Douce Nuit, Sanglante Nuit 3: Coma Dépassé

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Le kloug aux marrons finit sa cuisson au four, et son doux fumet de fiente d’anaconda commence déjà à envahir la cuisine de la crypte toxique. Quant à notre cheminée, nous n’avons bien évidemment pas oublié d’y placer un large piquet en bois pour que notre bon vieux Santa découvre les joies de la sodo à la Cannibal Holocaust. Bref, tout est prêt et on a le temps de perdre 90 minutes avec Silent Night, Deadly Night 3 : Better Watch Out ! Et voilà bien une heure-et-demie que vous ne retrouverez jamais, c’est moi qui vous le dis…

 

 

 

Puisque les flocons tombent et que nos petits voisins difformes (vous ne croyez quand même pas que le voisinage de Toxic Crypt est constitué de petites têtes blondes comme les autres, n’est-ce pas ? Dans le coin, le gosse le plus mignon est celui qui a la lèvre qui remonte dans le nez et un œil dans l’oreille) s’amusent à faire de jolis bonhommes de neige, il est temps de revenir à un épisode des Douce Nuit, Sanglante Nuit, comme chaque année ! Bon, la neige c’est malheureusement pour le folklore, pour planter le décor et tenter de vous donner l’illusion que nous sommes dans un film de John Hugues, avec l’odeur des petits fours au coin d’un chaleureux feu de bois, tandis que ça gèle au dehors et que les automobilistes imprudents s’encastrent les uns dans les autres. Pas de ça ici, malheureusement, le temps étant gris et triste, nos jardins manquant de cette douce couette blanche dont on rêve toute l’année, dans l’espoir de pouvoir enfin donner vie à cette bite géante que l’on aimerait tous voir se dresser entre nos rosiers et nos potagers. Et c’est toujours aussi tristement que l’on se retrouve donc devant le troisième opus des Silent Night, Deadly Night, le genre de péloches sur lesquelles on se jette en pensant qu’elles nous donneront une bonne excuse pour éviter les bêtisiers à la con, ceux à base de fous rires sur les plateaux de Plus Belle la Vie, avant de se demander si on ne regarderait pas, justement, un bétisier de TF1 pour esquiver la peine Better Watch Out ! Certains diront que la saga n’avait de toute façon pas les chaussons particulièrement bien garnis avant cela : le premier est en effet fréquemment perçu comme un slasher sans grand intérêt, tandis que le second est raillé pour sa tendance à enquiller les flashbacks de son aîné et son acteur principal d’une nullité sans fond. Sauf que par chez nous, on considère Douce Nuit, Sanglante Nuit premier du nom comme l’un des plus beaux psychokiller de son époque, et que sa suite, si on a en effet qu’à se baisser pour en trouver les défauts, était franchement plaisante. Mais cette fois, on peut dire que la grosse buche, cuisinée par un Monte Hellman que l’on a connu plus cordon bleu, nous reste sur le bide et nous colle l’indigestion de la fin d’année !

 

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Hellman, qui fut l’une des chevilles ouvrières de Roger Corman puis l’une des valeurs sûres du cinoche d’exploitation des seventies, aurait avoué lors d’une séance du film que c’est là son plus beau travail. Pas son meilleur métrage, mais son boulot le mieux mené eut égard des conditions dans lesquelles Douce Nuit 3 fut créé, c’est-à-dire lors d’une hâte extrême. C’est bien simple : en mars on finit un premier jet du script, que Monte réécrit avec sa fille en une semaine, on tourne le tout en avril, on finit le montage en mai et en juillet le métrage voit sa première arriver lors d’un festival. C’est possiblement un record que tient ici Hellman, pas loin d’en dénicher un second dans la foulée puisque son petit slasher fait aussi partie du club très privé des massacres estudiantins les plus chiants jamais couchés sur pellicule. Sur le papier, ça promettait pourtant son lot de barbaque fraîche, et la volonté de suivre les traces de pas dans la poudreuse laissées par les deux opus précédents est à saluer, puisque l’on continue la saga déviante de la famille Caldwell. Résumé des épisodes précédents : après son bro’ dans le premier film, c’était le plus jeune Ricky que l’on croisait en pleine séance meurtrière (remember son mythique « Garbage daaaay » lorsqu’il dégomme un pauvre type qui sortait ses poubelles), une ballade sanglante qui se terminera lorsque les autorités lui cracheront quelques pruneaux à la face. Mais nous apprenons à l’entame de Silent Night 3 que Rick est toujours bien vivant, maintenu dans le coma par un docteur s’adonnant à de drôles d’expériences. C’est que le praticien a de la suite dans les idées, analysant les rêves d’une aveugle ayant survécu au crash d’un avion, et depuis dotée de pouvoirs psychiques (oui, ça fait beaucoup pour une seule cocotte), en la reliant à ce vieux dormeur de Rick. Et celui-ci de s’immiscer dans les songes de la jolie brune et de finir par se réveiller, désormais obsédé par la pauvre Laura qu’il se verrait bien éradiquer. C’est certes un peu con, mais après tout, autant changer un peu la recette de la dinde, les deux premiers ayant déjà fait le tour du slasher classique. Ouais bah l’aurait sans doute mieux fait d’en rester aux chemins balisés, le père Monte, car si ce n’est le look de Rick (sa boîte crânienne est désormais un bocal dans lequel trempe son cervelet), il n’y a tout simplement rien à sauver ici-bas.

