Le Cercle : Rings

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Planquez vos magnétoscopes, revoilà Samara, cousine yankee de la légendaire Sadako tombée au fond du puits ! Et tant que vous y êtes, débranchez PC et Mac, la p’tite dame au teint gris et aux cheveux sales s’étant mise à la page en s’attaquant aux plus connectés d’entre nous. Ouais, Ring débarque sur la toile et prouve que le progrès n’a définitivement pas que du bon…

 

 

 

De tous les retours survenus ces dernières années, celui de Sada… pardon, Samara, n’était pas des moins légitimes. Après tout, c’est bien le The Ring avec Naomi Watts qui ramena le paranormal dans les multiplexes, pavant la route des Insidious, The Conjuring, Ouija et autres Annabelle, et il est donc bien normal de voir la fantômette remonter sur le ring (enkuler de rire !) pour récupérer sa couronne des griffes de ces spectres de vioques, ces poupées possédées, ces sorcières et nonnes maléfiques. Alors c’est sûr, on préfèrerait tous qu’elle revienne plutôt à la version originale filmée par Hideo Nakata en 98, cette couronne ; d’autant que dans la crypte toxique, si l’on n’est pas du genre à vomir sur les remakes par principe (Evil Dead version Fede Alvarez, ça bute !), on s’est toujours tenu à l’écart de ces relectures changeant les sushis en hot-dogs, inutiles et draguant un peu trop directement le grand public. Mais il faut bien une première fois à tout, et c’est avec Le Cercle : Rings (2017) que l’on va bien gentiment se laisser dépuceler par le mythe de la cassette maudite selon l’Oncle Sam. Et comme toutes les déflorations, ça fait mal, très mal… Ca ne saigne pas, par contre, la franchise restant le chantre d’une épouvante végétarienne, facile d’accès au point que ce troisième opus, arrivé 12 années après le second, peut très bien servir de porte d’entrée pour la saga. C’est qu’il ne faudrait pas se priver des plus jeunes, pour qui les mésaventures de Naomi Watts datent déjà de la préhistoire, et c’est donc sur un script mettant en scène de nouveaux héros que se base F. Javier Gutiérrez, cinéaste et écrivain espagnol débarquant à Hollywood à dos de Samara. Néanmoins conscients que le public connait déjà les détails du mythe (la VHS, le coup de téléphone qui suit, le décompte des jours jusqu’à la mort promise, la nécessité de faire une copie de la K7 et passer le bâton merdeux à un autre malheureux), le bonhomme et son armée de scénaristes (David La Maison au Bout de la Rue Loucka, Jacob Aaron Mean Creek Estes, Akiva La Tour Sombre Goldsman) ne jouent pas la carte du reboot mais plutôt de l’extension d’un univers connu.

 

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Et ce via une idée pas plus conne qu’une autre sur le papier, par ailleurs. Gabriel (Johnny Galecki du carton télévisuel The Big Bang Theory), professeur influent, met la main sur la cassette à la base de la légende urbaine et se retrouve dès lors maudit par celle-ci. Craignant que Samara vienne lui passer un savon via la petite lucarne mais conscient qu’il tient là un sujet d’études formidable, l’enseignant met au point une équipe de chercheurs composée de ses élèves, chacun faisant une copie de la terrible vidéo pour la montrer à quelqu’un d’autre. Une boucle permettant d’annuler le drame à venir qui ne se passe bien évidemment pas comme prévu, et le jeune Holt (le minet britannique Alex Holt, dénué de tout charisme) n’a plus personne pour lui sauver la mise, forçant sa chérie Julia (l’Espagnole Matilda Lutz, peu mémorable) à embrasser cette fatalité à sa place. Et pour éviter que le mal se répande, tout ce beau monde décide d’enquêter sur les origines de Samara en grimpant sur les branches craquantes de son arbre généalogique… Pas con, donc, de prendre un récit majoritairement solitaire comme celui des Ring, dans lesquels une pauvre dame et son compagnon naviguaient en solo à la frontière du monde des morts, en une opération de groupe, la multiplication des protagonistes permettant en principe de redéfinir le rythme et la structure de la série. Sauf que de ce postulat intéressant, Gutiérrez ne fait rien, ne s’en servant que comme d’une base pour repartir vers le canevas habituel de la série. Tous ces jeunes gens évoluant autour de Gabriel disparaissent aussi vite qu’ils sont apparus et l’histoire se recentre immédiatement vers le duo Julia/Holt, le plus cynique Gabriel devenant à son tour un simple second rôle. Et Rings de muter en une opération indécise, ne sachant plus à quelle locomotive raccrocher ses wagons…

