School’s Out

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Robert Sigl est un réalisateur tout-terrain mine de rien, aussi à l’aise dans le film très personnel que dans le produit manufacturé télé. Depuis le fantastique Laurin et ses fugues poétiques, dix ans ont passé… Nous sommes en 1999, et à l’aube du nouveau millénaire l’ouragan Scream (1996) a soufflé sur les écrans en reformatant les attentes d’un spectateur pas dupe : au menu de l’époque donc, distance ludique avec le genre, mise en abyme prétendument savante et cynisme souvent creux… C’était le temps déjà lointain du  néo slasher (ou méta- si l’on est pédant) avec, en tête de gondole, les Souviens-toi… l’Eté dernier, les Urban Legend et autres Halloween 20 ans après…  Dans la division inférieure, quelques dizaines de petites choses seront évidemment produites qui suivront le même sillon, pas toujours inintéressantes d’ailleurs (Ripper, pour n’en citer qu’une), au nombre desquelles ce télévisuel School’s Out. C’est Alice Cooper qui doit être content tiens…

 

 

Produit par RTL pour la petite lucarne allemande,  Schrei – denn ich werde dich töten !  – titre original – est programmé en novembre 1999 sur la chaîne teutonne, diffusé d’abord en version censurée – environ deux minutes ont sauté -, ce que répareront assez vite les futures éditions DVD ricaines… N’empêche, le téléfilm de Sigl aura suffisamment marqué les esprits pour que le bonhomme réalise une suite deux ans après, le bien nommé School’s Out 2 – rebaptisé Dead Island : School’s Out 2 -, dont nous recauserons forcément. Enfin bref, School’s Out premier du nom connut un chouette succès en son temps, et ce n’est que justice finalement. Certes, on aurait aimé même destin pour Laurin, mais voilà, les teenagers de base massacrés par un dingo masqué, c’est tout de suite plus bandant et vendeur qu’une gamine neurasthénique dans un village allemand de 1901… Tant pis, on prend quand même, et puis ici, on aime le slasher de toute façon !

 

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Le scénario ? Ben rien de nouveau sous les sunlights, puisque Kai Meyer et Robert Sigl retambouillent tous les attendus du genre, élèves appliqués des Wes Craven et autres Kevin Williamson à cette période : fort réussie, mais un peu datée, la séquence d’ouverture met tout de suite dans l’ambiance, pleine des souvenirs d’un Scream ou d’un Urban Legend (meilleur titre du filon), avec coup de fil menaçant et références cinoches en cascade – Psychose -, dans un cadre évidemment idoine : la forêt, la nuit, la pluie, la nana seule dans sa bagnole qui file vers une graduation party… Evidemment, le taré de service tombe sur le paletot de la donzelle, psychopathe soi-disant échappé d’un hôpital psychiatrique… Jessica était pourtant attendue par ses potes de fiesta, ce qui n’empêche pas les gonz’ de pénétrer nuitamment dans les locaux de leur école, bien décidés à passer un chouette moment pour clore l’année scolaire. L’absence de Jessica n’inquiète pas tellement la joyeuse bande d’ailleurs, jusqu’à ce qu’un assassin masqué dézingue le casting réuni en ces lieux. Serait-ce le fameux dingue échappé de l’asile ? Ou ce professeur étrange ? Ou pire encore ?…

 