 

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Au point que c’en est à se demander si le réalisateur avait déjà tenu une caméra avant de foutre en l’air le réveillon d’une malvoyante, Better Watch Out étant si pauvrement réalisé que l’on en vient presque à regretter ces téléfilms de fin d’année pour chiards, que le carré magique se complait à nous offrir durant les vacances. Oui, c’est à ce point, et au manque criant d’inspiration vient s’ajouter un rythme plus engourdi que votre main si Josiane Balasko venait s’asseoir dessus toute une journée. C’est qu’il ne se passe jamais rien au coin de ce sapin sans boules et guirlandes (la photographie a un teint de ciment), qui nous assène d’abord vingt minutes de sous-Griffes de la Nuit (un rêve dans lequel Laura est poursuivie par Rick) et de causeries sans fin, Douce Nuit, Sanglante Nuit 3 étant bavard comme une concierge parisienne. D’ailleurs, ça jacte tellement que Hellman n’a plus le temps d’envoyer son casting en enfer, trop occupé qu’il est à animer les débats entre les uns et les autres. Et lorsque Rick daigne enfin sortir du lit pour faire parler la lame, c’est le plus souvent en off-screen, ne laissant aux goreux que des restes de miettes, comme une tête que l’on retrouve décapitée ici ou une grand-mère accrochée au mur là. Un champagne qui manque un peu de bulles et que l’on aura tôt fait d’aller cracher dans l’évier, pas même attendris que nous serons par les prestations déplorables des différents comédiens venus déballer ce triste cadeau, les seuls à tenir le coup étant les vétérans Richard Beymer et Robert Culp. Même le bon Bill Moseley, d’ordinaire de ces gus que l’on suit avec le sourire aux lèvres, n’a ici aucun os à ronger, se contentant de trainer sa pauvre carcasse dans l’ombre, l’air comateux. Très précisément celui que vous aurez si d’aventure vous vous retrouviez devant cette Série B dénuée du moindre intérêt, parfait somnifère qui ne prit même pas le temps de flanquer une bande-son stressante lors des attaques du tueur, du coup aussi intenses que ces instants où il reste alité. Ratage pur et simple, cette troisième entrée dans la folle nuit du 24 décembre sera aussi la dernière à nous la jouer slasher, du moins jusqu’au remake sorti voilà quelques années, les deux séquelles suivantes dégainant la carte de la diversité. Au vu de la purge qu’est Douce Nuit, Sanglante Nuit 3: coma dépassé, on peut dire que c’était la décision à prendre…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Monte Hellman
  • Scénario: Carlos Laszlo, Monte Hellman
  • Production: Arthur Gorson
  • Titres: Silent Night, Deadly Night 3: Better Watch out!
  • Pays: USA
  • Acteurs: Samantha Scully, Bill Moseley, Tobert Culp, Richard Beymer
  • Année: 1989

 

 

 

2 comments to Douce Nuit, Sanglante Nuit 3: Coma Dépassé

  • Roggy  says:

    Comme toi, je garde un très moment souvenir de ce 3e épisode qui aurait dû s’arrêter juste avant 🙂

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