Freaks of Nature

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On le sait tous : les petites perles du cinéma fantastique ont depuis bien longtemps pris le tour de soigneusement éviter les salles obscures, pour mieux se voir presser illico presto en galettes HD. Freaks of Nature viendrait-il compléter une trilogie de petits joyaux honteusement jetés dans la fosse aux DTV, avec Deathgasm et The Final Girls ? Pas tout à fait, mais c’est pas passé loin non plus.

 

 

N’empêche, on est quand même en droit de se poser des questions. D’accord, des Annabelle 2, Jigsaw, Ca et autres Le Cercle : Rings, c’est pour ainsi dire de la valeur sûre pour les vendeurs de popcorn, l’assurance que les foules vont se précipiter sur des sièges attaqués par le chewing-gum pour prendre leur shoot horrifique auprès de leurs dealers habituels. Mais de là à virer d’un coup de balais certaines propositions se voulant populaires et sans doute capables d’obtenir leur petit succès si on leur en donne la chance, comme le fabuleux The Final Girls, il y a un pas qu’il est malheureux d’avoir franchi. Est-il aussi regrettable de voir Freaks of Nature subir le destin d’un DTV par chez nous ? Sans doute pas au même point, mais il est indéniable qu’il y avait une carte à jouer avec le deuxième long-métrage de Robbie Pickering (après la comédie dramatique Natural Selection), ce second essai étant sans aucun doute fait pour parler à un jeune public nourri à Shaun Of The Dead. Car il y a de la zombedy (ou zomcom) dans l’air, ici couplée à une pincée de vampirisme et une invasion venue de Saturne, un beau bordel imaginé sur base du scénario d’Oren Uziel (22 Jump Street avec Jonah Hill, star d’Hollywood d’ailleurs un temps attachée à la réalisation de Freaks of Nature avant d’en occuper le poste de producteur). Le principe est d’ailleurs assez simple : dans la petite ville perdue de Dillford, principalement connue pour sa production de côtelettes, êtres humains, vampires et morts-vivants vivent plus ou moins en paix. Certes, les hommes et les suceurs de sang se regardent en chien de faïence, et les pauvres Walkers, comme on dit dans Walking Dead, sont clairement le sujet de moqueries et d’exploitation. Mais tout se passe plutôt paisiblement tout de même, du moins jusqu’à l’arrivée d’une gigantesque soucoupe volante dont sortent des espèces de gros scrotums sur pattes, qui se mettent à tirer sur les uns et les autres.

 

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Comme il faut toujours dénicher un bouc émissaire et découvrir qui est à la base du problème, les hommes rejettent la faute sur les descendants de Nosferatu, et la réponse du berger à la bergère est bien évidemment quelques coups de crocs bien placés dans les jugulaires, les succubes pensant pour leur part que les mortels sont la cause de tous les maux. Quant aux zombies, ils sont colère car avec tout ce barnum, on a tout simplement oublié de leur livrer leurs rations de cervelets frais ! Au milieu de cette guerre insensée, trois adolescents : Dag (Nicholas Braun, le remake de Poltergeist), jeune adolescent peu populaire auprès des nénettes et tout ce qu’il y a de plus banal, son ancien ami Ned (Josh Fadem de la nouvelle série Twin Peaks) devenu un nerd zombifié et la jolie Petra (Mackenzie Davis, actuellement à l’affiche de Blade Runner 2049), teenager paumée et qui commit la bourde de se laisser vampiriser par un beau-parleur aux dents longues… Enfermés dans une cave après un premier déluge de tripes et de têtes tranchées, le trio a au départ bien du mal à s’apprécier, entre rancœurs tenaces (Dag a lâché Ned car il n’était pas assez cool et restait trop collé à sa Xbox, Dag a fait croire qu’il a peloté Petra quelques années plus tôt, refilant à la mamzelle une réputation de grosse chaudasse) et incompatibilités d’humeur suite à leurs mutations récentes (Petra veut goûter à la nuque de Dag alors que Ned se verrait bien planter une fourchette dans ses neurones). Heureusement que les êtres venus d’une autre galaxie viennent se rappeler à leur bon souvenir et leur prouve que pour survivre, ces trois espèces différentes devront collaborer et forcer l’entente…

 

