Le Baiser du Vampire

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Ce n’est pas parce que l’on se trimballe un titre digne d’un chapitre de Twilight que l’on va soudainement sentir le parfum bon marché et se vider un pot de gel dans la crinière. La Hammer restant ce qu’elle est, elle délaisse le gloss et se contente de son habituelle odeur de vieux caveau lorsque vient le moment d’aller draguer la pouliche en boîte de nuit. Dans ces conditions, pas étonnant qu’il pique un peu, ce Baiser du Vampire.

 

 

Un funèbre cortège, mené par un curé tout en dignité que les branches griffues de l’arbre sous lequel il passe semblent vouloir happer, se dirige vers un vieux cimetière, aux épaisses pierres tombales. Sur place, de nombreuses âmes en peine, des endeuillés drapés de noir et regardant la fosse dans laquelle plonge de plus en plus profondément un cercueil, observé par la silhouette d’un homme barbu que tous suspectent d’avoir encore trop bu. Cet homme s’avance finalement et propose de donner les sacrements avant de quémander une pelle à l’un des fossoyeurs, objet dont il se sert pour transpercer la caisse mortuaire d’un coup sec. Et à la surprise de tous, un cri féminin s’en échappe, tandis qu’un sang épais se met à ruisseler du bois fendu, signe que sous l’écorce reposait une vampirette attendant sans doute la nuit pour s’extraire de sa prison de ségrais. Pas de doute, le fervent du cinéma gothique sixties a bien retrouvé son chemin jusqu’aux studios de la Hammer, jamais la dernière en ces jolies années soixante pour limer les dentiers. Retour par la case « chauve-souris » donc, le studio n’étant toujours pas décidé à lâcher le filon des pompes à hémoglobine, quand bien-même leur plus connue, Sir Christopher Lee himself, se montrait à l’époque fort las des suçons et préférait porter les guenilles d’autres monstres. Point de Dracula dans Kiss of the Vampire dès lors, et ce malgré les tentatives du studio d’en faire une nouvelle suite aux aventures du copain Vlad Tepes, le producteur/scénariste Anthony Hinds se rabattant sur une nouvelle figure diabolique en la personne du Dr. Ravna.

 

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Pas plus mal d’ailleurs, puisque cela permet de s’écarter un brin du canevas habituel du genre, avec son prince des ténèbres vivant aussi bien à l’abri des regards que du soleil, tout juste accompagné de quelques demoiselles vampirisées et d’un éventuel servant difforme. Dans Le Baiser du Vampire, Hinds profite donc de la possibilité de changer ses habitudes en imaginant une secte de buveurs de sève humaine, donnant à ce monstre mythique un semblant d’organisation chambardant un poil leurs habitudes de solitaires. C’est d’ailleurs là que se trouve le meilleur de ce film de Don Sharp – par la suite parti voir ce que traficotait Fu Manchu et Raspoutine, le célèbre moine fou -, dans cette machination bien orchestrée, visant plus à étendre le Mal à travers le monde que d’en profiter dans son coin. Les vampires se réunissent donc chez leur leader Ravna et accueillent les petites nouvelles, de pauvres voyageuses retirées à leurs époux ou parents, que l’on drogue lors de soirées endiablée dans le château pour les virer le lendemain en leur assurant qu’ils sont venus sans accompagnement. Et puisque le gérant de l’hôtel local est de mèche et assure que les jeunes mariés n’ont jamais franchi son pallier avec une cocotte sous au bras, les pauvres sont à deux doigts de se demander s’ils ne sont pas tout simplement en train de sombrer dans la folie. Une véritable organisation criminelle que celle de Ravna, bien éloignée des méfaits d’un Dracula plus bestial et n’agissant que selon ses envies de minuit, attirant sous ses ailes de jolies lapines sans se demander comment réagiront les lièvres, contrairement à un Ravna prenant justement ses précautions quant à ceux-ci. Un bon point donc pour ce bisou d’outre-tombe, visiblement soucieux de s’éloigner des sentiers battus et de proposer un peu de nouveauté à un public qui en avait déjà vu en la matière.

 

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Malheureusement, cette belle idée ne survient véritablement que lors du dernier tiers de métrage, lorsque le bon héros (Edward de Souza, sympathique à défaut de marquer les esprits) se rend compte qu’il vient de se faire carotter sa nana au profit d’un noble trop poli pour être honnête. Et alors que l’on espère une vengeance en bonne et due forme, façon Peter Cushing bien énervé transperçant des torses avec des pieux à qui mieux mieux, voilà que de Souza quémande un peu d’aide auprès du fameux barbu du début (Clifford Evans, tout en accent), scientifique étudiant justement de nouvelles méthodes dans l’anéantissement des pipistrelles. Et c’est bien là que le bât blesse, car si les deux hommes se débarrassent du majordome de Ravna en l’écrasant avec une statue, les vampires seront pour leur part annihilés un peu trop facilement. Attention, Spoiler ! Maîtrisant la magie noire, le Professeur Zimmer se débrouille pour invoquer des chauves-souris sans doute sorties des enfers, nos boules de poiles volantes partant jusqu’au domicile de Ravna et ses sbires pour leur montrer ce que cela fait d’être la banque sanguine d’autrui. Et tout ce beau monde de périr sous les morsures répétées des animaux, en quelques secondes à peine. Un peu simple et expéditif, voire même carrément facile, d’autant que l’on espérait un peu plus d’implication d’un de Souza que l’on voulait voir devenir une sorte de Bronson des cryptes poussiéreuses ! Fin des spoilers

 

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Avant tout cela, on rame un peu, les différents protagonistes se tournant autour durant un long ventre mou, tout juste coupé par une scène voyant Zimmer se confronter à une goule grattant la terre d’un cimetière. Les décors sont souvent splendides, et Don Sharp semble prendre un grand plaisir à y faire glisser son objectif, mais il manque une étincelle, un petit quelque-chose qu’aurait sans doute apporté un grand méchant un peu plus convaincant. Non pas que Noel Willman manque de crédibilité en aristocrate monstrueux, mais il manque ce magnétisme, et cette cruauté absolue que l’on peut trouver dans Les Sévices de Dracula, pour rester dans le Hammer aux quenottes tranchantes. Certes, le premier rôle masculin fait de la peine lorsque sa dulcinée le renie, lui crachant littéralement à la gueule, mais on cherche encore la mélancolie et le désespoir nécessaires à la situation, sa future épouse (Jennifer Daniel, pas franchement une Hammer Girl de première classe) ne donnant jamais la sensation de lui être enlevée à tout jamais. Reste les qualités habituelles d’un obus éjecté par notre bombardier anglais favori, dont les soldats à bord connaissent toujours aussi bien la chanson : James Bernard au piano, Hinds à la machine à écrire, Roy Ashton aux maquillages, Don Mingaye à la direction artistique… Une fine équipe toujours aussi capable de délivrer de l’épouvante confortable, dont on profite au coin du feu avec un chat noir sur les genoux et en sirotant un brandy, mais qui ne parvient pas à transcender son sujet avec ce Baiser du Vampire visant à côté de nos lèvres…

Rigs Mordo

 

 

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  • Réalisation: Don Sharp
  • Scénario: Anthony Hinds
  • Production: Anthony Hinds
  • Titres: Kiss of the Vampire
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Edward de Souza, Clifford Evans, Jennifer Daniel, Noel Willman
  • Année: 1963

2 comments to Le Baiser du Vampire

  • Roggy  says:

    Pour un tel film, je ne te vois pas siroter un Brandy même si tu caresses un chat 🙂

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