The Cannibal Man

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En créant une liste des 72 films les plus obscènes et répugnants jamais sortis en VHS sur le territoire anglais, les culs les plus serrés de la Grande-Bretagne se sont surtout fendu d’une liste d’achats bien pratique, à laquelle se réfèrent toujours les goreux lorsque vient le moment de faire chauffer les comptes Paypal. Mais entre les Anthropophagous et Cannibal Ferox, The Cannibal Man, malgré son titre promettant rognons et gencives de porc, ne ressemble-t-il pas un peu trop à une simple salade aux asperges ?

 

 

The Cannibal Man ! Si ce titre aussi primitif qu’efficace ne suffisait pas à attirer jusqu’à lui les serial-loueurs de VHS des eighties, vous pouviez compter sur son incroyable jaquette pour finir le travail. Maligne, elle représentait un pauvre hère en train de se manger un hachoir dans la face, sa chair s’ouvrant sous ce coup que l’on devine des plus violents. Certes, l’effet spécial sent la bolognaise et le hachis Parmentier, reste qu’il fut suffisamment efficace pour se faire remarquer par les autorités anglaises, qui le firent rentrer dans le groupe très privé des Video Nasties. A l’image de Driller Killer et sa jaquette montrant un gus se prendre une mèche de foreuse dans le front, The Cannibal Man, réalisé en 1971 par l’Espagnol Eloy de la Iglesia, semblait donc exposer sa culpabilité aux yeux de tous. Cette petite Série B hispannique allait donc, avec quelques autres délices ritals de D’Amato ou Lenzi, corrompre la jeunesse sur laquelle veillait Margaret Thatcher, les changer en de violents criminels arrachant les oreilles de leurs bons petits camarades, qui en étaient pour leur part sagement restés aux productions Disney. Un écran de fumée que tout ce barnum, censé masquer le fait que les hauts-placés ne contrôlaient plus grand-chose dans une Angleterre sujette aux émeutes. Alors pour faire croire que l’on s’occupe du chaland, que l’on prend le plus grand soin de son état mental, on balance au four de la cassette vidéo, parfois même sans vérifier si son contenu est aussi vicieux que promis. The Cannibal Man fait donc partie de ces quelques malheureux cramés au front alors qu’ils n’avaient pas fait grand-chose de mal, exécuté qu’il fut sur foi d’une jaquette il est vrai gruesome (c’est d’ailleurs pour ça qu’on l’aime) et d’un titre renvoyant évidemment aux excès de Cannibal Holocaust et consorts. Et s’il y a bien un mot que Scotland Yard ne voulait pas trouver sur un visuel de K7, c’est bien « Cannibal »…

 

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Il suffisait pourtant d’enfoncer la bobine dans un magnétoscope pour se rendre compte que l’on est ici bien loin de croiser de la cervelle de singe bouffée à la petite cuiller, ou des indigènes enculés par des poteaux de bois. Disons-le tout net : il est autant question d’anthropophagie dans le présent métrage que dans La Famille Bélier ou Bienvenue chez les Ch’tis, The Cannibal Man n’étant rien d’autre qu’un patronyme imaginé par son distributeur pour surfer sur la vague du bis carnassier. Le titre original, voulu par de la Iglesia, était d’ailleurs La Semana del Asesino, soit La Semaine d’un Assassin en VF, plutôt la promesse d’un thriller noir qu’une invitation au buffet d’un grignoteur de viande humaine. Cela commence pourtant en sentant fort la charcuterie, les premiers instants nous plongeant dans le quotidien d’une usine abattant de la vache et du taureau pour fournir la région en viande hachée. Bovin pendu par les pieds et égorgé, litres de sang s’écrasant sur un sol désormais écarlate, murs d’un gris vomitif : cette fameuse semaine d’un assassin débute en donnant la nausée, à plus forte raison lorsque l’on découvre que malgré un tel spectacle, l’un des ouvriers n’hésite pas à croquer à pleine canines dans un sandwich, à quelques mètres des cadavres des animaux. Ce type visiblement peu impressionnable, et sans doute habitué à l’odeur de l’hémoglobine de bovidé, c’est Marcos (Vicente Parra, qui bossera à nouveau avec le bon saint Eloy), trentenaire virant sur la quarantaine vivant seul dans une sorte de terrain vague aride, avec à côté de lui trois bâtiments touchant les nuages où séjournent les mieux lotis. Bien qu’habitant avec son frère (rarement à la maison) et doté d’une petite-amie, Marcos semble être un véritable modèle de solitude, un être traversant le monde sans énergie, sans vie. La vie, il va néanmoins la prendre à autrui lors d’un concours de circonstances malheureux : alors que lui et sa promise (la belle Emma Cohen du Miroir Obscène selon Jess Franco) se tripotent joyeusement à l’arrière d’un taxi, le chauffeur s’énerve et leur ordonne de quitter le véhicule. Une rixe s’en suit et le très conservateur conducteur colle quelques claques à la demoiselle, qu’il considère comme une vulgaire pute parce qu’elle embrassait son fiancé en public. Pas décidé à se laisser faire, Marcos prend une pierre et frappe son assaillant avec, le tuant sur le coup. Pensant à juste titre qu’il sera impossible de le relier à cet homicide, le mecton décide d’adopter un profil bas et de ne rien avouer, au grand dam de sa plus tendue girlfriend. Et celle-ci de remettre en cause leur mariage futur et de jurer qu’elle ira voir les flics au plus vite. N’acceptant pas ce revers, Marcos l’étrangle et planque le corps sous son lit, ignorant encore qu’il vient tout juste de mettre le doigt dans un engrenage meurtrier, la disparition de la petite dame entrainant les soupçons d’autres personnes qu’il devra également éliminer pour préserver sa petite vie d’ermite…