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Vous le voyez bien, le petit discours politiquement correct, à base de « On est tous différents mais on respire le même air, alors unissons-nous et cessons de chercher la petite bête chez le voisin d’une autre ethnie » et qui ne risque donc pas de se mettre à dos qui que ce soit… Du moins jusqu’à l’acte final, montrant un brave alien venir faire la morale à tout ce beau monde en leur affirmant qu’ils venaient juste emprunter un peu de beurre et ont été reçus de manière hostile avant même d’avoir posé un tentacule au sol. Et comment nos héros réagissent à ces quelques paroles se voulant paisibles ? En envoyant se faire foutre le sage des étoiles, évidemment, en lui ordonnant d’aller faire la loi chez lui et de ne pas revenir mettre le dawa sur Terre ! Bon, du coup on ne sait plus trop si Freaks of Nature est plus Zemmour que Naulleau ou l’inverse, mais à dire vrai on s’en tamponne un peu tant on ne cherchait pas dans ce crossover nécro-vampirique un débat avec Aymeric Caron, mais bien un petit divertissement sans prétention. Et c’est pile ce qu’on nous colle dans les gencives, tiens ! Car ses petites morales vaguement politiques, Pickering les laisse bien au fin fond de l’écran, laissant le soin à qui voudra les dénicher de le faire, et proposant au gros de son audience un petit spectacle simple et visant le cœur. Autant dégoûter d’emblée les goreux purs et durs cherchant dans cette échoppe l’équivalent de l’œuvre du charcutier Olaf Ittenbach : ici, on se fait plus facilement des bisous qu’on s’arrache les lèvres avec des pinces, et si l’on trouve tout de même une certaine dose d’abats (les vampires explosent littéralement lorsqu’ils sont transpercés), il est évident que le propos est ailleurs. Soit dans une chronique adolescente se penchant sur les cas de pauvres jeunes mal-aimés dans leur lycée, et optant tous pour des métamorphoses qu’ils pensent capables de rendre leurs vies plus aisées.

 

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Ainsi, séduite par une parodie des glandus au teint pâle des Twilight, Petra se laissera offrir un vilain suçon et deviendra à son tour une immortelle, avant de découvrir que ce n’était que pour du vent puisque son soi-disant boy-friend va déjà voir ailleurs. Quant à Ned le bigleux passant tout son temps libre à empiler des blocs sur Minecraft, le pauvre n’en peut plus de n’être que l’ombre de son frère, un sportif que ses parents voient comme l’avenir de la famille. Trop stressé et inquiet pour son avenir, il décide de plonger dans le no future en se laissant mordre par une petite zombinette. Pas franchement la joie au départ, mais tous ces rejetés et rebus d’une vie scolaire entièrement montée sur l’image et la coolitude finiront bien évidemment par trouver un nouvel espoir en ouvrant leurs cœurs aux autres. Cliché ? Bien sûr puisque Freaks of Nature s’assume en tant que feel good movie pur et dur, et se garde donc bien de se terminer sur ruptures, divorces et morts sans résurrections (on n’est pas chez le barbu à pagne qui marche sur l’eau, mais pas loin quand même). Problématique ? Jamais, car c’est ici fait avec suffisamment d’intelligence, et avec une certaine maîtrise des dialogues, pour que tout cela ne ressemble pas à du banal American Pie dans lequel on aurait jeté quelques boulettes de viande morte, chauve-souris et envahisseurs. Les nostalgiques des années 80 apprécieront d’ailleurs l’obligatoire petite touche de trente ans d’âge dans ces héros un peu paumés mais diablement sympathiques. Alors c’est sûr que dans le genre, c’est pas franchement le même calibre que Deathgasm et Final Girls, auquel on ne peut que rapprocher Freaks of Nature : même type de cover, même ambiance tendre/humoristique, même dévotion aux saintes eighties,… Mais pas forcément la même maîtrise, les séquences d’action étant parfois un peu trop chaotiques pour convaincre pleinement. Mais avec son lot de seconds rôles vraiment drôles (très bon Denis Leary), ses quelques surprises bienvenues (le loup-garou), sa tenue formelle impeccable et ses jeunes gens attachants (ah, Mackenzie Davis !), le présent spectacle est des plus mignons et devrait refaire des tours réguliers dans vos lecteurs DVD.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robbie Pickering
  • Scénario: Oren Uziel
  • Pays: USA
  • Acteurs: Nicholas Braun, Mackenzie Davis, Josh Fadem, Denis Leary
  • Année: 2015

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