élevé, sans ce premier rôle féminin des plus avenants, force est de constater que la fête serait tout de même moins belle : les décors n’ont rien à offrir (une jolie maison avec piscine, quelques cabinets de docteurs, un restaurant, et c’est quasiment tout) et le récit ne tape pas franchement dans le renouveau, ne parlant finalement qu’aux férus de productions indépendantes regardant vers les étoiles. Bref, on ne déborde pas d’enthousiasme, on regarde défiler ces images, mollement réalisées (Corman n’avait pas encore l’inspiration qui lui viendra avec Poe), comme on regarderait autre-chose, se disant que c’est toujours mieux que de voir Christine Angot et Yann Moix se faire passer pour de grands chroniqueurs. Reste que s’il y en a un qui n’a pas franchement apprécié l’expérience, c’est bien Paul Birch, déçu de voir sa carrière chuter dans la production miséreuse, peu séduit par le rythme élevé du métrage et agacé par les lentilles qu’on le força à porter. Au point qu’il finira par quitter le tournage, plantant un Corman forcé de recourir à une doublure. Pas sympa : nous non plus on ne trouve pas Not of this Earth bien fameux, et on conseillera plutôt la nettement plus fun (et pleine de nichons) version de 88 torchée par Jim Wynorski, n’empêche qu’on a tenu jusqu’au bout !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Roger Corman
  • Scénario: Charles B. Griffith, Mark Hanna
  • Production: Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Paul Birch, Beverly Garland, Jonathan Haze, Morgan Jones
  • Année: 1957

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