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Oui, ça n’innove pas des masses dans la galaxie du slasher… Comprendre que les petites nanas sont toujours à croquer et que les intrigues sentimentalo-cuculs sont souvent à zapper. La routine du genre en un mot, comme ces jump scares balourds et ces blagounettes pouraves entre djeun’s, destinées à effrayer l’impressionnable femelle. On navigue en eau familière quoi, en territoire bateau, et l’on connaît déjà toutes les règles du jeu : le chat et les souris qui se cherchent, jusqu’à ce que le matou ne sévisse réellement… Telles sont les éternelles lois du slasher, notamment celle d’attendre une bonne demi-heure avant que les gonzesses ne morflent grave et que les corps ne saignent vraiment… A cet égard, on ne sera pas déçus : le body count est acceptable pour tout dire, et certains plans volontiers sanglants, sans trop en faire non plus. Question gore, on ne s’attendait pas à des geysers de rouge – produit télévisuel oblige -, mais le film fait le taf, et plutôt correctement : parmi les meilleurs moments, un mec empalé sur la pointe d’un espadon, des ciseaux plantés dans le cœur d’une malheureuse nénette, ou un tournevis coincé dans la cuisse d’une autre. Pas si mal. Bien sûr encore, et toujours selon les canons du genre, l’identité du tueur restera incertaine jusqu’aux dernières séquences… même si on voyait quand même le truc venir : la force de l’habitude probablement… Et puis l’effet “twist” a perdu de sa saveur en 2018, le rebondissement en cascade aussi, comme ces coups de couteau distribués à la volée dans les derniers instants du film, qui rappelleront forcément le final de Scream. Seule survivante du massacre (ou presque), la final girl de base évidemment, blanche comme une oie blanche il va sans dire.

 

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N’empêche qu’il a de la gueule le tueur, dans son costume de carnaval vénitien et derrière son masque (de la mort) rouge… ce qui nous vaudra d’ailleurs un chouette clin d’œil à l’Halloween premier du lot, au détour d’un très beau plan en caméra subjective. Il faut dire que School’s Out, s’il n’invente rien thématiquement parlant, relève carrément le niveau question mise en scène et ambiance. On s’en doutait bien depuis Laurin, mais Robert Sigl manie comme peu la caméra, travaille ses plans et ses mouvements, soigne la photo de chaque séquence et sait exploiter les potentialités anxiogènes d’un espace clos : espace labyrinthique de l’école ici, avec ses longs couloirs, ses étages, ses conduits d’aération et ses pièces improbables, dont cette réserve de cartes géographiques dans laquelle se perdent nos héroïnes : sublime ironie quand même… Et puis remplacez donc le mot “école” par le mot “théâtre”, “jeunes en goguette” par “troupe de comédiens”, et “dingo costumé” par “dingo costumé” : oui, vous avez Bloody Bird, Bloody Bird aux petits pieds certes, mais Bloody Bird quand même tant l’Allemand emprunte aux mêmes motifs du huis-clos, au même cheptel de victimes, au même argument initial (un cinglé évadé d’un asile) et à la même maestria visuelle parfois. Aux yeux de Sigl lui-même, Schools’Out est d’ailleurs un teen giallo, plus qu’un pur slasher… CQFD. Le mec n’a pas tort il faut dire, eu égard à une caméra en pleine voltige et à certaines figures clairement repiquées à la tradition latine du thriller : fétichisation outrancière de l’arme blanche (des ciseaux ici), tueur ganté de noir, importance de la mémoire et de la réminiscence qui permettront de dénouer l’intrigue, et puis ces instants typiquement giallesques, un peu en suspension dans le film, comme cette pièce emplie d’inquiétants mannequins (avec BO au diapason) ou cette réserve d’animaux empaillés, préfigurations métaphoriques du sort qui attends nos persos… Quelque chose du cinéma de Dario Argento affleure alors dans le film, jusqu’à ce flic bonhomme… entomologiste à ses heures perdues : Phenomena forever !

 

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Dommage qu’un dernier tiers un peu long ternisse nos ultimes impressions, car cette tension qui traverse le film, entre ambitions artistiques de Sigl et injonctions commerciales d’une production télévisuelle, fait tout le sel de School’s Out : l’énergie narrative du slasher, sa radicalité full frontal si l’on peut dire, conjuguée aux ambitions plus esthétisantes du giallo. Un beau mariage en quelque sorte, qui réconcilierait presque deux traditions voisines, et néanmoins différentes.

David Didelot

 

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  • Réalisation: Robert Sigl
  • Scénario: Kai Meyer
  • Production: Peter Lohner
  • Titres: Schrei – denn ich werde dich töten! (Allemagne), Jeux de Massacre (France, diffusion TV)
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Katharina Wackernagel, Niels-Bruno Schmidt, Marlene Meyer-Dunker, Rita Lengyel, Nils Nelleßen
  • Année: 1999

2 comments to School’s Out

  • Roggy  says:

    Encore une belle découverte qui ne serait visible qu’à la télévision si je comprends bien ?

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