Krampus

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Nous revoilà déjà à la période la plus sensible de l’année, où l’on s’échange quelques mots doux et de belles promesses d’avenir alors que transpire devant nous cette bonne vieille dinde aux marrons ! Et comme de juste, c’est sur une œuvre ruinant tous ces bons sentiments que nous revenons en ces jours enneigés, avec un Krampus venu mettre les pieds dans la buche ! Alors cette horreur de Noël, un beau cadeau pour les bisseux qui ont été bien sages et se sont fait tatouer la tronche de Fred Olen Ray sur les noix ? Ou une punition bien méritée pour les fantasticophiles désobéissants qui n’ont pas jugé bon de faire leurs devoirs en révisant tout Joe d’Amato ? Peut-être un peu des deux, les enfants…

 

 

 

Huit ans, putain ! Huit ans que l’on attend que Michael Dougherty revienne nous coller une mandale de la trempe de Trick’r Treat, magnifique film à sketchs situé un 31 octobre qu’il démoula en 2007. Depuis, plus rien ou presque, si ce n’est un court-métrage, un petit boulot d’écriture sur X-Men : Apocalypse et le projet Trick’r Treat 2, que l’on attend bien évidemment de pied ferme. Ce ne sera visiblement pas pour demain puisque le bon Michael est désormais attaché à Godzilla : King of Monsters, suite annoncée du reboot joli comme tout mais quand même vachement frustrant de 2014… Mais avant d’escalader les écailles de notre bon lézard, Dougherty aura donc mis au four Krampus (2015), production que l’on qualifiera de mineure au sein de gros studios comme Legendary et Universal, mais qui fait bien évidemment partie de la poignée de quelques « gros » films d’horreur à sortir chaque année. Et si nous attendons toujours que la délicieuse soupe aux potirons du même réalisateur déboule chez nous en DVD, au moins Krampus sera-t-il parvenu à se frayer un chemin jusqu’à nos mange-disques, nous permettant de voir si son auteur restitue aussi bien la journée du barbu ventru que celle de Jack-O-Lantern. Evitons tout suspense inutile : si ce christmas movie vicié est à des années lumières d’être mauvais, et se révèle même franchement plaisant, il ne parvient pas pour autant à atteindre le niveau, très élevé il est vrai, de la fête des citrouilles filmée voilà dix piges…

 

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Cela commence pourtant plus que bien, dans la grande tradition des meilleures bobines enneigées de notre enfance, avec sa petite famille presque parfaite agacée par l’arrivée d’oncles, grand-tantes et cousins aussi mal éduqués qu’épuisants. Comme un parfum de Maman, j’ai raté l’avion ou Le Sapin a les boules, et on ne sera pas surpris d’apprendre que Dougherty désirait que ce soit le logo eighties de la Universal qui ouvre Krampus, en lieu et place de l’actuel, tant il parait évident que c’est sur les mamelles des années 80 que le gaillard est allé poser ses lèvres. Ambiance bon enfant d’époque, personnages que l’on aurait pu croiser dans la tribu du blondinet Macaulay Culkin, des comédiens dont le kilométrage ne trompe pas sur leurs talents (Toni Little Miss Sunshine Colette, Adam Piranha 3D Scott, David Cheap Thrills Koechner, Conchata Edward aux mains d’argent Ferrell), une bonne réalisation et une photographie mettant en valeur cette fin d’année lumineuse, tout est réuni pour donner envie d’aller s’allonger sous le sapin et déballer les présents de Tata Yvonne ! Alors pourquoi ça coincerait une fois que débarque le fameux Krampus, bestiole du folklore européen venue emporter les malotrus incapables de respecter l’esprit de paix et d’échange que représente le 24 décembre ? Tout simplement parce que Dougherty tombe alors dans le film de monstre routinier, dont la structure est intégralement basée sur le principe du « qui sera le prochain à se faire choper par le streum ? ». Une mécanique presque trop bien huilée et trop visible, n’apportant que bien peu de surprises et s’en tenant aux sacro-saintes règles du genre, érigées voilà plus de 30 ans. Non pas que l’on attendait du renouveau toutes les cinq minutes, et un film lambda réussi vaudra toujours mieux qu’une bande avant-gardiste ratée et emmerdante, mais on espérait que Dougherty ne se contenterait pas d’une simple buche de Noël achetée chez Carrefour, lui qui avec Trick’r Treat s’était fendu de quelques segments aux arômes nettement moins industriels.