 

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Rangez le barbecue et les couverts, donc, car si ce n’est la fameuse scène du hachoir, un crâne fracassé à la clé à molette et un égorgement, pas plus méchant que ceux que l’on trouvera dix ans plus tard dans tous les slashers, il n’y a pas plus de steaks saignants chez Eloy de la Iglesia que dans le frigidaire de Brigitte Bardot. Le propos n’est donc pas de verser dans le choc facile et graphique, même si La Semana del Asasino est assez gore pour son époque (le début des seventies), mais plutôt dans l’étude de caractère d’un pauvre homme psychologiquement instable. Comme écrasé par le pouvoir en place de Franco (des officiers peu avenants viennent mettre un coup de pression sans raisons apparentes), comme s’il était maudit par une pauvreté ne lui offrant aucune perspective d’avenir, Marcos ressemble à un mort-vivant ne sachant trop vers quoi il se dirige. No future ? Pas loin, notre anti-héros et son étrange voisin, un riche efféminé passant ses journées à ne rien faire, semblant errer dans des paysages de désolation (les alentours de la bicoque de Marcos, qui ressemble déjà plus à un hangar qu’à une véritable maisonnée, sont désertiques), passant leurs nuits sans but réel en végétant au bar du coin, ou en s’offrant des bains de minuit dans la piscine d’un club privé, à songer au pourquoi du comment de leur venue sur Terre. Ouais, c’est pas franchement le même trip, ni les mêmes tripes, que dans Horrible ou Holocauste Nazi, et l’on comprendra qu’une audience cherchant avant toute-chose à assister à une collection de tortures vicieuses tire la gueule en sortant de The Cannibal Man, plus profond qu’il n’est violent. Le rythme se veut lent et Eloy traque l’atmosphère, cherche le suspense, qu’il trouve dans cette étrange relation entre Marcos et son voisin, voyeur observant l’assassin avec des jumelles et se découvrant une obsession pour ce dernier, qu’il veut sincèrement aider.

 

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Du bis dépressif, voilà à quelle catégorie appartient réellement cette virée, principalement nocturne, que fait Eloy dans la psyché dérangée de son meurtrier. Et l’horreur, elle sera dès lors principalement mentale, voir odorante, Marcos n’en pouvant plus du fumet des cadavres qu’il cache dans sa chambre. Ne pouvant s’en débarrasser en une fois, il les débite peu à peu et part les jeter dans la broyeuse de son travail, son secret bien gardé se retrouvant mélangé aux restes de veaux qu’ingurgitera une populace cannibale malgré elle. Et notre homme d’avoir un haut le cœur lorsqu’il prendra conscience de ses actes, quand le gérant d’un restauratant lui proposera une soupe à la viande… sortie de ses usines, et donc un peu de la chambrée du maniaque ! Film d’horreur social, voire même cérébral, The Cannibal Man se doit donc d’être considéré pour ce qu’il est non pas tel qu’un marketing exagéré voulait nous le vendre. Pris par le bon bout, on se retrouve avec un très bon psychokiller movie, équilibré, suffocant, bien réalisé (Eloy apprécie tout particulièrement les extrêmes gros plans sur l’épiderme ruisselant de sueur de ses interprètes) et qui représente donc bien plus qu’une petite bande vomitive parmi d’autres. Et ce quand bien même des sacs à dégueulis furent distribués aux spectateurs partis le voir en salle !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Eloy de la Iglesia
  • Scénario: Eloy de la Iglesia, Antonio Fos
  • Production: Jose Truchado, Vicente Parra
  • Titres: La Semana del Asesino
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Vicente Parra, Eusebio Poncela, Emma Cohen, Vicky Lagos
  • Année: 1972

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