 

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Débutant comme un épisode des Destination Finale via le crash d’un avion, suite à l’arrivée de Samara dans le cockpit, le métrage bifurque bien vite vers le genre policier, via une investigation à mi-chemin entre Les Experts et The Da Vinci Code, avec son enquête passée devant des photos et coupures de presse collées au mur. Un vrai thriller, en somme, où l’on ne traque pas le sniper embusqué et où l’on ne tente pas de savoir si le petit Jésus a pété dans la crèche, mais où l’on croise tout de même un maniaque (ridicule Vincent d’Onofrio) ayant causé la mort de Samara, déchaînant les enfers sur le monde. Ghost story autant que psychokiller movie (le final va labourer dans le champ du nettement supérieur Don’t Breathe), le film peine à se trouver une réelle identité, trop soucieux de plaire à tous pour se dénicher une individualité. Au point qu’il en vient à enchaîner mécaniquement les jump scares, tel un train fantôme vous balançant une chauve-souris en plastoc à chaque coin de pièce, vous matraquant inlassablement de mains sorties de nulle-part et accrochant les héros, ou de visions soudaines cherchant le sursaut. En vain, bien sûr, car à force de sous-entendre la présence perpétuelle de Samara, Gutiérrez annihile également tout effet que peuvent avoir ses apparitions, loin, si loin, d’avoir la puissance du final de l’original. Nakata distillait son effroi avec parcimonie et nous plongeait peu à peu dans un bain à l’eau gelée, son nouveau successeur saute dedans en faisant la bombe pour faire un maximum de bruit et éclabousser son monde. Mais l’on sèche bien vite, surtout en comparaison de l’authentique opus, dont la seule évocation suffit à rendre nos caleçons inondés…

 

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Reste évidemment une facture technique ultra-pro, production Paramount oblige, avec dix idées visuelles à la seconde. Gutiérrez n’est d’ailleurs pas un manche et respecte les codes graphiques établis par Gore Verbinski quinze ans plus tôt, photographie verdâtre et clinique digne des Matrix ou d’un téléfilm d’Arte à la clé. Mais cela ne suffit bien évidemment pas à élever un sujet exsangue depuis bien longtemps (la preuve, les Japonais en sont à miser sur la 3D ou sur un crossover avec Ju-On pour tenter de relancer l’intérêt que l’on peut porter à Sadako) et qui se cherche une seconde jeunesse dans l’hi-tech. Certes, voir des écrans sponsorisés par MacIntosh toutes les cinq minutes parlera sans doute aux prépubères, et ceux-ci seront sûrement émoustillés par les CGI pourris envahissant le cadre sans interruption aucune. Les autres, les vieux de la vieille, regretteront le côté rustique des bonnes vieilles VHS, la Samara hackeuse répandant ses fichiers ensorcelés sur tous les connectés de la planète semblant presque à côté de sa plaque. Jadis l’un des symboles d’une horreur minimaliste et portée sur le climat, Ring est désormais un bruyant fourre-tout, une assommante bande-annonce de 90 minutes empilant les cartes postales lugubres (parfois très jolies, comme cette pluie inversée) sans se soucier de leur nécessité, visant simplement à respecter les quotas de frissons imposés par son studio. Autant dire que dans le genre « J’ai un ectoplasme de coincé dans mon Asus à l’écran 15 pouces », on préfèrera relier notre souris au Kaïro de Kyoshi Kurosawa.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: F. Javier Gutiérrez
  • Scénario: David Loucka, Akiva Goldsman, Jacob Estes
  • Production: Riyoko Tanaka, Marc Resteghini
  • Titres: Rings
  • Pays: USA
  • Acteurs: Matilda Lutz, Alex Roe, Johnny Galecki, Vincent D’Onofrio
  • Année: 2017

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