 

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Ce qui ne signifie bien évidemment pas que Krampus est à éviter, car dans sa catégorie il délivre l’un des spectacles les plus généreux de ces dernières années. En matière de beauté sinistre, difficile d’ailleurs de faire mieux que cet espèce de Santa Claus cradingue, aux gros sabots et cornu, dont le sadisme et la volonté de jouer avec ses proies sont franchement réjouissants. Magnifiques aussi, ses différents amis venus tourmenter leur monde parce qu’un gamin s’est plaint que sa famille est constituée d’emmerdeurs et que ça lui fait tirer la gueule. Un peu comme Charles Band, qui en fera une de six pieds de long en découvrant que tous les jouets diaboliques imaginés dans Demonic Toys sont ici de la partie, mais en mieux foutus : le nounours enragé, le robot que vous ne voudriez pas voir dans les pattes de vos chérubins, le clown sortant de sa boîte (qui ici avale les petits n’enfants !)… Rajoutons une sorte de harpie à tête de poupée franchement flippante, une armada d’elfes ricaneurs et des petits bonhommes de pain d’épices, qui seraient sympathiques s’ils ne donnaient pas l’impression de n’être de la partie que parce que leur aspect « mignons mais violents » pourrait générer une petite hype sur les réseaux sociaux. Ne serait-ce d’ailleurs pas là tout le paradoxe d’une œuvre tentant de remettre le cœur au sein du foyer que de paraître un peu trop calculée, trop bien marketée et sur les rails des usines Universal pour être pleinement honnête ?

 

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Bon, on râle, on chipote, on retourne le dindon dans tous les sens sans avouer qu’il nous a bien rempli la panse tout de même, et que Dougherty a bien bossé en cuisine et propose un dressage quatre étoiles. Car si son scénario déçoit un brin par son manque d’audaces, force est de reconnaître que visuellement, Krampus est tout simplement sublime et que 90% des plans nous balancent des guirlandes dans les mirettes. Un amour non-feint pour les gloumoutes transpire de chaque séquence, et dire que cette froide ballade en terres fantastiques est soignée tient de l’euphémisme. Alors non, Gremlins ne risque pas de dégringoler de son piédestal pour que Krampus prenne sa place de leader en matière d’épouvante aux gros flocons. N’empêche que question monster movies tous publics, on n’avait plus vu aussi réussi depuis un bon petit moment…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Michael Dougherty
  • Scénario: Michael Dougherty, Todd Casey, Zach Shields
  • Production: Thomas Tull, Jon Jashni, Alex Garcia, Michael Dougherty
  • Pays: USA
  • Acteurs: Adam Scott, Toni Colette, David Koechner, Allison Tolman
  • Année: 2015

8 comments to Krampus

  • Didier Lefèvre  says:

    J’ai adoré Krampus !

  • Nazku Nazku  says:

    C’est vrai que le film aurait pu être bien mieux. Mais il est tellement beau et tellement généreux dans ses créatures. T_T

  • Roggy  says:

    Certes le film est imparfait mais perso j’aime bcp son esprit « Gremlins » malgré le manque d’enjeux (c’est presque un huis clos) et un début un peu longuet. Au final, c’est généreux avec des monstres bien méchants. Un bon moment pour ma part. Super chro mec !

  • Mighty Matt  says:

    J’étais justement très curieux quand le film avait été annoncé surtout quand j’ai vu que le casting comprenait Adam Scott, David Koechner (j’y peux rien, ces gars là, me vendent un film à eux seuls)… Pour l’histoire un ciné à côté de chez moi devait le diffuser avant de fermer brutalement… Frustration… DU coup jamais vu mais je dois t’avouer que ta chro me donne bien envie de le trouver pour kiffer ce petit mood Goosebumps de Noël si j’ai bien compris ?! 🙂

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